Bruxelles doit revoir sa prise en charge psychiatrique

Bruxelles doit revoir sa prise en charge psychiatrique

Depuis l’entrée en vigueur de la réforme Psy 107 en 2010, qui vise à désinstitutionnaliser les soins de santé mentale, plusieurs établissements tirent la sonnette d’alarme en ce qui concerne la prise en charge, surtout bruxelloise. Ainsi, tout en déplaçant les soins vers le domicile du patient, la réforme instaurée par le Fédéral vise également à supprimer des lits. Très mauvaise idée pour les principaux chefs de service des établissements Erasme, Saint-Pierre et Saint-Luc. Ils ont publié une carte blanche pour exprimer leur vision.

Début 2010, le Fédéral lançait une grande réforme des soins de santé mentale, baptisée Psy 107. L’objectif : désinstitutionnaliser au maximum les prises en charge, en offrant des soins à domicile, dans le milieu de vie du patient. Si l’idée n’a pas été mal accueillie par le secteur, la suppression de lits en parallèle dans les hôpitaux psychiatriques, est, elle, fortement décriée. La situation est particulièrement catastrophique à Bruxelles, où la prise en charge des cas lourds en urgence ne peut être assurée. Il y a quelques semaines, la FAMGB (Fédération des Associations de Médecins Généralistes) publiait un livre noir de la santé mentale, expliquant les situations difficiles auxquelles étaient confrontés les praticiens. Ce week-end, les chefs de service de la majorité des établissements hospitaliers bruxellois ont publié une carte blanche dans Le Soir.

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Nos consœurs et confrères généralistes de la Fédération des Associations de Médecins Généralistes de Bruxelles (FAMGB) ont récemment fait paraître un « livre noir » de la santé mentale à Bruxelles. Ce livre noir a l’immense mérite de partir de situations vécues par des médecins traitants, situations souvent poignantes de patients psychiatriques en détresse, et de leurs familles, face auxquelles ils décrivent des sentiments de désarroi, d’impuissance et d’abandon. Ils font état d’une série de constatations, voire de reproches, concernant l’organisation des soins psychiatriques à Bruxelles : il leur est difficile de trouver rapidement des relais vers des consultations psychiatriques saturées, même dans des structures de soins à bas seuil d’exigence, comme le sont les centres de santé mentale.

Une étiquette négative

Des patients psychiatriques parfois gravement décompensés sont renvoyés à domicile faute de place dans les services hospitaliers. Les possibilités d’hospitalisation semblent davantage fonction des places éventuellement disponibles que du degré réel d’urgence. Les patients qui ont une étiquette psychiatrique sont encore trop souvent victimes de préjugés lorsqu’ils sont hospitalisés dans des services somatiques, entraînant une non prise en considération de leurs pathologies et des traitements inadéquats. Il est pourtant largement reconnu que les patients psychiatriques présentent en moyenne plus de pathologies somatiques, qu’elles sont plus sévères et entraînent une nette diminution de leur espérance de vie. Finalement, ils se plaignent, sans doute à juste titre, d’un manque de concertation entre les soins spécialisés et les soins de première ligne : ils connaissent souvent bien l’histoire des patients et de leurs familles, et souhaitent que leur avis soit pris en considération lorsqu’une décision d’hospitalisation (ou de non-hospitalisation) doit être prise, ainsi que dans le suivi hospitalier ou ambulatoire de leurs patients.

Une histoire complexe

De leur côté, les psychiatres et les structures de soins spécialisées vivent également quelques difficultés. Certaines d’entre elles sont non spécifiques à Bruxelles et sont même communes à de nombreux pays développés. L’histoire de la psychiatrie est une histoire complexe. Elle est entachée de suspicions du fait de dérives totalitaires, eugéniques dans le chef du régime nazi et sous forme d’incarcération systématique d’opposants politiques dans les asiles soviétiques. Par ailleurs, indépendamment de ces exemples extrêmes d’utilisation de la psychiatrie à visée de contrôle social, de nombreux traitements barbares ont été délivrés au cours de son histoire, dans une optique de soin, par exemple les lobotomies.

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Suspicions et contre-révolution

La révolution psychopharmacologique a permis des avancées majeures dans la prise en charge des maladies mentales, mais a aussi fait naître des suspicions de volonté de contrôle social et de collusions entre l’industrie pharmaceutique et la psychiatrie, voire de désir de psychiatriser la normalité. Une « contre-révolution », le mouvement anti-psychiatrique né dans les années 60 et 70 a entraîné une humanisation importante des soins, une efflorescence d’alternatives aux asiles psychiatriques, telles que les habitations protégées, les centres de jours, les prises en charge ambulatoires dans la communauté et influence une réforme en cours, la réforme 107, visant à privilégier les alternatives à l’hospitalisation via le recours à des équipes mobiles permettant les soins à domicile.

Demandes contradictoires

Cette histoire complexe explique en partie les demandes contradictoires auxquelles la psychiatrie doit faire face aujourd’hui : traiter humainement les personnes atteintes de maladie mentale en respectant leur dignité, et leur liberté de choix, mais aussi les protéger, éventuellement contre leur gré, lorsqu’ils présentent un danger pour eux-mêmes et pour autrui, soit une mission sécuritaire. Elle peut donc se voir reprocher d’avoir privé de liberté (la loi de mise en observation) des personnes au prétexte de les soigner contre leur gré, mais aussi de ne pas avoir agi, si ces mêmes personnes commettent des actes violents contre autrui ou contre eux-mêmes.

La plupart des institutions et services psychiatriques ont fait des progrès considérables, quoique largement perfectibles, depuis la seconde moitié du 20e siècle, dans l’humanisation des soins et une meilleure prise en considération de la dignité des personnes. Le personnel est en général dévoué, et il faut lui rendre hommage car la tâche n’est pas facile. Il est lui-même soumis quotidiennement à de fortes charges émotionnelles, voire à des violences menaçant son intégrité physique.

Lire le reste de la carte blanche sur le site du Soir



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