Sexiste, le secteur psycho-médico-social ?

Sexiste, le secteur psycho-médico-social ?

La parole des femmes se libère de façon exponentielle ces dernières années, notamment depuis l’émergence du mouvement #MeToo. La question du sexisme intervient donc de plus en plus dans le débat public. On parle de ses manifestations dans la culture populaire, mais aussi directement dans la rue, au sein du foyer et au travail. Mais qu’en est-il dans le secteur psycho-médico-social ? Le Guide Social s’est intéressé à ce cas bien particulier, où les femmes sont largement représentées.

En 2014, la Belgique a été le premier pays à définir le sexisme dans la loi et à le condamner pénalement. En 4 ans, les choses ont encore bien évolué. En effet, la question de l’égalité des genres a fait l’objet de nombreuses mesures de la part des différentes instances de pouvoir, au point d’être considérée dans toutes les politiques bruxelloises. Parmi les nombreux domaines visés, la diversité au travail demeure le fer de lance de la politique pour l’égalité. Dans le secteur psycho-médico-social, le problème se pose d’une façon singulière : il est l’un des rares où les femmes sont majoritaires. Les différences et les inégalités s’expriment alors à travers toute une symbolique, qui a bien des impacts sur le terrain.

Les femmes, surreprésentées dans le secteur

Sur le terrain, les femmes sont nombreuses dans le psycho-médico-social. A Bruxelles, selon Actiris, elles seraient présentes à 67.1% dans le secteur de la santé humaine et de l’action sociale. Ainsi, il apparaît dans le psycho-médico-social un phénomène caractéristique et peu commun : la féminisation des noms de métiers. On parlera par exemple plutôt d’une infirmière, d’une aide-soignante, d’une accueillante d’enfant, mais aussi d’une sage-femme ou d’une puéricultrice.

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Les discriminations au travail, aussi importantes qu’ailleurs ?

Si le "plafond de verre", ce phénomène qui limite aux femme l’accès aux postes de décision, existe, il peut néanmoins être nuancé grâce à cette surreprésentation des femmes. Julie, intervenante sociale, témoigne ainsi : "J’ai fait mes débuts dans une institution où les ’cadres’ étaient, initialement, uniquement des femmes. Je n’ai donc pas fait l’expérience de milieux professionnels où les hommes accédaient plus facilement à des postes élevés ". Néanmoins, il existe aussi de ce fait une réelle discrimination à l’embauche : "Il arrive que certains employeurs ne puissent s’appuyer que sur le critère du genre pour faire leur choix entre deux candidats aux compétences identiques. C’est dur, mais à mon sens, cette méthodologie a davantage vocation de maintenir la diversité des genres que de discriminer le sexe féminin", explique Julie.

Une différence pour les bénéficiaires

De la part des bénéficiaires du service, la diversité compte, puisqu’une différence peut se faire entre un intervenant et une intervenante. Les hommes sont ainsi plus sollicités en cas de crise, pour contenir les patients par exemple. "On observe parfois que les patients masculins se confronteront davantage à des hommes dans un rapport de force avec les professionnels masculins", indique Julie, "tandis qu’avec les professionnelles femmes, cette confrontation se fera plutôt sous le prisme du lien et de la négociation."

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L’importance de la symbolique

La façon dont le bénéficiaire perçoit les professionnels hommes et femmes peut avoir une réelle influence sur le travail d’aide. Selon Julie, "là où le genre est appelé dans sa différence, c’est plutôt dans sa symbolique : la femme peut représenter la figure maternelle tandis que l’homme peut représenter la figure paternelle. Dans l’accompagnement psycho-social, ces représentations des figures parentales peuvent avoir un effet au niveau thérapeutique". Cette symbolique est d’ailleurs tellement ancrée qu’elle se ressent jusque dans la conception des institutions. "Dans le secteur, on parle parfois d’institutions matriarcales ou patriarcales en fonction du ’style’ d’accompagnement que propose le modèle pédagogique", raconte Julie. Les institutions dites "matriarcales" seront ainsi celles qui se concentrent sur le lien, la relation, tandis que l’approche "patriarcale" serait celle des institutions qui s’en tiennent au cadre et aux sciences de l’éducation. Toutefois, il ne s’agit que de représentations : des femmes peuvent parfaitement être à la tête d’institutions considérées comme patriarcales, et des hommes diriger des institutions matriarcales.

Entre stéréotypes et réalité

Il n’en reste pas moins un constat important : certaines valeurs et compétences demeurent considérées comme "féminines" ou "masculines". En étudiant ce phénomène, des études de sociologie ont dégagé une éthique du care. Celle-ci correspond à des valeurs communes d’attention, de prévenance, et d’aide notamment, qui sont traditionnellement attribuées aux femmes. Ce serait une raison de l’attrait des femmes pour le secteur. Certains évoquent ainsi des raisons naturelles, instinctives à ces valeurs, tandis que d’autres y voient plutôt un effet culturel, lié à la société.

Quelles qu’en soient les raisons, une approche centrée sur les désirs de chacun et la personnalité des travailleurs, plutôt que sur nos représentations, apparaît aujourd’hui importante pour répondre aux besoins du secteur. "Je ne pense pas que mon sexe soit à l’origine de ce que je pense mieux ou moins bien faire : je crois que c’est une question de sensibilité et de valeurs qui trouvent elles-mêmes leur origine dans mon éducation personnelle. C’’est dans cette diversité-là que s’inscrit un travail d’équipe de qualité", conclut Julie.

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Coline Daclin



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