Quand le psychologue crève l’écran…

Quand le psychologue crève l'écran...

Le monde change, les pratiques se modernisent et dans ce contexte, il me paraît judicieux de s’attacher à comprendre exactement ce qu’est l’E-thérapie et en quoi la nouvelle plate-forme Mypsy est une bonne nouvelle pour tous les acteurs de santé.

Alors que la question se pose de plus en plus dans le monde industriel où les mots d’ordre sont automatisation, efficacité, gain de temps et d’argent, on peut avec une certaine crainte se poser cette question : va-t-on bientôt remplacer le regard empreint de la bienveillante neutralité du psychologue par un écran seize pouces ? Finies, les salles d’attente froides où se côtoient les magazines démodés et les posters pour arrêter de fumer ? Doit-on avoir peur ? A priori, non. Pour vous en assurer, je vous propose un compte-rendu de ma rencontre avec Caroline Eloy, la fondatrice de Mypsy.be, une nouvelle plateforme de consultations psychologiques en ligne.

Mypsy, c’est quoi exactement ?

Avant tout, il est important de définir le concept. L’E-thérapie ou thérapie électronique, reprend l’ensemble des pratiques à visée thérapeutique qui se trament sur internet. On y retrouve des échanges d’email, de chat, éventuellement des entretiens via un logiciel d’appel téléphonique bien connu. My Psy, en revanche, s’éloigne de ce concept pour privilégier la relation visuelle entre le praticien et le patient. Comme l’explique Caroline Eloy : « De notre côté, nous nous sommes uniquement positionnés du côté de la vidéoconférence, avec la conviction qu’il s’agit d’une méthode alternative à proposer au patient qui peut apporter un plus dans le champ thérapeutique ».

Un outil complémentaire

En lieu et place de nouveauté, C. Eloy préfère y voir une alternative pour un type de patients particuliers. Que ce soient les personnes à mobilité réduite ou les personnes qui n’ont pas le temps de se déplacer pour diverses raisons, MyPSy entend néanmoins leur offrir la possibilité d’une réelle consultation professionnelle. « Vous savez, on est dans une société qui est de plus en plus hyperactive avec des profils de patients qui ont de moins en moins de temps, qui ne supportent pas les embouteillages, ni le fait de devoir trouver de la place pour garer la voiture, sans parler de la salle d’attente,… Bref, pour ces personnes, la thérapie par vidéoconférence est un gain de temps considérable. Ensuite, je pense à toutes les personnes à mobilité réduite, ceux qui doivent prendre des transports en commun, qui n’ont pas la possibilité d’avoir un psychologue dans les environs ou qui iront chez le praticien le plus proche mais qui n’est pas forcément la personne la plus appropriée pour leur problématique ».

Un professionnel derrière l’ordinateur !

Quand il s’agit aborder la question des personnes amenées à faire ces entretiens, la fondatrice de Mypsy se montre très claire : « Nous effectuons un travail de sélection. Premièrement, il n’y a que des psychologues qui sont en ordre d’agrément par la Commission des Psychologues. Ensuite, nous demandons de pouvoir justifier minimum deux ans d’expérience en qualité de psychologue clinicien que nous vérifions scrupuleusement à l’aide du C.V. que l’on nous a fourni. Enfin, il y a aussi une notion de confiance. Nous partons du principe que les psychologues qui utilisent la plateforme sont soumis au code de déontologie et qu’ils se doivent de le respecter. C’est en tout cas une condition essentielle pour être et rester sur notre plateforme ». S’il est vrai que la question d’un certain ‘charlatanisme’ a pu être plusieurs fois soulevée face à ce sujet, MyPsy se targue de ne collaborer qu’avec des professionnels agréés.

Du coup, c’est remboursé ?

