Chronique d’un psy : "Petit pas vers le remboursement des entretiens"

Chronique d'un psy:

L’annonce des concertations concernant l’utilisation des nouveaux moyens dégagés pour le financement des soins de santé mentale fait grand bruit. C’est l’occasion pour T. Persons de revenir sur ce dossier délicat…

Maggie nous avait lâché le chiffre à la fin du mois de juin, confiante, souriante, comme si cela allait sauver son mandat. Deux cents millions d’euros… Une belle enveloppe à utiliser, sachant qu’avant la crise, le budget s’élevait à 22,5 millions. Il faut le dire, la plupart des psy n’y croyaient plus. Puis, il y a eu le COVID-19. Dans un premier temps, on a gonflé le montant pour qu’il flirte avec les 40 millions d’euros. On était déjà tout étonné. Et là, d’une manière inespérée, on nous annonce qu’on va nous allouer 200 millions supplémentaires. Concrètement, c’est un peu comme si le RWDM avait, du jour au lendemain, les capacités financières du Sporting d’Anderlecht !

De prime abord, ça peut paraître louche… Cela fait des années que l’on hurle au financement sans jamais vraiment être entendu. Et d’un coup, comme par magie, ils sont là ! En premier lieu, je me suis demandé si l’on n’avait pas finalement franchi le pas… Maggie a enfin réussi à privatiser la santé et c’est le Qatar qui finance le remboursement des psy de première ligne ? Apparemment, non.

Soit, après tout, on s’en fout d’où vient la thune. Qu’elle soit issue de la revente d’un avion de chasse ou d’une enveloppe de papier kraft kazakh, on s’en masse. Vous me direz, nous, tout ce qu’on veut, c’est que le quidam puisse se payer un psy, s’il en a besoin. Et rien que pour ça, c’est une belle victoire ! Alors, soyons pragmatiques. On fait comment ? On rentre nos frais directement chez Maggie par mail ? On demande aux patients de faire la queue devant le SPF santé pour qu’il les rembourse ? Ah, c’est plus compliqué que ça…

Cette fois-ci, pas de faux départ

De fait, depuis quelques jours, il y a concertation. Le Cabinet de la Ministre l’a annoncé, cette fois-ci, elle écoutera les personnes concernées, à savoir : les psychiatres, les médecins généralistes, les mutualités, les hôpitaux, les organisations de patients et… les psy. Cela peut paraître logique vu que cela nous concerne pleinement. Pourtant, l’ensemble de la profession se souvient amèrement de la manière quelque peu virulente dont le projet de remboursement des soins psychologiques de première ligne avait été mis sur les rails, sans réelle concertation.

Du coup, cette fois-ci, pas de faux départ ! Non, Maggie, les psychologues cliniciens ne veulent pas dépendre d’un médecin généraliste qui autoriserait la prestation de soin. Nous désirons quelque chose de flexible, un remboursement qui remet le patient au centre, qui le laisse décider s’il lui est nécessaire ou non de voir un psy. Puis, pour la plupart d’entre nous, on veut plus que de la thune, on veut une collaboration, de la confiance, l’impression d’être entendu, respecté et d’être considéré comme un acteur de terrain inscrit dans le champ de la santé.

En conclusion, j’ai envie d’y croire cette fois-ci. Avant, il n’y avait pas de budget, ni vraiment d’envie de travailler avec les psy. Aujourd’hui, il y a de l’argent et tout le monde semble être autour de la table. Les associations professionnelles vont certainement être écoutées, en espérant être entendues. Alors, c’est la bonne ? Croisons les doigts…

T. Persons

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Commentaires - 2 messages
  • Tout le monde autour de la table, sauf les psychothérapeutes non psychologues...
    (ceux exerçant la profession avant la loi de 2016 et ayant le droit de continuer d'exercer)

    Ana Evangelista
    Psychothérapeute à Mons

    ana eva vendredi 18 septembre 2020 08:22
  • Bonjour Ana Evengelista,

    Rien ne vous empêche de devenir psychologue.
    Quand vous avez une rage de dents, ce n'est pas votre boucher qui va régler le problème ? Enfin, je l'espère...

    Bien à vous

    Quentin Vassart
    Psychologue clinicien psychothérapeute

    q.vassart samedi 19 septembre 2020 04:37

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