Un site de l'Agence pour le Non-Marchand
Informations, conseils et services pour le secteur associatif

Nouveau Bachelier en accueil et éducation du jeune enfant (AEJE) dès cette rentrée

Nouveau Bachelier en accueil et éducation du jeune enfant (AEJE) dès cette rentrée

Un nouveau Bachelier en accueil et éducation du jeune enfant de 0 à 6 ans (AEJE) fait son entrée à la Haute École Léonard Vinci ainsi que dans d’autres établissements de l’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles. À la croisée du social, du pédagogique et de la santé, ce nouveau métier séduit les étudiants. Rencontre avec Julie David, cheffe de projet pour la mise en place de cette formation de trois ans pour le consortium HE Vinci, ISFSC et Ephec-éducation.

Le nouveau bachelier en accueil et éducation du jeune enfant de 0 à 6 ans forme, dès cette rentrée, de futurs accueillants capables d’assurer une prise en charge professionnelle en favorisant une approche holistique de l’enfant. Les fonctions de l’accueillant sont celles de l’accompagnement, l’éducation la prévention.

Dès le second semestre 2025, ces professionnels pourront travailler dans de nombreux secteurs comme les crèches, les accueils temps libres, les classes d’accueil, etc.

La formation vise à sensibiliser les futurs accueillants aux enjeux multiples du métier en favorisant un regard interdisciplinaire sur le jeune enfant et les personnes qui confient le jeune enfant. Elle prépare les étudiants à des tâches variées, de l’accueil des parents à l’observation du développement de l’enfant, en passant par la communication et la prévention.

Julie David, cheffe de projet pour la mise en place de cette formation de trois ans au sein de la Haute Ecole Léonard de Vinci, revient sur la création de ce bachelier et sur le contenu de la formation.

"Ce nouveau Bachelier délivre le titre d’accueillant du jeune enfant"

Le Guide Social  : La création de ce nouveau Bachelier en accueil et éducation du jeune enfant (AEJE) était très attendue depuis longtemps. Quelle a été la genèse de ce projet  ?

Julie David  : En choisissant de mettre en place ce Bachelier en accueil et éducation du jeune enfant, la Fédération Wallonie-Bruxelles s’est alignée sur ce qui se fait ailleurs. En effet, cette formation existe en Flandre depuis 2011 et elle est présente dans beaucoup de pays européens notamment en France. En Norvège, cette formation est organisée au niveau Master…

Ce dossier, tel qu’il est conçu aujourd’hui en Fédération Wallonie-Bruxelles, s’appuie sur deux recherches importantes, qui sont centrées sur les formations initiales dans le champ de l’accueil de l’enfance. Elles ont été réalisées en 2012 (1) et 2015 (2) par l’université de Liège en collaboration avec l’ONE. Elles ont été menées par Florence Pirard, professeure à l’ULiège qui défend énormément la revalorisation des métiers de la petite enfance.

Suite à ces deux recherches, en 2019, un groupe de travail composé de l’ONE et de hautes écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles dont Vinci et des acteurs de terrain ont réalisé une publication intitulée «  Outils en vue de la création d’un Bachelier en éducation de l’enfance  ».

Le Guide Social  : L’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES) s’est ensuite emparée du dossier…

Julie David  : En effet, en 2021 et 2022, l’ARES a créé deux groupes de travail (un groupe stratégique et un groupe pédagogique) afin de structurer les demandes d’habilitation. Le projet de Bachelier avait suscité une telle effervescence que les demandes partaient dans tous les sens.

Sous le pilotage d’Alexandre Lodez, Directeur-Président de la Haute Ecole Libre Mosane (HELMo), ces groupes de travail ont permis de décider de la mise en place d’une formation sous forme de Bachelier.

Ce nouveau Bachelier en accueil et éducation du jeune enfant délivre le titre d’accueillant du jeune enfant. La législation a été adaptée et reconnait à présent le Bachelier pour les fonctions d’accueil et d’encadrement PMS.

