SCMR à Bruxelles ? L’efficacité n’est plus à prouver…

SCMR à Bruxelles ? L'efficacité n'est plus à prouver...

Aujourd’hui, il n’est plus question de l’intérêt de la création d’une salle de consommation à moindres risques (SCMR), l’enjeu actuel est de savoir si tous les acteurs bruxellois sont prêts à faire des efforts concrets pour voir un jour ce projet aboutir.

La Belgique est divisée quant à la création de salles de consommation à moindres risques (SCMR) pour les personnes toxicomanes. Le Fédéral avait annoncé qu’il ne prévoyait pas de changer la loi interdisant ce type de structure, alors même que le secteur associatif et de nombreuses personnalités politiques ont demandé une nouvelle politique de santé publique de réduction des risques. Mais Bruxelles est-elle prête pour l’ouverture d’une SCMR ? [Un article de l’ASBL Question Santé, rédigé par Anoutcha Lualaba Lekede]

- [A lire] : Drogues et salles de consommation à moindre risque : l’affaire de tous

En matière d’assuétudes, la question n’est plus au faut-il ou ne faut-il pas autoriser les salles de consommation à moindre risque, appelées parfois de manière erronée « salles de shoot ». Leur intérêt n’est plus à démontrer, au regard de l’expérience engrangée depuis vingt ou trente ans au niveau international. L’enjeu actuel est de savoir si tous les acteurs bruxellois sont prêts à poser les gestes concrets qui rendront effective l’ouverture de la première salle de consommation à moindre risque du pays. Fin mars dernier, une matinée de réflexion sur le sujet avait été organisée dans le cadre des jeudis de l’Hémicycle du Parlement francophone bruxellois.

- [A lire] : Le secteur associatif veut une SCMR à Bruxelles

Le 29 mars dernier, l’Assemblée avait invité la société civile à s’exprimer sur les salles de consommation à moindre risque. Cette matinée s’inscrivait comme une suite logique du colloque sur les drogues, organisé au sein du même hémicycle par la FEDITO BXL asbl, la Fédération bruxelloise francophone des institutions pour toxicomanes, au mois de février. Ce colloque, intitulé « Drugs in Brussels 2018 » , a servi d’état des lieux et permis que le jeudi de l’Hémicycle (JH) de fin mars amorce une conscientisation du monde politique et un suivi des faits.

L’heure n’est en effet plus au pourquoi faut-il créer des salles de consommation. Comme le rappellent souvent les acteurs du secteur toxicomanie, une société sans drogues, qu’elles soient licites ou illicites, n’existe pas. Une des difficultés est qu’une frange importante des consommateurs de drogues est grandement précarisée, fragilisée et exclue. Au sein de ce groupe, de nombreuses personnes vivent et consomment dans des espaces publics. Généralement très isolées, ces personnes n’ont souvent plus de contact avec les services d’aide et de soins existants, ce qui entraîne parfois des conséquences dramatiques. C’est une des réalités montrées dans Double peine : criminalisation toxique des drogues, le documentaire réalisé par Pierre Schonbrodt du Centre d’Action Laïque et dont un extrait a été projeté au cours de ce JH. En l’absence de lieux pouvant les accueillir, ces consommateurs se réfugient dans des squats, des caves et sous les ponts, comme celui du pont Sainctelette.

- [A lire] : Un appel à projet pour l’accompagnement des détenus toxicomanes

Un usager le fréquentant y était mort par overdose. Suite à ce décès, découvert tardivement, l’endroit avait été fermé, à l’exemple d’autres espaces de consommation clandestins vus dans le film. Des lieux que Monsieur et Madame Toutlemonde ne voient quasi jamais : sales, sombres et encombrés de débris divers dont des seringues et aiguilles usagées.

Désaffiliées, stigmatisées et criminalisées, ces personnes ont-elles d’autres choix ? La question qui se pose est la suivante : une société soucieuse de tous a-t-elle le droit de les laisser au bord du chemin ? Se pencher sur la problématique est faire preuve d’humanité et, surtout, c’est veiller à ce que certaines pratiques de consommation ne mettent plus en danger la santé de ces usagers et, au-delà, la santé de tous. Pour les premiers, outre le risque d’overdose, la consommation de drogues (crack, alcool, cocaïne, médicaments…) dans des lieux clandestins représente également un risque plus grand d’utiliser ou de partager un matériel non stérile et de contracter l’hépatite C, le VIH ou d’autres infections. Le risque pour les non-consommateurs, qu’ils soient riverains ou visiteurs - malencontreux ou pas - de ces lieux sordides, est de se blesser en entrant accidentellement en contact avec un matériel usagé et/ou infecté.

A la lumière de ces situations communes aux grandes villes à travers le monde, les salles de consommation à moindre risque constituent un dispositif intéressant dans les politiques de réduction des risques et complémentaire par exemple à celui des comptoirs d’échange de seringues.

- [A lire] : SCMR en Wallonie, c’est parti !

Réduction des Risques (RdR)

La Réduction des Risques est basée sur un modèle de santé publique dont l’objectif premier est d’améliorer l’état de santé et de bien-être des usagers de drogues tout en réduisant les dommages pour la population et la société. Il s’agit donc d’un complément aux approches qui visent la prévention et la réduction de l’usage de drogues en général (EMCDDA, 2010). Voir : « Etude de faisabilité de salles de consommation à moindre risque en Belgique (2018) ».

Lire la suite de l’article sur Question Santé



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus