Travailleurs des soins de santé : "Nous sommes arrivés à l’os"

Travailleurs des soins de santé:

Récemment, on a pu lire dans la presse les conclusions de Belfius sur la situation financière des hôpitaux belges dans le cadre de son étude Maha consacrée au sujet. Le diagnostic est sans appel : nos hôpitaux affichent une santé fragile. Ce n’est pas un fait nouveau. En tant qu’organisation syndicale représentative des travailleurs, nous le constatons au quotidien. Et la situation ne va pas aller en s’améliorant. La norme du budget de santé limitée à 1,5% est largement insuffisante pour répondre à l’évolution des besoins : vieillissement de la population, altération de la santé, … Ces dernières années, les économies réalisées dans les institutions ont véritablement mis à mal le secteur.

[DOSSIER]
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Il n’y a plus de bras, nous sommes à l’os

Sur le terrain, tous les travailleurs de tous les départements du secteur de la santé (que ce doit dans le domaine infirmier, logistique, administratif, financier, technique, médical) sont mis sous pression constante, devant s’adapter constamment pour atteindre les objectifs financiers imposés par les décideurs.

Les conséquences sont dramatiques. Le nombre de travailleurs malades explose, on ne compte plus les démissions, les burn-outs, les malades de longue durée, les postes qui restent vacants - faute de candidats à recruter.

On ne compte plus les témoignages de travailleurs épuisés, à bout de souffle. Des déclarations poignantes, qui émanent de tous les secteurs et de toutes les professions : « J’ai tenu tant que j’ai pu et un matin, je n’ai plus su me lever (…), Quand je termine ma journée, je m’effondre en pleurs dans ma voiture (…), les cadences de nettoyage sont telles que je n’y arrive plus, des idées noires me viennent, je pense au suicide (…), quand j’entre dans la chambre du patient, j’évite qu’il me pose des questions car je n’ai pas le temps de répondre (…), je travaille tous les jours en danger sans satisfaction (…), je ne conseille pas à mes enfants de faire ce métier (…) »

C’est certain, la santé économique des hôpitaux est préoccupante mais celles des travailleurs, elle, est alarmante ! Les jeunes fuient le secteur, leur rêve d’humanité, ils choisissent de le vivre en s’impliquant sur leur temps privé.

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Face à ce terrible constat, le silence tue

Il ne s’agit pas là d’une nouvelle découverte. Depuis des années, la situation des travailleurs est dénoncée. Des réponses ont quelques fois été apportées mais finalement, les constats restent identiques : hyper flexibilité, précarité, manque de reconnaissance, champ de travail inadapté, travail en sous-effectif restent la règle.

Et il y a pire à ces silences. Les chiffres sont à présent habilement utilisés par les ‘grands porte-paroles’ du secteur de la santé pour rendre invisible la vraie réalité de terrain. C’est par exemple le cas avec la question du sous-effectif, où l’on s’évertue à comparer le nombre d’infirmiers en Belgique par rapport à la moyenne européenne. Quelle violence ! Nous sommes certes au-dessus de la moyenne. Mais alors comparons la qualité des soins. La Grèce, l’Angleterre et la France sont-elles des modèles à suivre ?

Nous ne pouvons plus entendre : nous sommes dans les normes alors que nous savons tous que la norme définie ne permet pas d’assurer une qualité de soins qui soit digne. Et on sait que la relève est loin d’être assurée, les écoles d’infirmier voyant le nombre d’étudiants inscrits chuter jusqu’à moins 50% pour certains. Il n’y a plus de bras et chez certains, plus d’espoir.

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La santé est entre les mains des décideurs

Aujourd’hui, la logique est de regarder les finances et non pas les besoins légitimes de la population. Le SETCa-BBTK lance un appel clair aux hommes et femmes politiques, aux informateurs, aux présidents de partis. Il est de votre entière responsabilité d’apporter une réponse aux citoyens en termes de santé publique. Il est de votre responsabilité de donner les moyens financiers aux institutions pour mettre en œuvre votre politique de santé. A vous les gestionnaires des hôpitaux, il est de votre responsabilité de garantir la santé physique et mentale des travailleurs dans chacune de vos institutions .

La surexploitation des travailleurs n’est pas une variable d’ajustement à l’insuffisance de moyens car la santé des travailleurs n’est pas à vendre. Il y a urgence, nous sommes à l’os. Il est temps de remettre la santé (et ses travailleurs) au cœur de vos priorités.

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Nathalie Lionnet, Secrétaire Fédérale SETCa Non Marchand

Au nom de l’ensemble des délégués du secteur



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