Relations jeunes-police : les AMO, des interlocuteurs privilégiés

Relations jeunes-police: les AMO, des interlocuteurs privilégiés

Il y a maintenant un peu plus de 10 jours, Adil, 19 ans, a trouvé la mort après un accident avec une voiture de police, à Anderlecht. Ce fait divers a déclenché des émeutes dans les quartiers alentours, les jeunes affirmant que les policiers avaient causé l’accident fatal au jeune homme. Ce genre d’événement n’est malheureusement pas un cas isolé. Les AMO le savent et sont des interlocuteurs privilégiés pour ces jeunes qui ne se sentent pas écoutés. Ils mettent donc des choses en place pour tenter de renouer le dialogue entre les acteurs et prévenir les tensions.

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La mort d’Adil a causé à juste titre un violent émoi dans les quartiers proches de Cureghem, où s’est passé le drame. Les rassemblements qui ont suivi ont fait figure d’éléments déclencheurs chez plusieurs jeunes, qui ont sollicités les AMO pour libérer leur parole et pouvoir s’exprimer dans un environnement sécurisant. Ces structures, elles sont habituées à faire face à ce genre de problématique, et à la relation jeunes-police qui est au centre de leurs préoccupations depuis plusieurs années.

En réaction à ce fait divers, Khaled Boutaffala, directeur d’AtMOsphère, a pris les choses en main : « C’est une question récurrente, une relation compliquée, tendue. Il n’y a pas vraiment de compréhension entre les acteurs. Le mal-être dure depuis longtemps chez les jeunes. On les questionne sur ce qu’ils veulent aborder, via des groupes de discussions. C’est la première étape, ils parlent entre eux, avec nous pour évoquer les sujets qui leur paraissent importants. Puis on a fait venir un juriste pour tenter de répondre à leurs questions. Et enfin, une rencontre avec un commissaire de police et une visite de son commissariat pour comprendre dans quelles conditions travaillent les policiers. »

Pour Sébastien Hertsens, co-directeur de l’AMO Dynamo : « La situation se détend peu à peu là. C’est aussi pour gérer ces tensions qu’on est là. On est des interlocuteurs identifiés. Il faut que les jeunes puissent faire valoir leurs droits. On avertit donc les partenaires communaux, les bourgmestres pour tenter d’apaiser les choses. On sait que ça peut exploser mais en général ça se passe bien. »

Les AMO se mobilisent et se forment

Ouvrir le dialogue, c’est aussi s’adapter à son public, pour cela la même AMO a mis en place des joutes verbales pour libérer et promouvoir la parole des jeunes. Celle-ci passe aussi par la bande dessinée, où bien le rap. Khaled Boutaffala explique : « Les jeunes sont toujours ouverts à la discussion, le tout c’est de bien l’aborder pour éviter la frustration. On utilise leurs outils, on leur laisse cette liberté dans l’élection de leur moyen d’expression ».
Pour faire face à ces thématiques très spécifiques, les actions pullulent. Manuel Murillo, travaillant pour Promo Jeunes AMO, confie : « On a créé des groupes de paroles sur le sujet, relayé des enquêtes auprès de notre public en leur posant des questions. On a obtenu quelques retours et on les a encouragés à prendre la parole. Le but est d’ouvrir un espace de dialogue, reconnaître des questions, des ressentis. Nous ne sommes pas indifférents. On sait que notre public est confronté à cette ambiguïté. C’est pour cela qu’on échange, entre les différentes AMO de Bruxelles pour savoir comment se positionner. »

De manière logique, tous les travailleurs sociaux sont impactés par cette situation et s’investissent pour l’apaiser. C’est pourquoi la coopération entre AMO se développe. Khaled Boutaffala éclaire : « C’est une question globale pour les travailleurs sociaux. On s’est regroupé entre les AMO bruxelloise pour organiser une formation sur ces questions, et pouvoir ensuite apporter des réponses aux jeunes. L’objectif, c’est la naissance d’un groupe de travail spécifique pour mener une action concrète et répondre sur le terrain. On avance étape par étape, évidemment cela a été un peu chamboulé par le confinement. »

Les relations jeunes-police : « un thème vaste »

Justement, ce confinement, il a pour conséquence de multiplier les contrôles et d’exacerber les tensions. Et partout dans Bruxelles, les situations se ressemblent. Sébastien Hertsens, co-directeur de l’AMO Dynamo, affirme : « Cela fait un bout de temps que l’on travaille sur la relation jeunes-police. Ce n’est pas un travail facile. Les jeunes viennent vers nous quand ils ont le sentiment d’avoir été témoins d’un abus de pouvoir des policiers. On fait le lien entre ces familles et des avocats pour faire constater les blessures ».
Surtout, la résurgence de ce type de fait divers inquiète les acteurs. Elle illustre l’absence de progrès dans cette relation jeunes-police. Des pistes de réflexion existent au sein des AMO. Khaled Boutaffala constate : « Le thème est vaste, il faudrait que tous les acteurs se réunissent autour de la table. Il faudrait aussi des mesures claires et transparentes entre jeunes et police. Les autorités doivent entendre la voix des jeunes. »

A cela vient s’ajouter une forme d’absence des autorités publiques sur le terrain. C’est le sentiment du directeur d’AtMOsphère : « C’est la même chose pour les juges qui prennent leur décision sans jamais venir sur le terrain, et donc, pas en connaissance de cause. Souvent ce manque d’écoute induit que les jeunes ne veulent plus dénoncer les violences policières. Des minorités discréditent le travail des majorités. » Une chose est sûre, il faudra du temps, de l’abnégation et beaucoup de dialogue pour renouer ce lien entre jeunesse et police, qui semble s’être cassé depuis bien longtemps. Et les AMO joueront un rôle crucial dans ces discussions.

C.D.

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