Pénurie, désertion des blouses blanches : quelles solutions ?

Pénurie, désertion des blouses blanches: quelles solutions ?

La CNE s’est penchée sur la « pénurie » programmée du personnel infirmier. Aller un pas plus loin et se demander quelles seraient les solutions envisageables pour pallier à ces problèmes, c’est ce que le groupe de travail en charge de ce dossier au sein de la CNE a décidé de faire. Voici leur analyse :

Tout d’abord, lorsque l’on parle de pénurie, il faut bien évidemment remettre les éléments dans leur contexte. En effet, si l’on regarde les derniers chiffres de 2016 , nous avons 202 402 infirmiers diplômés dont 71% actifs et 29% de non actifs. 66% travaillent dans les hôpitaux, 14% dans les maisons de repos et 7% dans les soins à domicile et 13% dans les autres secteurs. Un élément important lié à l’allongement des années d’études a renforcé cette crainte de pénurie. En juin 2019, aucun nouveau professionnel ne sortira des écoles. En effet le passage à 4 ans pour les études d’infirmiers bacheliers et à 3 ans ½ pour le brevet retarde de 6 mois la sortie des futurs professionnels. Cet allongement imposé permet de répondre aux normes européennes pour garantir l’euromobilité. Mais le comble du système mis en place, c’est qu’aujourd’hui, nous n’avons toujours pas la garantie de cela pour les infirmiers brevetés ! Ce n’est donc pas du tout rassurant !

De leur côté, les employeurs paniquent et essaient de favoriser le recrutement infirmier à l’étranger plutôt que de s’attaquer à l’amélioration des conditions de travail. Mais le recours à du personnel à l’étranger ne permet pas de répondre à la problématique. Cette situation est éphémère, dès qu’ils le peuvent, ils retournent dans leur pays d’origine.

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La forêt derrière l’arbre

Cependant, nous sommes face à une autre réalité importante : pourquoi tant de professionnels désertent-ils la profession ?

Plusieurs éléments entrent en ligne de compte : les conditions de travail intenables, la difficulté de concilier vie familiale/vie professionnelle, la lourdeur et l’intensification des soins, la difficulté d’être en phase avec les nouveaux concepts managériaux où le profit passe avant l’humain, les normes d’encadrement désuètes autour du patient, la déshumanisation des professionnels considérés comme des pions interchangeables… Nos cahiers de revendications successifs démontrent clairement le malaise des travailleurs.

Autre élément qui vient diminuer le nombre de professionnels actifs à temps plein est la diminution de leur temps de travail (40% du personnel dont 33% involontaire) pour tenir le coup, ou imposé dans l’institution, ce qui précarise financièrement ces travailleurs. Ce n’est pourtant pas aux travailleuses et travailleurs de pallier ce problème en réduisant leurs prestations.

- [A lire] : Une enquête sur la charge de travail des infirmiers

Nos pistes de solution

Face à ces constats, nous pouvons apporter des pistes de solution :

- Un seul titre via une meilleure formation

Peu importe la voie des études choisies, nous souhaitons qu’il n’y ait qu’un seul type d’infirmier responsable en soins généraux reconnu. Il faut permettre selon différentes filières d’enseignement d’arriver à un titre professionnel unique.

La possibilité d’un retour à 3 années d’études tout en répondant aux normes européennes peut aussi être une piste de solution en prévoyant qu’une partie des congés scolaires soit destinée aux stages. Cela permettrait à l’enseignant d’être plus présent auprès du stagiaire puisque la formation serait raccourcie. Augmenter l’encadrement des étudiants en soins infirmiers par un encadrement adéquat sur le terrain et permettre un parrainage par les anciens aux nouveaux infirmiers permettrait par ailleurs d’adoucir la fin de carrière.

Enfin, permettre d’accéder à la formation 600 également aux les détenteurs d’un baccalauréat. Des travailleurs porteurs d’un autre diplôme bachelier sont également demandeurs d’emploi. Il faut donc élargir l’accessibilité au projet 600 pour ceux-ci via le FINSS.

- De meilleures conditions de travail

Renforcer l’attractivité du métier en améliorant les conditions de travail nous semble évidemment une piste essentielle. Nous devons sortir du concept soignant « super héros » et reconnaître ses difficultés par l’aménagement des horaires de travail, le renforcement des équipes de soins en augmentant les normes d’encadrement, la suppression sur demande du travailleur des gardes et des nuits à partir de 50 ans...

S’assurer que les économies réalisées dans le cadre des réseaux hospitaliers soient injectées dans l’institution pour augmenter le cadre au chevet du patient tant au niveau des soignants qu’au niveau logistique et administratif. Permettre au soignant d’effectuer sa propre profession et ne pas être utilisé essentiellement à des fins de remplissage de dossiers.

- [A lire] : Élections : les politiques doivent prendre soin de nos infirmiers !

- Un salaire attractif

Accéder à des conditions financières plus attractives, l’IFIC ne remplit actuellement pas encore cela. Donc il faut mettre des moyens financiers dans l’IFIC et pondérer les profils IFIC en tenant compte du CARE. Ainsi qu’augmenter les primes pour les horaires inconfortables.

Etant donné qu’il est rare de prester une carrière chez le même employeur, la proposition serait de garder toute l’ancienneté acquise dans la profession en cas de changement d’institution. Surtout qu’avec la mise en place de l’IFIC, le travailleur se sent lié à son institution. S’il n’est pas rentré dans l’IFIC, il perd son ancien barème.

- Adoucir les fins de carrière

Améliorer les fins de carrière en continuant les dispenses de prestation à 60 et 65 ans, le retour au crédit-temps de fin de carrière dès 50 ans ainsi que la pension à 60 ans.

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