Loi De Block : les assistants psy se redéfinissent

Loi De Block : les assistants psy se redéfinissent

Entre l’apprentissage d’un métier, le diplôme auquel il correspond et la demande réelle du secteur, l’écart peut être grand. C’est le cas du titre des assistants en psychologie, dont le label ne reflète pas forcément les aptitudes sur le terrain.

Le métier d’assistant en psychologie semble décidément assez énigmatique. La place qu’il occupe dans une équipe pluridisciplinaire, les compétences spécifiques du travailleur sur le terrain et le type d’emploi auquel il correspond sont des questions assez inévitables, tant le titre en lui-même fait courir le risque de s’y méprendre. Pour tenter d’y apporter des réponses, je suis allée à la rencontre de certains de mes anciens professeurs, précepteurs d’un label que je chéris.

Fabienne Deschoenmaecker est présidente de l’association des praticiens en psychologie appliquée et chef du département en psychologie de l’institut Libre Marie Haps. Jean Verriest est psychologue, psychothérapeute et maitre-assistant à la Haute Ecole De Vinci. Fabian Cantaert est maître de formation pratique en psychologie appliquée à la Haute École Léonard de Vinci.

[DOSSIER]

- Assistants en psychologie : nom d’un titre !
- Mais vous êtes quoi au juste ?

Notre particularité

Pour Fabian Cantaert, « La loi De Block (sur la santé mentale) vient nous demander de préciser quelque chose de notre place, ce qui est en fait intéressant : les bacheliers en psycho ne sont pas des master en psycho et la grande différence c’est l’ampleur des stages durant le processus de formation (600h en trois années), qui en fait un bachelier professionnalisant ». Autrement dit, au sortir de leur cursus d’assistants en psychologie, les étudiants sont d’emblée efficients sur le terrain. « Cette efficience porte d’une part à des formations continues et, de l’autre, est spécifiquement attractive sur le marché de l’emploi », ajoute Jean Verriest.

Les stages : une richesse essentielle

A l’Institut Libre Marie Haps (entre autres), la dimension du stage durant la formation est essentielle car elle permet d’asseoir la légitimité professionnelle des futurs assistants en psychologie. Fabienne Deschoenmaecker explique : «  On essaye de développer des compétences chez nos étudiants. La dimension du stage implique une pratique réflexive : ce que je fais, je le fais en le pensant… On sort du purement pratique. On a une expertise au travers de la supervision et de l’encadrement des stages : c’est là qu’on développe des compétences qui nous différencient d’un bachelier de transition en psychologie, tel qu’il est proposé à l’université ». L’aspect professionnalisant, placé sous le joug d’une pratique réflexive est ici, une marque de fabrique.

Ce que veut le terrain ? Du savoir-faire !

Comme le suggère Jean Verriest, il existe une forme de dichotomie entre la dimension du label (le diplôme, la certification) et celle des compétences du terrain. A l’heure où le pouvoir universitaire semble encore bien présent dans la pensée collective, il semble que le terrain social, lui, soit surtout à la recherche de professionnels adaptables, voire hybrides. En témoignent les recherches d’emploi de Jean Verriest sur le site-même du guide social : « Sauf erreur de ma part, il y a toute une série de fonctions qui ne correspondent à aucun diplôme : liberté est donnée aux assistants en psycho et aux masters de postuler ! ». Autrement dit, la demande en termes d’emploi n’est pas toujours « formatable » au titre académique. Pour Jean Verriest, « C’est ça qu’il faut faire entendre au niveau politique, mais aussi dans le monde psy, bachelier ou master : un employeur ne choisit pas d’engager un diplôme (sauf si une réglementation l’y contraint) : c’est une personne qu’il embauche avant tout ».

Continuer à se former, toujours

Qu’ils saisissent la voie de l’université ou non, les étudiants et diplômés assistants en psychologie sont vivement invités à poursuive des formations continues sur le terrain, « Ceci pour approfondir leurs connaissances dans des domaines plus spécifiques », insiste Fabienne Deschoenmaecker. « Il faut surtout être l’élite de soi-même, et pas être dans la révérence à l’égard d’élites quelles qu’elles soient ». Dans cette optique, l’assistant en psychologie, c’est aussi une question de conscience professionnelle, de choix réflexif par rapport au métier qu’il a envie d’exercer.

Hybride, et spécialiste du pluridisciplinaire

En s’appuyant sur des stages de « pratique réflexive » alternant à la fois l’action de première ligne et la pensée clinique, on pourrait presque dire que l’assistant en psychologie est à l’image de ce qu’attend le terrain aujourd’hui : un professionnel capable de répondre aux demandes d’un système en mutation et de co-construire, en équipe pluridisciplinaire, une intervention adaptée à la demande du public concerné.

LT, assistante en psychologie

[A Lire]

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Commentaires - 3 messages
  • Un des problèmes est que Marie-Haps, pour autant que j'en voie des anciens, ne forme pas du tout à l'esprit critique à l'égard de formes de psychologie dépassée, en particulier la psychanalyse et le test de Rorschach

    vanrillaer jeudi 8 février 2018 16:45
  • Il est dommage, Mr Vanrillaer, que les thérapies comportementales ne soient pas arrivées à soigner votre obsessionnalité contre "les formes de psychologie dépassée", cela les auraient rendues plus crédibles !

    Broh jeudi 8 février 2018 17:08
  • A l'UCL, le stage de master 1 comprend 650h... Donc les étudiants en haute école ne suivent pas plus d'heures de stage qu'à l'université. Il s'agit juste du "moment" où prend place ce stage : eux en plusieurs fois dans leurs trois années de bachelier, tandis qu'à l'université le stage se déroule une à deux fois durant les deux dernières années de master.
    Sans parler du fait que les étudiants universitaires ont la possibilité d'effectuer des stages libres supplémentaires dans leur cursus ou l'année après leur diplôme. Les étudiants universitaires sont également suivis avec soin dans le développement de leur esprit critique et de leur sens clinique durant leur stage, via les séminaires d'accompagnement de stage et les séances de tutorat.
    Je ne suis pas en train de dire que les formations bachelières et universitaires sont identiques, mais visiblement elles ne diffèrent pas en terme d'heures de pratique ou au niveau du suivi des étudiants durant leur stage.

    Sarinaso jeudi 8 février 2018 17:31

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