Le mal-être des travailleurs du non-marchand

Le mal-être des travailleurs du non-marchand

Le secteur non marchand existe depuis longtemps. Il exerce un ensemble d’activités qui avaient pour caractéristique commune de remplir des tâches au service de la collectivité, à l’instar des services publics, et étant partiellement ou totalement financés par les pouvoirs publics. Le non-marchand occupe une place de plus en plus importante dans l’économie du pays.

Ces activités ont été soutenues notamment par les politiques publiques de lutte contre le chômage. On les trouve dans les domaines de la santé, de l’action sociale et du secteur socioculturel. Ces secteurs apparaissent alors comme nouveaux, mais ils s’étaient développés de façon autonome, souvent de façon bénévole, co-gestionnaire ou militante à partir du monde associatif. Les salariés, souvent engagés dans des statuts précaires, cherchent à améliorer leurs conditions de travail dans une perspective à long terme. Actuellement, le secteur non-marchand est comparable aux branches d’activité du secteur marchand, où les rapports sociaux répondent aux règles des relations collectives du travail et aux usages de la concertation sociale. Dans le passé, les travailleurs du secteur étaient réactifs aux mots d’ordre et prêts à se mobiliser pour soutenir les représentants syndicaux en négociation avec les employeurs et les autorités. Mais cette mobilisation n’allait pas jusqu’à l’affiliation. Le geste de l’affiliation ne leur semblait pas nécessaire à la défense de leurs intérêts, il suffisait qu’ils soient présents dans les actions et dans la rue. Cette réalité perdure toujours.

Ceci étant, qu’en est-il du travail sur le terrain ?

Le travail qu’il soit exercé dans le marchand ou le non-marchand, pose les mêmes problèmes. Il se différencie en ce sens que le non marchand ne « traite » pas des « choses » mais des personnes. Une enquête récente de la FGTB auprès de ses affiliés est assez révélatrice des conditions de travail.

Le travail est déjà très flexible : journées extensibles, heures supplémentaires, horaires atypiques, temps partiels féminins exagérés… La charge de travail pour certains est trop élevée, et/ou les effectifs insuffisants au point qu’il n’y a d’autre choix que de faire des heures supplémentaires, le plus souvent pas payées, parfois récupérées. Le temps partiel est très largement contraint. En majorité, ceux qui auraient la possibilité d’augmenter leur temps de travail accusent un refus de leur structure.

Plus de la moitié des travailleurs appréhendent de perdre leur emploi. Cette insécurité d’emploi ou ce sentiment d’insécurité, facteur de stress, est souvent mais pas nécessairement lié à la précarité des statuts. L’organisation du travail a un impact négatif sur la santé physique ou mentale. En cause, principalement la non adaptation du travail à l’homme : 2/3 des travailleurs ne peuvent adapter l’organisation de leur travail en cas de fatigue physique ou psychique, ce qui va à l’encontre du principe même de travail faisable et travail soutenable. Comment encore rendre accessible agréablement, dans ces conditions, des services au citoyen, surtout à Bruxelles ou le tiers de la population est en situation de pauvreté ?

Que dire des technologies modernes de communication qui dérobent la frontière entre le travail et la vie privée. Elles contribuent au techno stress dans ces secteurs de services, et pas uniquement chez les cadres. Il en résulte un sentiment largement partagé que le travail dans ces conditions n’est pas soutenable jusqu’à l’âge de la retraite (qui a été allongée à 67 années par ce gouvernement fédéral).

Concernant le temps de travail et l’organisation du travail

La durée hebdomadaire de travail établie en entreprise est fixée à plus de 38h par semaine pour 1/3 des travailleurs. Le travail à temps partiel concerne 44% des femmes et 13% des hommes. 80% travaillent de jour, du lundi au vendredi. La part de travailleurs exerçant le télétravail aurait augmenté entre 2014 et 2017, de 6% à 10%. 3/4 de travailleurs prestent plus d’heures que prévu dans leur contrat. Pour 1/4 des travailleurs, les heures supplémentaires ne sont ni payées ni récupérées. Les travailleurs ressentent le besoin de vérifier leurs messages et E-mails professionnels en dehors des heures de travail. Clairement la plupart ne se sentent pas capables physiquement et/ou mentalement d’exercer leur fonction actuelle jusqu’à l’âge de la pension.

Concertation sociale

L’état de la concertation sociale est meilleur quand la taille de l’entreprise augmente. Si le travailleur est représentant des travailleurs, il subit un stress doublé et est considéré comme un trublion au sein des entreprises, tant pour des actions externes qu’internes à l’entreprise.

Conclusions

Les organisations syndicales, bien que mises à mal et discréditées en permanence par la droite en général, ont encore bien du travail devant elles. La préservation du pouvoir d’achat, défendre l’emploi et améliorer les conditions de travail de la population active doivent rester les buts à atteindre. Il faut persévérer dans le dialogue social et se rappeler que le syndicalisme ne peut survivre s’il ne défend que des intérêts particuliers ou corporatistes, il doit préserver l’intérêt général. L’avenir de la concertation sociale pour les organisations syndicales doit être préservé. Le modèle de développement économique, de plus en plus orienté vers le capital et sur lequel s’est construite la concertation sociale vacille dans un contexte de croissance faible, de concurrence mondiale accrue et de dégradation environnementale. Les syndicats doivent apporter des réponses créatives et pragmatiques, à même de générer des compromis à tous les niveaux de la société. Le blocage de la concertation sociale ne peut qu’être destructeur pour les travailleurs, pour les organisations syndicales et en finalité pour la productivité et le profit de toute la population.

Yves Dupuis, Secrétaire général au Setca Non-marchand



Commentaires - 1 message
  • Merci d'avoir écrit à ce sujet. Je peux témoigner de cette difficulté de travail dans le non-marchand, la passion et le dévouement ne suffisent pas à tenir sur le long terme pour concilier travail et vie de famille. Je trouve cette réalité très dommageable tant pour les professionnels que pour les bénéficiaires. Si les conditions de travail pouvaient s'améliorer...j'aurais aimé pouvoir continuer dans ce secteur....

    Lily Aline jeudi 13 septembre 2018 12:25

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