Liège ouvre sa première SCMR, enfin une avancée dans la limitation des risques ?

Liège ouvre sa première SCMR, enfin une avancée dans la limitation des risques ?

Elle l’avait dit : même si les autorités fédérales s’y opposaient, Liège ouvrirait sa Salle de Consommation à Moindres Risques (SCMR). C’est désormais chose faite, puisque la ville inaugurera la nouvelle structure ce mercredi. Une réelle avancée pour le secteur, qui lutte depuis tant d’années en faveur d’une révision de la loi, qui date de 1921.

Le secteur de la toxicomanie peut crier (une première) victoire ! Liège ouvrira les portes de sa Salle de Consommation à Moindres Risques ce mercredi. Après des années de débats et de polémiques, le bourgmestre Willy Demeyer a décidé de passer outre le gouvernement fédéral et d’inaugurer un nouvel espace dans la Ville, pour permettre aux toxicomanes de consommer en toute « tranquillité ». Le projet est plutôt bien accueilli, même si certains aspects devront faire preuve d’une surveillance accrue. Le secteur, quant à lui, salue cette mesure.

Une réelle avancée dans le domaine

Pour le secteur de la toxicomanie, l’ouverture de cette première SCMR constitue une réelle avancée. L’endroit, baptisé « Saf Ti » a été pensé expressément pour le public toxicomane. Ainsi, il est équipé de 8 espaces pour injection et 9 pour inhalation. Une équipe de 13 ETP (équivalents temps plein) a été engagée, ainsi qu’un service de gardiennage. L’espace sera ouvert 365 jours sur 365. « Nous savons que 300 usagers consomment régulièrement dans les rues de Liège », souligne Willy Demeyer, le bourgmestre socialiste de Liège au journal Le Soir. « Disposer d’un tel espace est important pour la Ville dans son ensemble car c’est une problématique qui touche les toxicomanes mais aussi les Liégeois et les agents des services publics. »

Pour financer la structure, la ville a investi 840.000 euros et a introduit une demande de subsides à la Région wallonne.

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Maintenir une surveillance

Si les autorités liégeoises se réjouissent de cette ouverture, elles n’en demeurent pas moins conscientes des éventuels risques que la SCMR pourrait engendrer. En matière de deal ou de vol aux abords de la salle, notamment. Comme le précise Benoit Drèze, le président de la Fondation Tadam, en charge de la gestion de Saf Ti, « Nous avons délimité un périmètre autour de la salle où il sera interdit de dealer. La police sera très vigilante. »

Aller contre la loi ?

Si Liège a pu ouvrir sa SMCR, ça ne s’est pas fait sans heurts. En effet, tout a commencé par un projet pilote, baptisé Tadam, de 2011 à 2013, qui visait à fournir de « l’héroïne médicale » a des personnes dépendantes. Malgré les résultats plus qu’encourageants, celui-ci n’a finalement pas été reconduit. Mais les débats ont repris de plus belle. Ainsi, fin 2016, si les gouvernements régionaux se montraient favorables à un changement de la loi de 1921 qui régit les pratiques en matière de drogues, le Fédéral, lui, soulignait qu’il n’appuierait pas cette demande. Pour lui, c’était clair : pas de SCMR sous cette législature. Dans Le Soir, Willy Demeyer précise « J’ai obtenu un “nihil obstat” des autorités judiciaires. Cela veut dire qu’elles n’interviendront pas. Néanmoins, l’idéal serait que ma proposition de loi visant à modifier celle de 1921 en permettant ce genre de lieux puisse être votée au fédéral en septembre ou en octobre. A Anvers, un dispositif similaire existe et il est soutenu par le parti au pouvoir qui est la N-VA… »

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Quid des autres villes ?

Si Liège fait figure de pionnière en la matière, d’autres villes belges souhaiteraient également pouvoir se lancer dans l’aventure. En effet, l’efficacité des SCMR n’est plus à démontrer, comme l’expliquait, fin juin, un récent article de l’ASBL Question Santé. L’heure n’est en effet plus au pourquoi faut-il créer des salles de consommation. Comme le rappellent souvent les acteurs du secteur toxicomanie, une société sans drogues, qu’elles soient licites ou illicites, n’existe pas. Une des difficultés est qu’une frange importante des consommateurs de drogues est grandement précarisée, fragilisée et exclue. Au sein de ce groupe, de nombreuses personnes vivent et consomment dans des espaces publics. Généralement très isolées, ces personnes n’ont souvent plus de contact avec les services d’aide et de soins existants, ce qui entraîne parfois des conséquences dramatiques.

Bruxelles a fait état de sa volonté de mettre en place une structure similaire dans la capitale, où la consommation engendre également de gros problèmes sociétaux. Récemment, le bourgmestre de la ville, Philippe Close, annonçait lors d’une interview être favorable à l’ouverture d’une SCMR pour 2019. Dans le cas où il garderait sa casquette de bourgmestre, évidemment. Charleroi aussi se dit intéressée par le principe.

La rédaction



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