Les séjours raccourcis en maternité font du tort aux sages-femmes

Les séjours raccourcis en maternité font du tort aux sages-femmes

Des sages-femmes hospitalières frappées par une charge de travail croissante et un risque accru de burn-out. Des sages-femmes indépendantes touchées par une précarisation financière et soumises à des codes de prestations limités et ne répondant pas à la réalité de prise en charge. Dans leur mémorandum, l’UPSfB et l’AFSFC reviennent sur les conséquences désastreuses causées par la réduction des séjours hospitaliers, décidée en 2014.


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Pour l’Union Professionnelle des Sages-Femmes Belges et l’Association Francophone des Sages-Femmes Catholiques, le constat est amer… La réorganisation de la prise en charge du post-partum, engendrée par le raccourcissement des séjours hospitaliers décidé en 2014, a eu des effets néfastes sur la profession. Les travailleuses ont, par exemple, été touchées par une augmentation significative de la charge de travail. Cette dernière a été provoquée par une compression des tâches sur le temps d’hospitalisation, une réduction du personnel liée à une diminution du financement et une augmentation des prestations post-partum à domicile.

« En opérant ce changement, la sage-femme hospitalière perd la sécurité financière d’un contrat de salarié pour se lancer dans un statut plus précaire d’indépendante », observent l’UPSfB et l’AFSFC. « Privée de son équipe, elle doit se rendre disponible 24h/24, 7 jours sur 7, et porte seule la responsabilité de ses suivis. Malheureusement, les tarifs INAMI actuels ne permettent pas aux sages-femmes de vivre de leur profession en temps qu’indépendante complète. Afin de s’assurer un minimum de sécurité financière, elles sont nombreuses à exercer en tant qu’indépendante complémentaire, privilégiant un emploi aux revenus stables. »

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Des professionnelles confrontées à des difficultés multiples

Suite à l’analyse des effets du raccourcissement du séjour en milieu hospitalier, les deux associations professionnelles ont également pointé ces effets catastrophiques sur les sages-femmes œuvrant à l’hôpital : turn-over plus important dû au type de contrat, charge de travail augmentée, perte de la prise en charge globale des dyades mères-bébés, gestion administrative croissante, qualité des soins mise en danger et augmentation du stress et du risque de burn-out.

La situation actuelle des sages-femmes indépendantes n’est pas plus glorieuse, malheureusement. Au quotidien, elles aussi sont confrontées à une série de difficultés engendrées par la réforme de 2014. Nous pouvons notamment pointer le risque de ne pouvoir assurer un suivi optimal et sécuritaire par manque de transmissions des données entre les différentes lignes de soins ou dans des délais très courts. Ces professionnelles doivent aussi composer avec des codes de prestations limités et ne répondant pas à la réalité de prise en charge et des sollicitations tardives lors de situations critiques, parfois sans outils adéquats. Et que dire de la précarisation financière ou de l’absence de codes pour la coordination et l’organisation des rôles de garde ?

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Vers une hausse des montants liés aux prestations ?

Face à ce constat pour le moins interpellant, l’UPSfB et l’AFSFC ont dressé une liste de revendications à l’intention des hommes et des femmes qui formeront les futurs gouvernements dans les prochaines semaines. Les deux associations professionnelles réclament tout d’abord, une augmentation des montants liés aux prestations sage-femme au vu du degré d’autonomie et de responsabilité de sa profession médicale. « Le barème fixé par l’IFIC devrait être réévalué pour correspondre au profil professionnel de la sage-femme. En effet, le modèle de l’IFIC situe les sages-femmes entre les classifications 14 et 15, or, cette classification renforce le stéréotype de « moins de responsabilités en post-partum qu’en salle de naissance ». Ce qui est tout à fait discriminatoire », déplorent-elles. Et de pointer : « Le niveau de classification 16 doit leur être appliqué. »

Elles plaident également pour une révision des conditions de travail et des normes d’encadrement permettant une prise en charge individualisée et globale des femmes par les sages-femmes exerçant en milieu hospitalier.

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Valoriser la profession et développer la formation

Dans leur mémorandum, elles ne s’arrêtent pas en si bon chemin, développant une série de propositions pour valoriser la profession en Belgique. « Nous défendons la place de la sage-femme au sein des structures hospitalières, en extrahospitalier en première ligne, mais également au sein de disciplines où son expertise n’est pas encore reconnue telle que le planning familial, vie affective et sexuelle et la promotion de la santé mentale en périnatalité », écrivent-elles. « Sensibiliser les femmes, les couples sur l’étendue de nos compétences de sage-femme est indispensable. Faire reconnaître la valeur ajoutée de la sage-femme comme professionnelle de 1ère ligne au sein du réseau santé périnatale et faciliter ses pratiques. Mais pour ce faire, nous avons besoin de moyens financiers et d’actions politiques concrètes. »

Rayon revendications, elles plaident également pour favoriser le travail en réseau : « La sage-femme exerce un rôle de coordination des soins autour de toute nouvelle famille, elle intervient en première ligne, du désir de grossesse au 1 an de l’enfant. Elle est donc le seul professionnel pouvant proposer une offre de soin continue durant toute cette période. » Notons encore ce point sur la formation de ces femmes. Pour l’UPSfB et l’AFSFC, il est indispensable que l’enseignement corresponde au profil professionnel et aux pratiques de terrain. « Un glissement du cursus bachelier vers un master sage-femme semble pertinent au vu des nouvelles compétences que la sage-femme doit acquérir, tant pour maintenir la physiologie, basée sur les preuves scientifiques, que pour être au fait des dernières avancées en obstétrique. »

Découvrez la totalité du mémorandum sur le site de l’UPSfB.



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