"Nous participons à la formation de praticiens réflexifs qui ont des ressources pour pouvoir prendre du recul, analyser, faire des hypothèses et faire appel à des relais"

Le Guide Social  : A quel moment et pour quelles raisons la Haute Ecole Léonard de Vinci a-t-elle décidé de proposer ce Bachelier en AEJE  ?

Julie David  : Dès 2015, Vinci s’est intéressé à la mise en place de ce Bachelier. Nous avions participé à la recherche européenne « Toddler » avec les équipes d’autres pays européens. Cela nous a permis de constater qu’un bachelier «  Éducateur du jeune enfant  » existait déjà dans un grand nombre de pays, en Espagne, Italie, etc.

Ensuite, en 2019, nous avons intégré le groupe de travail composé de l’ONE et de plusieurs Hautes Écoles et nous avons décidé de créer un groupe de travail interdépartemental au sein de Vinci pour mener une réflexion autour d’un Bachelier en accueil et éducation du jeune enfant.

Les départements que nous avons associés, dans les secteurs de la santé et des sciences humaines et sociales sont nombreux  : psychologie, logopédie, éducateur spécialisé, kinésithérapie, diététique, préscolaire, psychomotricité, infirmier, ergothérapie, sage-femme.

Ce groupe de travail a notamment permis de voir où l’interdisciplinarité était possible.

Lire aussi : Missions, formation, statuts... : à la découverte du métier d’accueillant.e d’enfants

Le Guide Social  : C’était un fameux chantier en termes de mises en commun et d’échanges entre les différents départements…

Julie David  : Effectivement. Et c’est ce qui nous permet aujourd’hui d’avoir un programme de formation que nous avons pensé de manière très interdisciplinaire.

Nous avons imaginé des modules qui sont systématiquement interdisciplinaires. Nous partons du constat que derrière des moments quotidiens et répétitifs se cache souvent une situation très complexe qui nécessite que les professionnels utilisent des ressources et qu’ils soient conscients des enjeux multiples et variés.

Si l’on pense au repas, par exemple, qui est un moment quotidien et répétitif par excellence, on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’une activité si simple qui se limite à répondre à un besoin physiologique. Les enjeux peuvent être très importants et toucher aussi bien des questions de santé qu’à des questions d’apprentissage, relationnelles ou culturelles. Comment fait-on, par exemple, pour que le repas réponde à la fois aux choix défendus par les parents et aux recommandations de l’ONE ?

L’approche interdisciplinaire et la conscience des multiples enjeux sont appliquées à divers aspects des responsabilités liées au jeune enfant, notamment le sommeil, la mise au lit, la sieste, et les moments de jeu libre. Cette approche s’étend également aux tâches liées à la transition entre les personnes qui confient l’enfant et l’environnement dans lequel il est pris en charge, que ce soit en crèche, en accueil temps libre, en classe d’accueil ou dans des services spécialisés.

Si certains se demandent pourquoi ce bachelier existe, c’est précisément cette dimension autour des enjeux et de la capacité d’analyse et de prise de recul, et de tout ce qui est de l’ordre des attendus d’un niveau de bachelier qui est spécifique et novatrice.

Nous ne formons pas des techniciens, nous participons à la formation de praticiens réflexifs qui ont des ressources pour pouvoir prendre du recul, analyser, faire des hypothèses et faire appel à des relais quand c’est nécessaire, avoir des outils pour soutenir la parentalité ou pour aller chercher les ressources là où elles sont, que ce soit dans la littérature ou dans d’autres institutions.

"Il s’agit d’un métier qui est au cœur du social, du pédagogique et de la santé"

Le Guide Social  : Quelle est l’approche proposée par Vinci  ?

Julie David  : Dans chaque unité d’enseignement, il y a au minimum deux départements impliqués. On va croiser les disciplines et les ressources pour que l’étudiant puisse réaliser une tâche complexe pour laquelle il a besoin de ressources diverses et variées. Un des moyens (mais pas le seul), c’est de modulariser l’unité et proposer une épreuve intégrée qui reprend toutes les disciplines de l’unité. On va tester cela durant cette première année.

