Chronique d’un psy : "Psychologue clinicien : un métier dangereux ?"

Chronique d'un psy:

Dépassé par une actualité des plus abjectes, le meurtre d’une consœur psychologue, T. Persons nous partage sa réflexion sur les dangers de sa noble profession.

La mort… Les métiers de la santé mentale y sont forcément confrontés. Elle fait partie, pour la plupart d’entre nous, de notre quotidien, les angoisses qu’elle génère la placent souvent, d’une manière logique, au centre de notre profession. Que nos patients s’y frottent pour venir nous le balancer en pleine figure, c’est une chose. Que l’on y soit sensibilisé en voyant des gens mourir, c’en est une autre. La crise sanitaire que nous vivons nous a donné un bon condensé de tout cela. Et puis, juste à côté, il y a d’autres drames qui nous renvoient à cette question épineuse : être dépositaire des secrets des gens, est-ce dangereux ?

Elle était psychologue à Annecy. 35 ans. Elle faisait son job, mais surtout son devoir de citoyenne. Ayant connaissance de faits de violence sur une mineure, elle le signale. Le lendemain, l’auteur présumé de ces mêmes violences décide de lui rendre visite dans son cabinet, muni d’une arme et tire mortellement sur elle.

C’est violent et pourtant, c’est tellement banal. Dans un premier temps, pas mal de professionnels ont débattu de cette question de la dangerosité de notre métier. À mon sens, il s’agit d’un faux débat. Pour rappel, en Belgique, la réponse est simple, le secret professionnel est bétonné. La règle générale implique que l’on ne parle pas, même si les subtilités sont éminemment complexes et que la loi offre plusieurs possibilités de se délier du secret professionnel si cela s’avère nécessaire. Par contre, en tant qu’individu, il est de notre devoir d’assister une personne en danger. Lorsqu’un psychologue signale des faits de violence à caractère sexuel sur une mineure, est-il encore psychologue, ou simplement citoyen ?

"Le terrain est glissant"

Dans le cas présent, nous sommes en France. Là-bas, toute personne qui est témoin ou a eu connaissance de privations, mauvais traitements ou atteinte sexuelle infligés à une personne vulnérable, a l’obligation d’en informer les autorités compétentes. Bref, le terrain est glissant, mais il serait erroné de croire que c’est le fait de briser son secret professionnel qui a mis en péril la vie de cette psychologue. Il serait même dangereux d’envisager que le maintien du secret professionnel nous protège de toute forme de velléité.

Finalement, je ne sais pas si l’on fait un métier dangereux. Nos cabinets regorgent de détresse et de personnes aux pathologies diverses. Malgré tout, j’ai le sentiment que nous sommes formés pour gérer des situations compliquées et pour circonscrire les limites d’un contexte que l’on évaluera périlleux… Puis, il reste un petit goût amer en bouche, celui de la récupération. Peut-on décemment poser la question de la dangerosité de notre profession, sans pour autant gommer ce qui s’est passé à Annecy ? En mettant en lumière la question du secret professionnel, finalement, on en revient presque à cautionner un assassin.

En conclusion, soyons clairs : assister une personne en danger est un acte de citoyenneté. De tout ce que j’ai pu lire ces derniers jours, finalement, je n’ai envie de retenir que les mots d’une consœur, Cyrielle Richard : le coupable ici est celui qui viole et qui tue. Dénoncer des violences est une obligation et personne ne devrait mourir pour cela.

T. Persons

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