Puisque la plateforme emploie des praticiens reconnus, il serait logique de penser que les patients puissent prétendre au remboursement des séances. La réalité diffère quelque peu, même si, comme le précise C. Eloy : « A l’heure actuelle, nous avons énormément discuté avec la commission des psychologues., surtout en ce qui concerne le futur statut des psychologues cliniciens. On espère dès lors pouvoir parler d’un remboursement des entretiens psychologiques. De ce fait, c’est pour cela que nous ne faisons uniquement appel qu’à des psychologues cliniciens et développons un système avec une attestation électronique. Pour ce qui est du remboursement, à ce jour, il dépend des différentes mutuelles, de la même manière qu’en cabinet, sauf que l’on scanne le document signé ».

Complémentaire, mais différent

Pour les plus conservateurs d’entre nous, il est clair que Mypsy n’est pas une alternative. De plus, il semble évident que la plateforme risque de drainer un public qui sait utiliser un ordinateur. Si l’on va plus loin, on peut se poser la question de la différence entre une consultation en ligne et celle en cabinet. De fait, elles existent : « Globalement, la littérature nous renvoie que par vidéoconférence, il semblerait qu’il y ait une minimisation du transfert. On peut noter aussi qu’avec la vidéoconférence, on est moins attentif au langage corporel. Au niveau du contact visuel, il faut savoir qu’une vidéoconférence est assez pratique dans le sens où l’on ne se regarde jamais les yeux dans les yeux, ce qui peut être très confortable mais qui évidemment peut également être perçu comme anxiogène. Vous l’aurez donc compris, tout le monde ne peut pas s’y retrouver, mais pour le reste, c’est assez similaire à une thérapie en cabinet ».

Une approche intéressante, une vision rassurante

En conclusion, je crois intimement qu’il ne faut pas avoir peur de rentrer dans le 21ème siècle. Malgré les quelques psychanalystes rétrogrades qui trouveront certainement de quoi moudre leurs frustrations, j’ai vraiment le sentiment qu’à l’heure actuelle, une telle plate-forme peut réellement aider des personnes qui, sans elle, ne feraient jamais appel à un psychologue. Une autre bonne nouvelle ? Cette plateforme est entre les mains d’une psychologue investie dans une mission d’aide et qui ne semble pas intéressée par la volonté de devenir riche. On a réellement l’impression que derrière cette plateforme se cache une vision claire, une envie de proposer une alternative à ceux qui n’en ont pas et à ce titre, nous avons toutes les raisons de nous en réjouir.

Plus d’infos sur www.mypsy.be

T. Persons

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Commentaires - 3 messages
  • Ceci me laisse perplexe :
    "pour les plus conservateurs d'entre nous"
    je pense au contraire que celles et ceux d'entre nous qui mettent en garde contre la déshumanisation en cours dans le monde ne sont nullement des conservateurs mais bien des personnes vigilantes, résistantes voire subversives, des courageux qui osent ne pas rentrer dans le rang!
    "psychanalystes rétrogrades" (je précise je ne suis pas psychanalyste) ceci me semble injurieux vis-à-vis d'une profession qui se tient toujours au plus près du patient et de ses souffrances, par ailleurs il ne faut pas être psychanalyste pour percevoir les dangers de ces mutations professionnelles et les humanistes devraient sans doute être en première ligne dans cette réflexion.
    Cordialement,
    Réflexion

    Réflexion lundi 13 mars 2017 13:12
  • Bonjour,

    Je vous remercie pour votre commentaire, nous pensons qu il est important de pouvoir offrir une alternative aux consultations en cabinet pour les personnes qui n ont n y le temps ni la possibilité de s y rendre. La consultation psychologique par vidéoconférence est une alternative qui répond aux attentes d'1/3 des personnes qui consultent chaque année en Belgique.

    Vous évoquez également des dangers sans les citer, pourriez-vous être plus précis svp afin que je puisse y répondre? Je vous remercie.

    MyPsy.be mardi 14 mars 2017 22:18
  • Madame Caroline Eloy est tête de liste à Lasne d'un parti islamophobe et raciste (Parti populaire). Peut-être est-ce sa propre crainte de l'autre qui l'a poussé à créer des consultations virtuelles...

    jebao vendredi 22 juin 2018 15:07

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