Si l’on veut que les étudiants prennent conscience de l’interdisciplinarité, cela doit se marquer dans la réalisation de ces tâches complexes. À l’intérieur de chaque unité, il y aura systématiquement une activité d’apprentissage qui permettra aux étudiants de se préparer à l’évaluation intégrée. Et les épreuves auront lieu pendant l’unité d’enseignement : on sort de la logique des sessions d’examens.

Voici un exemple concret  : nous avons une unité qui s’appelle «  Développement de l’enfant  ». On pourrait se dire que les étudiants auront un cours de psychologie du développement et puis ils devront passer un examen. Nous avons décidé de quitter cette logique. Dans cette unité consacrée au développement de l’enfant, la formation prévoit une approche santé de la conception à la naissance, une approche petite enfance, une approche neurosciences, et puis des approches plus pratiques du type le jeu et le développement de l’enfant, la musique et développement de l’enfant qui permettent de croiser du pédagogique et des apprentissages avec ce soutien au développement.

Il s’agit d’un métier qui est au cœur du social, du pédagogique et de la santé. On est vraiment au milieu des trois.

Le Guide Social  : Sur le terrain, qu’est-ce qu’on attend de ces futurs Accueillants de l’enfant  ?

Julie David  : Il y a déjà des tâches professionnelles qui sont identifiées au niveau de l’organisation, de la réflexion et de la mise en œuvre d’un cadre qui permet à l’enfant de se développer dans des conditions favorables. L’observation sera placée au cœur de la formation de la première année.

Ce cadre peut être complexe. On ne va pas uniquement penser l’accueil des parents, on va penser l’espace, le temps, la relation, etc.

Derrière le mot «  cadre  », il y a énormément de choses. La réalisation de soins adaptés à l’âge et aux besoins de l’enfant et dans le respect de la limite de sa profession  : il ne faut pas entendre le terme «  soins  » comme des soins infirmiers mais bien des soins de base comme par exemple langer un enfant.

Il peut aussi y avoir des questions de prévention pour répondre aux personnes qui confient l’enfant non pas comme un médecin, non pas comme une infirmière mais avec suffisamment de ressources que pour pouvoir aiguiller, conseiller, relayer.

Les tâches peuvent être liées également à l’aménagement d’un espace permettant le développement d’une relation de confiance réciproque tant avec l’enfant qu’avec sa famille, ses référents, les professionnels qui l’entourent.

Il y a aussi des tâches qui relèvent de la communication entre les milieux de vie de l’enfant et du travail en équipe et de l’animation de l’équipe. Les Bacheliers auront des compétences pour animer une équipe autour de questions pédagogiques ou d’une question de la personne qui confie l’enfant.

Une directrice de crèche me disait, la semaine dernière, qu’elle imaginait bien les futurs Accueillants comme des Référents pédagogiques à côté de la direction.

Le terme accueillant est essentiel. Il définit clairement les différentes approches de prévention, d‘accompagnement, de soins, d’éducation et de soutien à la parentalité.

"Notre but ? Amener les étudiants à prendre soi d’eux-mêmes avant de pouvoir prendre soin de l’enfant"

Le Guide Social  : Comment se répartissent les cours et les stages durant les trois années de Bachelier  ?

Julie David  : En première année, nous allons travailler sur l’observation de l’enfant dans un milieu d’accueil classique comme les crèches. Nous visons dans un premier temps «  l’enfant tout venant  » au sein de collectivités.

Nous souhaitons également travailler la question du futur professionnel que sera l’étudiant. On veut amener les étudiants à être «  bien dans leurs baskets  ». L’enjeu est l’accompagnement du jeune enfant, il s’agit donc de les amener à se construire comme professionnel. Nous souhaitons amener les étudiants à prendre soi d’eux-mêmes avant de pouvoir prendre soin de l’enfant. Ce travail sur eux-mêmes se fera au travers de l’expression corporelle, théâtrale, orale et musicale.

