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"Le travail en planning familial ? Il n’y a pas de routine !"

Au sein d’un planning familial, on retrouve une équipe pluridisciplinaire allant des psychologues aux infirmiers en passant par des assistants sociaux. C’est ce dernier métier qu’exerce Lise Desfrasne depuis maintenant plus de 20 ans au sein de PlanF. De cette longue expérience, celle qui est aussi accompagnatrice IVG nous apporte un regard d’experte sur cette profession de première ligne.

 Découvrez la campagne : "J’aime mon métier" : un focus sur les professionnels du social et de la santé

Lise Desfrasne est assistante sociale en planning familial depuis plus de 20 ans. La vocation s’est révélée à elle lors d’une animation EVRAS en secondaire. Mais assistante sociale en planning familial, ce n’est pas uniquement “parler de sexe”. C’est aussi porter tout un tas de casquettes et se confondre dans différents rôles. La routine ? Très peu pour Lise. Elle nous reçoit au PlanF, près de la place Saint-Josse à Bruxelles. Son coup de cœur professionnel. Nous nous installons dans son bureau, où elle reçoit les usager.ère.s en demande.

Guide social : Pouvez-vous vous présenter ?

Lise Desfrane : J’ai 44 ans. Je suis assistante sociale, animatrice, accueillante et accompagnatrice IVG en planning familial. Je précise car j’ai plusieurs casquettes.

Guide Social : Comment définiriez-vous votre métier ?

Lise Desfrane : Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je dis que je travaille en planning familial car pour moi c’est très différent d’être assistante sociale dans un planning familial que dans un CPAS par exemple. Le contact et le lien de confiance que l’on crée avec notre public n’est pas le même, les équipes pluridisciplinaires et les hiérarchies sont très différentes en CPAS. J’y ai travaillé un an et je n’ai pas du tout accroché.

"L’essence de mon métier ? La collaboration avec les bénéficiaires"

Guide social : Et elle vient de quoi cette différence ?

Lise Desfrane : Je pense qu’en tant qu’assistant.e social.e en CPAS, on a des directives plus strictes. Il y a une enquête sociale et dans enquête sociale, on entend un peu inspecteur.

Ici en planning, je définirais mon poste comme une travailleuse sociale qui a divers objectifs. En tout cas, pour moi l’objectif premier lors de mes consultations sociales, c’est l’autonomie de la personne. En fonction des premiers rendez-vous, je vais pouvoir constater quelle est la capacité de la personne à être autonome et valoriser tout ce qu’elle peut mettre en place ou l’aider à faire une partie du travail, mais je dis toujours que c’est une collaboration. D’ailleurs j’ai une formation de médiatrice de dettes, donc j’aide les personnes aussi avec des problèmes d’endettement. Dans ce cadre, je fais signer une convention de collaboration.

Guide social : C’est-à-dire ?

Lise Desfrane  : C’est un document où je m’engage à les aider dans leurs démarches, à les informer de leurs droits et eux.elles s’engagent à venir aux rendez-vous, à faire les démarches et à respecter la convention. Ainsi, on peut la rompre d’un commun accord.

Guide social : Pour revenir à vos missions principales, le travail de l’assistante sociale en planning familial, c’est de la première ligne...

Lise Desfrane : Je suis censée réorienter les personnes vers les services adéquats. Quand je sens que je n’ai pas les compétences, j’oriente. Mais la plupart du temps, je réponds à la demande, je fais des recherches. Cela peut être pour une crèche, pour un logement... par exemple. Ce sont deux exemples bien importants car ces recherches sont compliquées.

Récemment, une dame est venue me voir car elle ne pouvait pas reprendre son travail au sein d’une entreprise de titres-services. La cause ? Elle n’avait pas de lieu où mettre son enfant. Donc on a discuté des solutions qu’elle pouvait mettre en place pour avoir un revenu comme le congé parental, demander une aide au CPAS... Bref, on a évoqué plusieurs possibilités. J’imprime ensuite les divers documents et les personnes sont invitées à faire les démarches. Certaines ne reviennent pas et d’autres reviennent me voir si c’est trop compliqué. Mais c’est de la première ligne, clairement. Sauf pour les médiations de dettes où là je suis des dossiers.

"J’ai trouvé chouette qu’on puisse parler de la sexualité et de la manière de se protéger aussi naturellement"

Guide social : Pourquoi avez-vous choisi de vous former à ce métier ?

Lise Desfrane : Au départ, je n’ai pas choisi le métier d’assistante sociale mais j’ai choisi de travailler en planning familial. J’ai eu, en effet, une animation quand j’étais en 5ème secondaire, une animation EVRAS et j’ai été agréablement surprise. J’ai trouvé chouette qu’on puisse parler de la sexualité et de la manière de se protéger aussi naturellement. Je me suis dit, ok, je veux faire ça. Je veux aller dans les écoles et parler de sexe.

Je me suis renseignée au Salon de l’étudiant.e. J’ai découvert qu’il y avait plusieurs professions permettant de travailler en planning. Les deux seules qui m’intéressait : assistante sociale et psychologue. J’ai choisi assistante sociale car le cursus était plus court et je n’aimais pas spécialement le scolaire. Plus court c’est, mieux c’est. Donc, mon objectif quand je me suis inscrite pour les études, c’était d’avoir un stage en planning pour avoir de l’expérience et voir si ça me plaisait vraiment.

Guide social : Quels stages avez-vous fait ?

Lise Desfrane : En première année, j’ai réalisé un stage au CPAS des Marolles. Le truc bien chaud qui m’a bien convaincue que je ne voudrais jamais travailler en CPAS. Pour ma deuxième année, c’était dans une association d’insertion socio-professionnelle, par dépit car je n’avais rien trouvé d’autre. Par contre, au mois d’avril, avant ma troisième année, j’avais déjà mon stage en planning de troisième année à Woluwe Saint Pierre. Une expérience très concluante !

Guide social : Cette première expérience professionnelle en planning familial a confirmé votre volonté de faire ce métier ?

Lise Desfrane : Oh que oui ! J’ai fait ma formation accompagnement IVG et à l’animation pendant mon stage. Aujourd’hui, elles ne sont plus accessibles si l’on n’est pas salarié.e d’un planning. Et c’est dommage car il y a des personnes qui veulent travailler en planning et si elles avaient ces formations-là déjà sur leur CV, elles seraient engagées plus facilement.

Pour nous employeurs, c’est compliqué d’engager quelqu’un qui n’est pas formé et lui permettre de se former alors qu’on a besoin d’elle ou de lui à l’accueil, à d’autres fonctions.

Guide social : La perception que vous aviez de l’assistante sociale dans un planning familial était-elle raccord avec le terrain ?

Lise Desfrane  : C’était ce à quoi je m’attendais oui. Dans le planning de Woluwe, l’assistante sociale avait développé un service de médiation de dettes et cet aspect m’a beaucoup plu. Donc j’ai fait cette formation très rapidement après avoir eu mon diplôme parce que la première ligne, ne me satisfaisait pas totalement. J’avais envie de créer du lien avec les usager.ère.s, de faire des suivis de dossiers.

"La particularité du travail en planning ? Les heures flottantes !"

Guide social : Pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel ?

Lise Desfrane : J’ai été engagée par le biais de mon école à qui on a demandé s’il y avait des assistant.e.s sociaux.ales sortant.e.s et j’ai fait des remplacements au planning d’Ixelles mais aussi à celui de Forest.

Puis j’ai été recrutée par le Plan F en CDI à mi-temps et j’ai gardé des remplacements dans les structures d’Ixelles et de Forest. Tout au long de ma carrière j’ai toujours gardé Forest depuis 1999 jusqu’aujourd’hui. Puis j’ai été engagée à Ixelles et Forest en CDI.

La particularité du travail en planning ? Tu as des heures flottantes. Tu n’as jamais un temps plein dans une structure.

Et pendant toutes ces années, j’ai fait beaucoup de petites formations (l’approche systémique, les techniques d’animation, sur la migration...). Ce sont des formations qui sont proposées par nos fédérations. Je dis nos fédérations car les plannings sont rattachés à une fédération mais toutes les autres fédérations proposent des formations auxquelles on peut participer.

Guide social : Combien de formations pouvez-vous faire à l’année ?

Lise Desfrane : Le temps de formation accessible c’est le temps de travail fois deux par an et 250, 300 euros à utiliser. Mais cela dépend des structures.

Ici par exemple, on s’est beaucoup formé à la question du genre et des orientations sexuelles, de l’accueil du public LGBTQIA+ car on a plusieurs projets pour les personnes transgenres, comme des animations plus inclusives, pour faire évoluer les mentalités par rapport à ces aspects-là et par rapport à l’égalité hommes-femmes.

On a pas mal de projets car on est un gros centre. L’équipe est composée de 20 personnes. Nous avons une équipe médicale présente tous les jours pour les IVG. Sinon les différents services sont comme dans les autres plannings : consultations juridique, sociale, psychologique et accueil.

Guide social : Il y a vraiment cette idée qu’en tant qu’assistant.e social.e en planning, on peut prétendre à beaucoup de formations tout au long de sa carrière, pour répondre à une demande de la structure ou pour assouvir une volonté personnelle.

Lise Desfrane  : Oui, par exemple je suis formée aussi au travail en festival. La fédération a créé une formation spécifique aux festivals car les conditions de travail sont différentes. Il faut savoir accueillir les festivalier.ère.s dans les conditions que sont celles d’un festival avec l’alcool.

Et donc on propose un stand avec distribution de préservatifs, des petits jeux autour de la pose du préservatif et les digues dentaires. C’est ciblé spécifiquement vers ce public particulier car il y a beaucoup de prises de risques pendant ces événements. C’est une pratique totalement différente de l’accueil en planning. Il n’y a pas d’intimité, tu ne sais pas donner une information claire avec le bruit, ce n’est pas évident et c’est pour ça qu’il y a une formation.

"Je peux changer de casquette d’une heure à l’autre"

Guide social : Quelles sont vos missions quotidiennes au sein du planning ?

Lise Desfrane : Des réunions de grandes équipes, prendre contact avec des écoles pour les animations. Il y a des missions qui vont durer le temps d’un projet aussi. Actuellement, on fait des accompagnements ISIS qui sont des accompagnements psycho-sociaux pour les femmes enceintes. J’interviens sur la plage IVG qui consistent à faire des entretiens avant l’intervention et l’accompagnement pendant. Il y a aussi les consultations sociales et l’accueil. L’emploi du temps n’est pas forcément fixe. Il arrive de devoir faire des remplacements, je peux changer de casquette d’une heure à l’autre.

Donc il n’y a pas de routine et c’est ça que j’aime, c’est rythmé et dynamique.

Guide social : Avec une équipe pluridisciplinaire comme celle des plannings, j’imagine que le travail d’équipe occupe une place importante.

Lise Desfrane : La collaboration est super importante car on parle beaucoup des dossiers. On en profite aussi pour se décharger auprès de ses collègues, pour partager les difficultés.

On a beaucoup de réunions et de supervisions, ce qui fait que c’est assez convivial. Il y a des tensions parfois, comme partout, mais ça rigole beaucoup. Cela permet de dédramatiser les situations et de pouvoir vivre sereinement l’aspect difficile du métier d’assistant.e social.e. On sait qu’on est dans le même bateau.

"Les qualités essentielles ? La patience, une bonne écoute, l’empathie"

Guide social : Et justement concernant les moments difficiles, quels sont les moyens que vous mettez en place pour faire la coupure entre votre carrière et votre vie personnelle ?

Lise Desfrane : J’ai la chance de vivre à Soignies et donc pour moi la coupure c’est le trajet. C’est le train, la musique... Sur le lieu de travail, on a des supervisions avec un.e psychologue et elles sont essentielles quand tu vis quelque chose de difficile. Le bien-être au travail est important ici car on est confronté à des enfants en précarité, à des prises de risques importantes, à des personnes en souffrance avec de grosses difficultés.

Guide social : Il faut être un minimum armé.e pour faire face à ces situations. Pour vous, quelles sont les qualités essentielles que doit avoir un.e assistant.e social.e en planning familial ?

Lise Desfrane  : En tout premier je dirais, de la patience. Ensuite, une bonne écoute, essayer de comprendre et bien sûr l’empathie. Il faut avoir la capacité de ressentir ce que les personnes vivent. On est amené à jouer des rôles. Par exemple jouer un peu la maman pour des personnes qui ne veulent pas faire les démarches nécessaires. Il y a des personnalités plus instables, avec des traumatismes et qui mettent en place des stratégies qui leur font perdre plein de droits et d’avantages. Il faut donc savoir les aiguiller et imposer un cadre pour être efficace et ne pas se faire “manger toute crue”. Il y a par exemple une dame qui pense que je suis à sa disposition et que dès qu’elle a décidé que je devais faire quelque chose, je le fais. Mais ça ne marche pas comme ça. Donc là il faut être capable d’être plus ferme. Et il y a l’organisation aussi. Avoir un minimum d’ordre et de méthodes dans la gestion administrative.

