Ras-le-bol des infirmières : des témoignages poignants et alarmants !

Ras-le-bol des infirmières: des témoignages poignants et alarmants !

Le coup d’gueule de Nolwenn Le Bonzec, jeune infirmière qui dépeint son quotidien professionnel compliqué, a suscité de nombreux soutiens mais aussi commentaires postés sur notre site internet ainsi que sur notre page Facebook. Plusieurs internautes ont voulu également exprimer leurs difficultés et ont ainsi livré leur témoignage. Des récits aussi poignants que révoltants !

[DOSSIER]
- Travailleur social : retrouver le sens premier de notre métier
- Grogne dans les maisons de repos : le calvaire des aides-soignants

Le rire, les blagues ont disparu

22 ans que je bosse à temps plein et quelle dégradation de nos conditions de travail... Le rire les blagues les "bizutages" ont disparu. Un seul mot : rentabilité. Nos directions sont conscientes de tout ça mais les hôpitaux sont exsangues. C’est main dans la main que personnel et directions doivent faire pression... Oui nous faisons un beau métier, hélas l’humain n’est plus au centre !

Une polyarthrite et un cancer à 45 piges

Si motivée, la passion est venue après les études, et très vite… l’enfer du chiffre, du nombre, de la rentabilité, du manque, toujours plus et jamais assez. Moi aussi je n’en peux plus, dégoûtée, épuisée J’ai tout donné pour finir avec une polyarthrite et un cancer à 45 piges… même si je ne peux m’empêcher d’aider, je reste en pleine recherches pour tout changer !

Comme le monde hospitalier a changé

Je suis sortie de l’école il y a plus de 30 ans. J’ai adoré mes études, j’étais passionnée par les cours et par les stages. Le jour où j’ai eu mon diplôme a été le plus beau jour de ma vie (pas celui de la naissance de mes enfants comme d’autres vous diront). Mes premières années professionnelles ont été supers, avec mes collègues, on riait tout le temps, on s’offrait une petite tasse de café à 10h et on repartait pleines d’entrain.

Mais comme le monde hospitalier a changé !

Il y a 2 ans, je me suis retrouvée en congé de maladie pour épuisement professionnel. Maintenant ce sont des collègues plus jeunes, à peine diplômés parfois qui sont en congé de maladie.

Dans le service où je travaille, le don de soi est une exigence de chaque instant, aussi bien mentale que physique. On y donne toute son âme, tout son cœur et toutes ses forces, mais ce n’est jamais assez. Les tâches à réaliser, soins, réponses immédiates à chaque sonnette, les patients d’aujourd’hui habitués à la course affolante du monde, au tout tout de suite, à la réponse instantanée de l’internet, et informés sur les droits des patients sont d’une redoutable exigence.

Nous croulons sous l’administration implacable de ces dossiers informatisés qui vident notre profession de son sens et ne servent qu’à nous contrôler d’avantage et à mettre les différents services en compétition les uns avec les autres : si j’encode plus d’items, la charge de travail de mon service sera mieux reconnue et les subsides seront pour nous et pas pour le service d’à côté ! Tant pis pour mes collègues ! Finie la belle solidarité qui nous animait ! J’ai été sidérée de voir sur ma feuille de paye du mois d’avril que je recevais (don gracieux offert par le conseil d’administration de l’hôpital où je travaille) 40 euros de participation aux bénéfices de l’année 2018 obtenus grâce aux beaux efforts fournis par le personnel. Bien sûr cela part d’un bon sentiment, il s’agit d’une reconnaissance matérielle de la direction pour le travail rendu. On va me dire que je suis ingrate, mais je suis fatiguée qu’on ne me parle que d’argent ! Moi, ce que je veux, c’est pouvoir respirer quand je travaille. C’est avoir le temps de manger à table pendant la pause d’1/2 heure à laquelle j’ai droit alors que désormais je mange en encodant mes soins dans l’ordi. (Bonjour l’hygiène ). C’est avoir 5 min pour aller faire pipi, si ce n’est pas trop déranger !

