Malaise dans l'insertion socio-professionnelle : une pétition en ligne

Malaise dans l'insertion socio-professionnelle: une pétition en ligne

La colère monte au sein du secteur de l’insertion socio-professionnelle. Les différents acteurs dénoncent un malaise croissant face à la réalité de terrain. Le rapport serait en effet perverti entre les différents intervenants. De plus, les travailleurs regrettent un manque de moyens financiers mais aussi en termes d’autonomie, de créativité ou encore, simplement, de temps. Difficile dans ces conditions de mener à bien leurs missions pourtant essentielles… Afin de réclamer une autre politique d’insertion, des professionnels de l’ISP ont donc lancé une pétition sur internet.

[DOSSIER]
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« Le secteur de l’insertion socioprofessionnelle (ISP) emploie plusieurs milliers de travailleurs en Belgique, et il profite à des dizaines de milliers d’usagers annuellement. Comme son nom l’indique, son rôle est d’œuvrer à l’insertion sociale et professionnelle de celles et ceux qu’on qualifie aujourd’hui pudiquement de publics éloignés de l’emploi. En leur proposant des formations, de la remise à niveau ou encore du suivi individuel, l’objectif est de permettre à tout un chacun de (re)trouver sa place dans la société, quel qu’ait pu être son parcours et les difficultés rencontrées. Voilà pour la théorie. Car, en pratique, les différents intervenants du secteur, usagers comme travailleurs, éprouvent un malaise croissant face à la réalité de l’ISP », s’insurgent les acteurs et les actrices du secteur de l’insertion socio-professionnelle qui ont lancé sur la toile la pétition.

Via cette initiative, ces professionnels souhaitent faire réagir les pouvoirs politiques. Ils réclament en effet la mise en place d’une autre politique d’insertion. Concrètement, ils souhaitent que les mandataires offrent au personnel des ISP mais aussi aux bénéficiaires davantage de maîtrise sur les décisions qui les concernent. « Une politique qui se ferait dans leur intérêt et non plus uniquement dans celui, étroit, de la concurrence et de la croissance économique », demandent-ils. « Une politique qui dépasserait l’insertion pour développer une véritable inclusion. Une politique qui cesserait de reproduire une société en souffrance, pour se mettre au service d’une société durable. » Et, selon eux, il y a du boulot avant de parvenir à la mise en place de ce modèle. En effet, la situation sur le terrain serait loin d’être idyllique… Les limites ainsi que les difficultés seraient légion.

Effets pervers des décisions politiques

Pour les initiateurs de la pétition, le bât blesse tout d’abord du côté des usagers des services d’insertion socio-professionnelle. « Ce qui devait être une aide se transforme de plus en plus en une obligation, voire en une menace », pointent-ils avant de décrire avec précision la situation : « Désormais, chaque demandeur d’emploi est en effet soupçonné de ne pas en faire assez pour retrouver du travail, et il doit donc en permanence fournir la preuve que ce n’est pas le cas, y compris en se tournant vers des structures d’ISP supposées favoriser son employabilité, sous peine de se voir privé de ses allocations. » Effet pervers de ce système : nombreux sont les usagers qui se lancent alors dans une série de formations qui ne leur seront pas d’un grand intérêt pour leur futur professionnel et cela simplement pour ne pas subir une sanction de l’ONEM.

Les travailleurs du secteur sont également frappés par une série de difficultés qui se traduisent au quotidien. Il y a tout d’abord le fait de devoir composer avec un rapport perverti avec les usagers. « En effet, comment accompagner efficacement quelqu’un qui n’a pas véritablement choisi d’être là ? Comment développer une relation de confiance lorsque les usagers savent que les travailleurs sont tenus de les dénoncer en cas d’absence injustifiée ? », demandent les signataires de la pétition. Les professionnels déplorent également les directives paradoxales émanant des pouvoirs subsidiants. « Ils veulent un accompagnement de qualité mais sans en donner les moyens aux travailleurs, non seulement en termes financiers mais aussi, et surtout, en termes d’autonomie, de créativité ou encore, simplement, de temps. Sans compter qu’ils multiplient, en même temps, les mesures d’exclusion qui poussent des publics toujours plus nombreux à venir grossir les rangs des personnes à (ré)insérer… »

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Un facteur d’évaluation obsolète

Et cerise sur un gâteau déjà indigeste : les difficultés croissantes à mener une (ré)insertion professionnelle réelle et durable. « Non seulement il n’y a pas assez d’emplois pour tout le monde mais quand il y en a, ils sont généralement soit trop qualifiés, soit tellement précaires qu’on peut difficilement y voir un vecteur d’insertion », alertent les signataires. « Et de toute façon, on peut s’interroger sur la pertinence de continuer de prôner l’emploi à tout prix, alors même qu’il est de plus en plus urgent d’envisager d’autres formes de valorisation économique et sociale de nos activités. »

Malgré ce constat implacable, professionnels comme usagers continuent à être évalués exclusivement sous le prisme de la remise à l’emploi : « Les travailleurs de l’ISP sont évalués uniquement sur base de leurs résultats en matière de (re)mise à l’emploi, directe ou indirecte, et les usagers sont sommés de concentrer tous leurs efforts sur ce même objectif, quand bien même il s’avérerait irréalisable ou inadapté à leur situation. »

Face à toutes les limites et les difficultés dénoncées, les acteurs de l’insertion socio-professionnelle réclament à cor et à cri une réforme profonde de leur secteur. Ils espèrent que la pétition lancée sur la toile fera pencher la balance en leur faveur.

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E.V.



Commentaires - 1 message
  • Moi qui travaille ponctuellement dans deux structures d'ISP
    Cet article m'interpelle

    Par ailleurs...
    j'en profite pour indiquer qu'en province du Luxembourg, le CAL anime des ateliers citoyenneté une fois par mois... les animations sont gratuites et construites avec le groupe
    Les objectifs sont de travailler essentiellement l'esprit critique des personnes...
    du coup.. quand j'ecoute Les usagers...je ressens effectivement une frustration par rapport Í  l'obligation de certains d'etre Présent..le manque de subsides empêchant certains projets etc

    J'utiliserai donc cet arrive pour informer en discuter avec les usagers

    Stephr jeudi 13 février 2020 13:35

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