Le début de la formation aura pour objectif de travailler l’acculturation à l’enseignement supérieur. On amène l’étudiant à comprendre les codes de l’enseignement supérieur. On tient très fort à expliciter l’implicite.

Le Guide Social  : Et en 2e année  ?

Julie David  : On aura un focus sur la prise de soin de l’enfant et de sa famille ou des personnes qui confient l’enfant. C’est un peu long mais il n’y a pas que les familles qui confient l’enfant. Il y aura toute la dimension des difficultés que les enfants peuvent rencontrer, la question des inégalités ainsi que toute la dimension plus pédagogique autour des activités et de l’enfant, dans une perspective Educare.

Au niveau des stages, on a envie d’ouvrir à d’autres milieux que celui des crèches comme les services spécialisés d’accueil des enfants, les espaces de rencontres parents-enfants, les accueils temps libres, les activités extra-scolaire. On pourrait, par exemple, imaginer des stages au niveau de Fedasil, des consultations ONE et, j’ai envie de dire, tout ce qu’on ne sait pas encore.

Lire aussi : Les stages, un moment-clé dans la formation des métiers de la santé et du social

Le Guide Social  : Et qu’en est-il de la 3e année  ?

Julie David  : On a envie que ce soit l’étudiant qui construise son propre projet. On pourrait avoir des étudiants qui décident de retourner en crèche, d’autres pourraient être intéressés par les lieux de rencontres parents-enfants en prison ou en IPPJ ou encore désirer partir à l’étranger via un Erasmus.

Ce sera une année où l’on va travailler énormément sur des situations professionnelles.

"Les opportunités professionnelles sont nombreuses !"

Le Guide Social  : Les secteurs où l’Accueillant pourra exercer comme stagiaire et puis comme professionnel sont nombreux…

Julie David  : Les opportunités sont nombreuses en effet. On pense bien entendu aux crèches mais il y a aussi  :

  • Le service d’accueil de l’enfant (SAE) / Accueil à domicile/halte-garderie  ;
  • Espaces de rencontre et lieux de rencontre parents/enfants / relais parents/enfants  ;
  • Consultations ONE  ;
  • Les SASPE, milieux d’accueil spécialisés : «  pouponnière  » ; «  maisons maternelles  »…  ;
  • Accueil extra-scolaire / accueil temps libre / Centre de vacances  ;
  • Fedasil  ;
  • Services d’accueillants, PEPS, accueil à domicile  ;
  • Pédiatrie au sein des hôpitaux (complémentaire à l’école à l’hôpital)   ;
  • Service d’accompagnement (AMO, Aide précoce, SOS enfants, …)  ;
  • Classe d’accueil  ;
  • Et tout ce que l’on ne sait pas encore…

Je pense qu’au niveau sociétal, il y a une volonté de revaloriser et de répondre à la complexité de tous les métiers liés à l’enfance. L’accueil qu’ils auront sur le terrain dépendra aussi de nos premiers étudiants qui seront des ambassadeurs. Nous sommes convaincus que ces futurs accueillants travailleront main dans la main avec les autres professionnels.

Le Guide Social  : Comment est accueillie cette formation par les étudiants  ?

Julie David  : Cette formation rencontre pleinement nos espérances en termes d’inscriptions.

En pratique

Les cours se donnent dans les différentes implantations de la Haute Ecole Vinci à Ixelles ainsi que dans les locaux de l’Ephec-education, à la rue Royale à Schaerbeek.

Savoir plus :

1. Recherche intitulée « Formations initiales dans le champ de l’accueil de l’enfance (0-12 ans) » et appelée également« recherche 114 ».

2. Recherche intitulée « Les formations initiales des professionnel-le-s de l’enfance (0-12 ans) publication et des équipes d’encadrement : enjeux et perspectives » appelée aussi « recherche 123 ».




Ajouter un commentaire à l'article





« Retour