Remboursement des prestations du psychologue clinicien de première ligne : OUI, MAIS...

Remboursement des prestations du psychologue clinicien de première ligne: OUI, MAIS...

Après l’annonce il y a un an par le SPF Santé, c’est finalement le 1 janvier 2019 qu’a démarré l’intégration du psychologue clinicien de première ligne (PPL) dans la réforme des soins en santé mentale. A cette fin, le ministère de la Santé a mis sur pied un projet-pilote envisageant le remboursement des prestations réalisées par un PPL sous statut d’indépendant. [Une carte blanche de l’Union Professionnelle des Psychologues Cliniciens Francophones]

[DOSSIER]

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Une décision politique

Au moment de la construction de ce projet, l’Union Professionnelle des Psychologues Cliniciens Francophones (UPPCF) avait déploré le fait que sa conception était d’ordre politique et que les associations représentatives du secteur n’avaient pas été consultées au préalable. Suite à notre interpellation, le cabinet du ministère de la Santé nous a affirmé clairement  : «  Il est hors de question d’envisager une autre voie pour le patient que de se rendre obligatoirement chez le médecin pour bénéficier de soins psychologiques remboursés. Cette décision est politique  !  ». Dès lors, pouvions-nous encore parlé d’une «  première » ligne si les soins psychologiques étaient prodigués à la suite du renvoi par un intermédiaire ?

Par ailleurs, les interventions remboursées du PPL dans ce projet-pilote sont restreintes et ne représentent pas toute la palette des soins psychologiques, loin s’en faut. De plus, les bénéficiaires doivent être âgés entre 18 et 65 ans. Si les prestations remboursables sont conditionnées par un tarif maximum de 45 Euros pour une séance de 45 minutes (60 euros pour la première séance de 60 minutes), elles sont aussi limitées à 4 par an, renouvelables une fois mais après renvoi à nouveau par le médecin. Il ne peut s’agir que de séances individuelles ; ce qui exclut les entretiens familiaux ou les séances de groupe. Sont également exclus de ce projet-pilote, les examens psychologiques qui nécessitent bien plus qu’une heure de travail.

Bref, il n’est pas tenu compte du fait que même pour des “cas légers”, un travail en si peu de séances n’est pas la norme et qu’un honoraire plafonné à 45 Euros ne permet pas à un PPL indépendant à titre principal de bénéficier d’un revenu correct. Notons que, bon nombre de personnes n’en bénéficieront pas du fait qu’elles ne rentrent pas dans les conditions requises d’âge et d’affections (dites légères).

Une opportunité  : la représentation à l’INAMI

A ces critiques, notre ministre de la santé répond qu’il s’agit d’un premier pas et qu’elle compte bien pouvoir débloquer davantage de moyens financiers dans un avenir aussi proche que possible. A voir… Cela ne se fera que si nous nous mobilisons activement durant ces prochaines années en nous insérant davantage avec d’autres professions au sein du champ de la santé qui tend à s’étendre au-delà du monde strictement médical.

Bien que très contraignant pour les PPL, ce projet constitue la seule opportunité dont les psychologues cliniciens disposent actuellement pour être représentés au sein du comité d’accompagnement de l’INAMI. Par la suite, l’UPPCF pourra demander à l’INAMI de créer une commission propre à notre profession de santé. Obtenir ces extensions indispensables pour permettre à tous l’accès à des soins psychologiques remboursés par l’assurance maladie ordinaire et garantir aux psychologues cliniciens un revenu convenable, voilà le défi à relever !

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Le VVKP  : un bouc émissaire

Dernièrement, alors que bon nombre de PPL s’inscrivent dans cette initiative dans les réseaux wallons (par exemple, plus de septante au réseau «  fusion-Liège  »), la presse fait écho de la réaction de notre Ministre, Maggie De Bolck, à la constatation que les PPL néerlandophones se montrent très frileux d’y adhérer. Cette dernière cible l’association professionnelle VVKP (le pendant de l’UPPCF en région francophone) qui découragerait les psychologues de s’y intégrer.

En fait, cette association est le bouc émissaire désigné par la ministre pour justifier ce désintérêt flamand. L’explication est autre. Si l’UPPCF et le VVKP se montrent très critiques vis-à-vis de cette initiative de remboursement INAMI des prestations de PPL, nos associations n’en ont pas moins relayé l’information à leurs membres en s’efforçant d’en clarifier les enjeux et même d’en synthétiser tant le contenu que la procédure à suivre pour s’y inscrire (voir notre dossier en question dans l’espace réservé aux membres sur www.uppcf.be).

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La frilosité des PPL flamands

Diverses raisons expliqueraient la frilosité des PPL flamands. L’une d’entre elles devrait tenir au tarif insuffisant prévu pour les séances (45 Euros alors qu’en Flandres, ce montant avoisine plutôt au moins soixante Euros). Qui plus est, les universités néerlandophones organisent depuis deux ans une formation spécifique postuniversitaire de deux années pour l’exercice du PPL  ; on aurait pu s’attendre que ce supplément d’études s’accompagne d’une valorisation financière de l’exercice du PPL mais il n’en est rien…Le VVKP aurait aussi espérer pouvoir s’appuyer sur les cercles de psychologues créés à un échelon local en Flandres pour contrôler la liste de référencement des PPL mais le choix de la Ministre a été de passer par les réseaux en santé mentale.

Cela pourrait aussi être dû à un groupe de psychologues dits «  inquiets  » qui ont réussi à diffuser tout le mal qu’ils pensent de ce projet. A noter que leur réaction se veut indépendante de toute association professionnelle.

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Une opportunité… semée d’embûches à lever  !

Les arguments développés dans la pétition qu’ils font circuler montrent la connaissance lapidaire de leurs auteurs de cette initiative destinée aux bénéficiaires des prestations de psychologues. Si on peut comprendre certaines craintes manifestées comme le danger d’être médicalisé, cela n’est pas suffisant pour fuir cette opportunité qui ne se représentera pas de sitôt  ! Au contraire, il s’agit de s’y engouffrer, certes avec la prudence du sioux, mais aussi en étant conscient d’un mouvement sociétal en marche depuis maintenant plusieurs années  : la loi (art.78) sur la santé n’est plus  «  l’art de guérir  », mais elle s’appelle à présent «  loi sur les professions de santé  » et elle tend à gagner du terrain vers d’autres professions dont la dernière en date, l’exercice de la psychologie clinique. Il faut donc se réjouir de cette proposition qui va dans ce sens, même si le chemin proposé est semé d’embûches et contraint les psychologues cliniciens à faire face au combat d’arrière-garde d’une certaine frange du monde médical soutenu par notre Ministre de la Santé, médecin de formation faut-il le rappeler…

Deux membres du CA de l’UPPCF se sont inscrits comme PPL dans leur réseau afin d’évaluer le système de l’intérieur et pouvoir construire des critiques fondées sur l’expérience de ce «  projet-pilote  » de trois ans, faut-il le rappeler. Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant.

Pour le Conseil d’administration,

Thierry LOTTIN et Quentin VASSART,

Psychologues cliniciens de première ligne,

Vices-Présidents UPPCF.



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