Le fonctionnement des maisons médicales remis en cause

Le fonctionnement des maisons médicales remis en cause

Alors que l’audit commandité par la ministre de la Santé, Maggie De Block, a confirmé l’importance des maisons médicales dans le paysage des soins de santé belge, certaines interrogations demeurent quant à leur fonctionnement interne. Tant au niveau des soins que sur le plan financier, certaines lacunes sont à constater.

Alors que le secteur des soins de santé crie victoire, après que la ministre de la Santé, Maggie De Block, a levé le moratoire concernant la création de nouvelles maisons médicales, l’audit réalisé par KPMG met en lumière des manquements au sein du mode de fonctionnement interne des structures. Ainsi, tant au niveau financier qu’au niveau de l’offre de soins, largement en dessous de la moyenne des médecins de l’Absym, l’association des syndicats professionnels des médecins conventionnels, plusieurs interrogations subsistent.

Un manque de formation

Un des points soulevés dans l’audit est le peu de patients par médecin dans les structures. Ainsi, si la moyenne de patients par médecin tourne autour de 1.600 à 1.700, comme l’explique l’Absym, il semblerait que dans les maisons médicales, ce chiffre est bien plus bas. « Avec une moyenne de 673 patients par médecin généraliste, la charge de travail y est dangereusement faible. D’autant plus qu’il arrive également que certains médecins généralistes y forment 3 ou 4 médecins généralistes en formation, ce qui soulève des questions relatives à l’exposition de ceux-ci à la pathologie au cours de la formation ». Aux Pays-Bas, le même encadrement qu’en Belgique permet aux médecins de prendre en charge 2.168 patients.

De plus, plusieurs structures médicales ont mis fin aux inscriptions en vue de garantir aux patients actuels la bonne qualité et la continuité des soins. Interrogé par l’Echo, Tijs Ruysschaert, porte-parole de la ministre de la Santé, explique que « la politique du gouvernement sera adaptée sur ces points. On attend les propositions du groupe de travail avant de déterminer la piste à suivre. »

Plusieurs sources de financement

L’Audit réalisé par KPMG pointe du doigt le mode de financement des maisons médicales. Ainsi, les structures auraient accès à des financements dont ne pourraient bénéficier les médecins généralistes conventionnels. De surcroit, les maisons médicales peuvent compter sur l’intervention des autorités locales, provinciales et régionales, ainsi que faire appel à certains fonds, type le Maribel Social puisqu’elles sont généralement constituées en ASBL, alors que les indemnités forfaitaires qu’elles perçoivent pour chaque patient comptent en moyenne déjà pour 81% de leur financement.

Des montants au-dessus de la moyenne

En 2016, les maisons médicales auraient également reçu un financement moyen total par patient plus important que ceux perçus par les médecins conventionnels. Pour Christophe Cocu, secrétaire général de la Fédérations des Maisons médicales, ce n’est pas étonnant. « S’il y a plus de moyens qui sont mis en première ligne, ils sont récupérés dans la manière dont on travaille. Avec moins de recours à la deuxième ligne (les spécialistes). Avec une meilleure prescription », explique-t-il à l’Echo. Pour Marc Moens, le président de l’Absym, l’argument manque de force « Nos membres généralistes louent des locaux. Ils ont aussi une réceptionniste, un psychologue, des infirmiers et des kinésithérapeutes dans leur équipe. Mais, ils doivent payer tout cela à partir de leurs honoraires. C’est déloyal ! »

De l’importance de la vie privée

Le syndicat professionnel dénonce également que le personnel des maisons médicales accorde peu d’importance à sa formation, mais préfère s’assurer un équilibre vie privée/vie professionnelle. « L’un des fils conducteurs est la préoccupation nourrie par les médecins généralistes au sujet de leur propre équilibre vie privée/vie professionnelle. Cette mentalité prédomine et ce, aux dépens du lien personnel qu’ils peuvent tisser avec leurs patients et aux dépens de la qualité des soins dispensés à ces derniers ». Pour appuyer son inquiétude, l’Absym avance les chiffres de garde au sein des maisons médicales, très faibles. D’après le syndicat, les médecins libéraux seraient dès lors en charge des gardes à la place de leurs collègues. « Un médecin généraliste sur trois (35%) travaillant en maison médicale ne participe à aucun service de garde. À Bruxelles, ce chiffre atteint même 47% ! »

La rédaction

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