Ce que je veux, ce n’est pas de l’argent, c’est du personnel en plus. C’est ne pas être rappelée chaque fois qu’un(e) collègue tombe malade pour la remplacer, parce que même l’équipe de volantes est réduite au minimum. Et les intérimaires bouh , c’est trop cher !

Ce que je veux c’est pouvoir VIVRE en travaillant, et ne pas m’asphyxier.

(…)

Malheureusement, je vois que l’infirmière n’intéresse les directions hospitalières que lorsqu’elle est elle-même mourante dans un lit d’hôpital ! Alors au moins on peut lui facturer le prix de journée ! Nous ne sommes que des kleenex.

Le plus terrible, c’est que quand j’arrive au boulot, je sais déjà que je n’arriverai pas à réaliser tout ce que je dois faire dans le temps imparti, et que je devrai donc faire des heures sup. Et si je veux quand même arriver à faire le boulot, n’ayons pas peur de le dire, j’abandonne les patients les plus en forme ou les moins demandeurs à eux-mêmes. Vive les patients dans le coma : ils ne demandent rien ! Je peux avancer avec les autres ...

Des collègues déplacées et pas remplacées

Je suis secrétaire médicale au sein d’un service de réadaptation neuro locomotrice. Nous en sommes au même point, rentabilité, courrier à envoyer quasiment à la sortie de consultation ou d’hospitalisation, en plus d’assurer l’accueil des patients, les appels téléphoniques, les crises d’énervement des médecins, des patients et leur famille, retard en tous sens dans les dossiers à envoyer aux mutuelles, formation inadéquate des nouveaux programmes informatiques, qui buggent malgré nos avertissements, non remplacement des collègues déplacées. Pour des besoins de dépannage dans un autre service. Arrivée d’une autre fille qui était en détresse dans son service sans avoir le temps de se former pour mon service puisqu’il faut former toute en assurant la même quantité de travail.

Je suis devenue toxicomane

Moi aussi j étais fière de mes études avec distinction mais le métier m a brisé, j en suis devenue toxicomane épuisée par la charge de travail et le manque de considération des médecins et des patients, sans compter sur la direction de nursing incompétente et méprisante. Pourtant j adorais mon travail mais ça me tue à petit feu. P.S. : j ai tenu 10 ans.

Une reconversion après 5 années de travail

J’ai été diplômée à l’âge de 20 ans. Je me suis reconvertie à 25 ans pour être professeur de musique dans les écoles, pour vivre pleinement mon travail, sans souffrance. Souvent les jeunes diplômées ne savons pas dire non. Nous accumulons les heures, les pauses difficiles. Je vais être diplômée dans quelques jours mais je continuerai de travailler comme infirmière. c’est mon métier, un métier que j’aime. Avoir un pied dans un autre section nous permet un peu de souffler. Il est quand même triste qu’une reconversion à 25 ans, après 5 années de travail seulement fut nécessaire pour moi.

Nouvelles collègues larguées sur le terrain

je suis infirmière depuis 17 ans et il a y 4 ans j’ ai quitté l’hôpital car les conditions se sont dégradées. Je plaignais mes nouvelles collègues larguées au bout de quelques jours sur le terrain maintenant je suis dans une MRS et pour rien au monde je ne retournerai bosser à l’hôpital car les conditions se sont encore dégradées merci à madame Deblock la ministre (pardon la sinistre) de la santé et toute sa clique. Il faut changer nos conditions de travail sinon il y aura toujours des collègues qui claqueront la porte et changeront de boulot et une pénurie de personnel chronique.

Je me mettais en danger ainsi que mes patients

38 ans de service en chirurgie dont 22 ans de nuit seule responsable pour 40 lits. J’ai changé de secteur car à bout et trop de risques à assumer seule les 40 patients de + en + lourds car turnover +++ et avec garde médicale souvent très jeune sans expérience. Je me mettais en danger ainsi que mes patients. J’attends avec impatience ma prépension à 59 ans.



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