Entreprise de Travail Adapté : entre mission sociale et rentabilité

Entreprise de Travail Adapté: entre mission sociale et rentabilité

Le moniteur d’atelier a comme mission de superviser des travailleurs en situation de handicap au sein d’une Entreprise de Travail Adapté. Dans la dernière partie de notre dossier, cette profession particulière est présentée par d’autres professionnels qui travaillent dans l’ASBL APRE SERVICES : le coordinateur de moniteur et l’assistante sociale. Ils nous parlent des exigences du métier de moniteur : accompagner des travailleurs aux besoins spécifiques tout en assurant la rentabilité de l’entreprise.


- [Première partie du reportage] : Moniteurs en entreprise de travail adapté : ils racontent leur métier
- [Deuxième partie du reportage] : Moniteur d’atelier : "Un métier avec un contact humain fort, complexe"

La structure d’une Entreprise de Travail Adapté, E.T.A est marquée par une certaine dualité. A la fois doté d’un statut d’ASBL (témoignant de sa portée sociale), cette structure n’en reste pas moins une entreprise, qui doit générer un profit. Les moniteurs doivent donc jongler entre deux prérogatives : d’une part permettre l’insertion de personnes en situation de handicap et d’autre part s’assurer de la réalisation d’un produit conforme aux attentes des clients. Deux autres professionnels, le coordinateur et l’assistant social, viennent en aide de manière quotidienne aux moniteurs pour réaliser ces missions.

Lieu de sociabilité pour des travailleurs spéciaux

« Sans même s’en apercevoir, les moniteurs d’atelier gèrent les petits conflits du quotidien. Mais, dès qu’ils sentent qu’une situation les énervent, les stressent trop ou qu’il se sentent bloqués, ils peuvent m’appeler », reconnaît Cécile Cocce, l’assistante sociale de l’ASBL APRE SERVICES avant d’ajouter : « L’exemple le plus dramatique est lorsque quelqu’un fait du chantage au suicide, c’est-à-dire appeler le professionnel sur son portable personnel et menacer de se donner la mort. Dans ces cas de figure, il est nécessaire que les moniteurs échangent avec moi car ils n’ont pas à gérer des situations de crise, tout seuls. »

L’assistante sociale seconde donc les moniteurs dans leur suivi des employés et les aide à travailler sur une certaine prise de distance. Cécile Cocce souligne : « Ils ont à la fois un job de production, d’animation, et, aussi social à certains moments. Je suis donc là pour encaisser des situations trop complexes ou intimes pour eux. » La communication entre les moniteurs et l’assistante sociale est donc cruciale au bon fonctionnement de l’E.T.A. Comme cette dernière centralise les informations sur la santé des travailleurs, les moniteurs collaborent avec elle pour former les équipes réparties sur les différentes tâches. « Nous discutons en équipe des différents profils pour pouvoir réaliser la meilleure équipe qui soit, or ce n’est évident tous les jours. »

- [A lire]  : Handicap : une boulangerie artisanale pas comme les autres…

Assurer une production de qualité

Au-delà de l’aspect social de leur métier, les moniteurs sont conscients qu’ils supervisent une activité économique et qu’ils doivent s’assurer que les tâches sont réalisées de manière sérieuse par les employés. « Il faut vérifier si derrière des absences répétées, il y a un réel fait social ou s’il s’agit d’un manque de volonté de la part du travailleur », souligne Cécile Cocce. Ainsi, les moniteurs doivent faire remonter certains comportements afin de réduire le taux d’absentéisme et créer un meilleur environnement de travail. « On est là pour leur apporter une vie en communauté, leur apprendre les droits et les devoirs. Cela fait aussi partie du travail, d’adopter un comportement de travailleur. »

Ainsi, Luc Dumoulin, chef moniteur et responsable de la production, explique le rôle économique que jouent les moniteurs : « Nous devons aller trouver de l’argent pour pallier les subsides manquants. La production se doit donc d’être rentable et nous devons faire des offres aux clients basées sur des travaux que nos employés peuvent réaliser. » Ainsi, depuis quelques années, les tâches des moniteurs se complexifient selon Luc Dumoulin : « Au sein de cette structure pendant longtemps nous avons misé sur l’emballage. Cependant, comme cette activité disparaît aujourd’hui, nous nous concentrons sur des plus petites productions plus diversifiées. Toutes les trois ou quatre heures, les tâches changent donc. Ceci entraîne un travail de découpage et d’organisation beaucoup plus important pour les moniteurs car il faut adapter les nouvelles tâches à chaque travailleur. »

Être moniteur d’atelier signifie donc être polyvalent, savoir animer une équipe composée des personnalités différentes et assurer la réalisation d’une production précise. Un métier d’une grande complexité mais d’une richesse humaine rare.

- [A lire]  : Handicap : plusieurs initiatives d’inclusion professionnelle voient le jour

A.T.



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus