Applications e-santé en santé mentale : amies ou ennemies des psys ?

Applications e-santé en santé mentale: amies ou ennemies des psys ?

Depuis plusieurs années, les applications dédiées à la santé mentale se multiplient. Des chercheurs et professionnels participent à l’élaboration de certaines de ces applications. Cependant, ils alertent les utilisateurs quant à l’existence d’interfaces dangereuses aux diagnostics inexacts.

Crazy’App, Stopblues, iSMART et Emotéo : à l’ère du règne du smartphone, de nombreuses applications pour prévenir le mal être mental voient le jour, créées, en partie, par des professionnels et des chercheurs du secteur. Ces derniers ont saisi la nécessité d’offrir aux personnes en souffrance une première prise en charge immédiate avec des applications faciles d’accès. Ces interfaces numériques ont comme objectif d’aider les personnes à identifier leur mal être mental pour mieux le comprendre et vivre avec. Cependant, attention, les professionnels mettent en garde contre certains sites aux informations non fondées et invitent les utilisateurs à demander conseil à leur praticien.

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Des solutions prometteuses

Selon certains professionnels, ces interfaces permettraient de faciliter l’accès aux ressources psychoéducatives, et, de moins stigmatiser les maladies mentales. Elles seraient aussi efficaces pour combattre le déni des patients et pour poser un premier diagnostic afin de leur permettre de se tourner vers un professionnel par la suite. Dans le cadre d’une prise en charge, le patient, à travers leur utilisation pourrait se constituer son propre « journal émotionnel » pour conscientiser l’évolution de sa santé mentale.

Par exemple, Stopblues est une application et un site internet lancés en 2018 par des chercheurs de l’Institut français de la santé et de la recherche médicale. Les diverses rubriques présentent les symptômes et causes de différents troubles mentaux ainsi que les solutions proposées. Des vidéos éducatives et des cartes interactives pour trouver des professionnels près de chez soi sont autant d’informations auxquelles ont accès les utilisateurs.

Une autre application, nommée Emoteo, est « destinée aux personnes qui ressentent les émotions de manière trop intense et qui en souffre ». Créée en 2015 par le service des spécialités psychiatriques des CHU de Genève, elle s’adresse aux personnes borderlines. Divers exercices permettent d’évaluer l’état de tension interne du patient et de le réguler grâce à des exercices proposés. Cependant, sur le site de présentation de l’application, les créateurs prennent bien soin de rappeler que ces exercices ne se substituent en rien à une réelle consultation auprès d’un psychologue ou psychiatre.

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Une efficacité questionnée

Face à ce nombre exorbitant d’applis, les utilisateurs peuvent facilement se tourner vers des plateformes peu fiables. En effet, une étude de l’université de Valladolid alerte sur le manque de bases scientifiques de certaines applis. Ainsi, les chercheurs ont étudié 1.500 applis dédiées au traitement de la dépression et ont révélé que seulement 32 d’entre elles s’appuyaient sur des publications scientifiques. Un constat d’autant plus alarmant qu’une mauvaise approche de la maladie peut être très lourde de conséquences (notamment en raison d’un traitement inadapté). Ainsi, il était possible de lire sur une appli traitant des troubles bipolaires que les personnes atteintes de cette maladie devraient consommer de l’alcool pour mieux contrôler leur anxiété. Pour contrer ces conseils dangereux, il est possible de se tourner vers son psychologue ou psychiatre pour avoir un avis sur la fiabilité d’une information donnée.

Cette apparition exponentielle d’applis aux informations erronées s’expliquent par le fait qu’une vérification scientifique des explications avancées est longue et coûteuse. De plus, les sites aux contenus vérifiés rencontrent aussi certaines difficultés puisque pour être convaincants, ils doivent bien fonctionner et être dotés d’un design de qualité. Or, dans les avis relatifs aux applications Stopblues et Emotio, les utilisateurs révèlent de nombreux problèmes de connexion et de bugs qui viennent perturber leur navigation.

Il convient donc aux professionnels de la santé mentale de sensibiliser leur patient à ces applications tout en les guidant dans leur choix et les alertant des possibles risques.

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A.T.



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