Guide social : Par rapport à ces anecdotes, quel moment de votre carrière a été le plus marquant pour vous ?

Lise Desfrane : Au niveau de la législation, c’est le remboursement de l’IVG par l’INAMI. Ça a changé nos pratiques. Après pour moi personnellement, c’est à chaque fois que j’ai été dans une autre équipe. Rencontrer de nouveaux.elles collègues, voir comment chacun.e fonctionne, comment il est possible de travailler en équipe...

"Ce qui est très chouette dans les études d’assistant.e social.e, c’est que dès la première année tu es dans le vif du sujet"

Guide social : Vous parlez de votre métier avec beaucoup d’enthousiasme. Pour vous, pourquoi le métier d’assistant.e social.e est essentiel ?

Lise Desfrane  : Déjà parce qu’il remplace la solidarité et la charité publique à la base.

Et on ne t’apprend pas à l’école à gérer ton budget, à payer tes factures, à signer un bon contrat de bail... tous ces éléments, ce sont des apprentissages de la vie qui te sont imposés. Soit on l’intègre, soit on ne l’intègre pas et on n’a pas tous.tes les mêmes compétences, les mêmes envies aussi. Je pense qu’il y a des personnes qui ont un parcours de vie pas simple dès les premiers instants, dès le plus jeune âge avec des parents pas toujours présents. Alors, l’assistant.e social.e, à différents niveaux, en planning ou ailleurs, peut vraiment être un personne ressource.

Et pour le planning, l’avantage que l’on a, c’est qu’on a du temps. Je m’octroie une heure d’entretien et quand il y a des démarches administratives, je bloque aussi une heure pour travailler le dossier de la personne. C’est un service à la personne où on prend le temps. C’est le privilège que l’on a de pouvoir donner une belle image de l’aide que l’on peut apporter en tant qu’assistant.e social.e.

Par exemple, pour les animations, tu es face à des jeunes alors tu dois être “cool”, dans le coup car il faut se rendre compte dans quelles atmosphères vivent les jeunes pour qu’il y ai un intérêt de leur part. Du coup, je suis déjà allée sur Youporn pour voir ce qu’il y a. C’est ça aussi être assistant.e social.e, c’est être au maximum à la page pour donner confiance et être perçue comme une vraie ressource.

Guide social : Concernant la perte de sens que peuvent vivre certains travailleurs sociaux en ce moment, que pouvez-vous nous dire ?

Lise Desfrane  : Je pense qu’en premier lieu, ça vient de l’aspect lucratif.

C’est un métier de vocation et malheureusement, ces professions-là ne sont pas les mieux rémunérées. Après, je ne voulais pas gagner de l’or en barre mais juste de quoi vivre. Quand t’es jeune et que tu choisis ces études-là, c’est que tu as les qualités qui t’amènent vers cette voie. Tu te sens valorisé par tes ami.e.s qui ont tendance à dire que tu es à l’écoute, que tu as des valeurs.

Mais il est important que tous les métiers du non-marchand soient revalorisés au niveau du salaire. Le social n’est pas valorisé dans notre société. Si t’es manager dans une entreprise qui vend des écouteurs, tu vas être mieux payé. Pour les jeunes en tout cas, j’espère que le gouvernement va agir vers une valorisation de nos métiers.

Guide social : Qu’est-ce que vous diriez donc à des jeunes qui veulent se lancer dans ces études ?

Lise Desfrane : Vas-y fonce ! Ce qui est très chouette dans les études d’assistant.e social.e, c’est que dès la première année tu as des stages. Tu es directement dans le vif du sujet. Moi, pendant mon premier stage, j’avais mal au cœur en rentrant à la maison, j’étais triste pour les gens. Je ne réussissais pas à fermer la porte, à gérer mes émotions et puis petit à petit c’est venu. Et c’est très rare aujourd’hui, quand mon boulot me rattrape en dehors de mes horaires de travail.

Propos recueillis par A.T.

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