Santé publique : portrait et défis du ministre fédéral

Santé publique: portrait et défis du ministre fédéral

La lourde tâche de s’occuper de la Santé publique revient à Frank Vandenbroucke (sp.a), homme politique chevronné. Revenons un peu sur sa carrière et les défis qui l’attendent !

Cette année marque le retour inattendu de Frank Vandenbroucke (sp.a), le nouveau ministre fédéral de la Santé publique et des Affaires sociales. Autrefois ministre fédéral des Affaires sociales, il s’était retiré de la vie politique il y a 10 ans. Pour ce politicien socialiste, la tâche ne sera pas aisée car, en raison du sous-financement depuis des années et de la négligence des autorités pour ce secteur, les acteurs de la santé sont à bout et ont énormément d’attentes et de revendications.

Une carrière dans le fédéral et chez les flamands

Né en 1955 à Louvain, Frank Vandenbroucke fait des études de sciences économiques (KUL) avant de se lancer dans une carrière politique. Député de 1985 à 1996, il assure la présidence du parti socialiste flamand SP (socialistische partij) de 1989 à 1994.

Il entre au gouvernement fédéral à trois reprises. Une première fois en 1994 comme Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères où il se retirera 5 mois plus tard à cause de son implication dans l’affaire Agusta. Dans le gouvernement de Guy Verhofstadt, il se charge des Affaires sociales en 1999 puis de l’Emploi en 2003. Il se tourne ensuite du côté flamand à la fois au parlement et au gouvernement pour enfin se retirer de la vie politique en 2011 tout en restant actif sur le plan académique et comme président du comité national des Pensions.

Considéré comme un travailleur ascète, il s’est préoccupé d’enjeux sociaux fondamentaux comme le contrôle des chômeurs et des chèques-service. Souvent en conflit avec les associations des médecins, il est tout de même reconnu pour avoir assaini les finances de l’assurance-maladie. Ministre expérimenté, saura-t-il répondre aux attentes du secteur ?

Améliorer les conditions de travail du personnel infirmier

Suite à la formation du nouveau gouvernement fédéral, il est opportun de rappeler les revendications des différents secteurs de la santé. A la veille des élections de mai 2019, l’Union Générale des Infirmiers de Belgique (UGIB) exigeait une meilleure reconnaissance des compétences de l’infirmier ainsi qu’un refinancement du secteur. Pour améliorer leurs conditions de travail déplorables, il faudra mettre en place des normes relatives aux aides-soignants et infirmiers (ex. : 8 patients maximum par infirmier) mais aussi augmenter le personnel et tenir compte des risques physiques et psychologiques liés à la surcharge du travail. Ainsi, l’UGIB réclamait « l’augmentation, l’adaptation et, le cas échéant, la création de normes relatives aux infirmiers et aides-soignants selon les besoins spécifiques du terrain, qualitativement et quantitativement. »

Concrètement, l’UGIB proposait dans son mémorandum :

  • Une restructuration de l’organisation du département en créant des fonctions comme “infirmier en chef” ou “infirmier coordinateur”
  • Une formation de qualité et continue pour garantir des soins de qualité et perfectionner les connaissances
  • Une modernisation de la classification des fonctions pour plus d’équité entre le personnel (la variété des fonctions et secteurs entraîne une forme de discrimination)
  • Une participation obligatoire aux décisions les concernant et une meilleure représentation de la profession dans les conseils et commissions de l’INAMI et d’autres institutions

- [A lire] : Élections : les politiques doivent prendre soin de nos infirmiers !

Examiner la santé mentale comme une question transversale

La santé mentale doit être une matière commune aux responsables politiques, voilà la principale revendication des associations de la santé mentale (CRéSAM, LBFSM et Steunpunt Geestelijke Gezondheid, Psytoyens, Similes et UilenSpiegel) dans leur mémorandum. Elles encouragent donc une collaboration entre les ministres de la santé, des affaires sociales, du travail ou du logement pour examiner la question de manière transversale dans plusieurs secteurs. Par exemple, Daniel Mulier, de l’association Psytoyens, explique que « vivre dans un logement insalubre peut avoir un impact énorme sur la rechute d’une personne souffrant d’une pathologie mentale. »

Voici d’autres de leurs demandes pour un meilleur service de santé mentale :

  • Encourager la collaboration entre les services ambulatoire et résidentiel pour garantir des soins continus et de qualité
  • Mettre en avant l’implication des proches par la reconnaissance d’associations d’usagers et de proches
  • Créer des réseaux pour offrir plus de visibilité et facilités dans la coordination des soins
  • Favoriser le développement d’outils technologiques qui répondent aux besoins des usagers
  • Investir dans le secteur de la santé mentale pour assurer des soins de qualité

- [A lire] : Sept leviers incontournables pour améliorer la santé mentale

Reconnaitre la psychomotricité comme profession paramédicale

En 2016, Maggie De Block, ancienne ministre de la Santé, avait refusé la reconnaissance du métier comme une profession paramédicale. Or, cette reconnaissance est essentielle pour que les psychomotriciens puissent assurer un suivi attentif des enfants, des personnes âgées et en situation de handicap. Cette non-reconnaissance porte préjudice à la formation paramédicale selon l’Union Professionnelles Belges des Psychomotriciens Francophones (UPBF), qui proposait dans leur mémorandum une réforme du cursus (création d’un master pour l’approfondissement des connaissances, mise en lien du Bachelier de l’enseignement supérieur avec un Master universitaire...)

Ensuite, l’UPBF exigeait la participation des psychomotriciens aux services accompagnant les enfants dont l’école maternelle, un cadre de normes pour le suivi des personnes âgées et handicapées ainsi que des moyens financiers dédiés aux psychomotriciens dans les soins de santé mentale.

- [A lire] : Elections : les psychomotriciens veulent de la reconnaissance

Faire appel aux compétences des kinésithérapeutes

A la veille des élections 2019, l’association professionnelle des kinésithérapeutes (Axxon) dénonçait le manque de recours aux compétences des kinésithérapeutes dans divers domaines tels que la lutte contre l’obésité et l’accompagnement des patients âgés et revendiquait un plus grand rôle des kinésithérapeutes dans les soins.

Parmi les divers points abordés dans son mémorandum pour le nouveau gouvernement, retenons : la prévention, la formation, l’informatisation des soins, la création d’un organe déontologique, le cadre hospitalier ou encore l’accès direct à la kinésithérapie.

Organiser les maisons médicales en fonction de l’utilité sociale

Les maisons médicales, quant à elles, déploraient le manque de moyens de la première ligne et la répartition territoriale des soignants en fonction de l’intérêt économique et non sociale. C’est pourquoi elles exigeaient une meilleure répartition géographique des centres de première ligne pour un accès égalitaire aux soins de santé tout en tenant compte des besoins et activités réels des équipes. Elles suggèrent la collaboration entre la prévention spécialisée (ONE, médecin scolaire...) et la première ligne. Enfin, elles défendent une meilleure répartition des moyens et des responsabilités entre les structures de première et deuxième ligne par l’injection des économies de la deuxième ligne dans la première ainsi que l’échelonnement des soins pour éviter le recours direct à la deuxième ligne.



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