Grogne dans les maisons de repos : le calvaire des aides-soignants

Grogne dans les maisons de repos: le calvaire des aides-soignants

Le mois de juin s’annonçait important pour les professionnels de la santé et en effet au vu des différents événements et de l’ampleur que prend le mouvement des blouses blanches il est plus que conséquent. Ce mardi 18 juin a eu lieu la troisième journée des blouses blanches. Cette fois-ci, le mouvement, fort de son impact en sein des différents secteurs de la santé, voit son éventail s’ouvrir notamment aux maisons de repos et de santé.

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Après les hôpitaux, le Guide Social a souhaité s’intéresser aux maisons de repos et de soins et aux aides-soignantes pour comprendre leur situation. Et on ne va pas passer par quatre chemins, leur situation est tout aussi catastrophique. Manque d’effectif, stress, manque de sens et perte du rapport humain avec les patients, sentiment de n’être là que pour encoder et non plus pour passer du temps avec le patient, ou plutôt le client… Bien que différents dans l’approche du travail, les deux secteurs se réunissent autour des mêmes maux. Ce troisième mardi des blouses blanches s’étend donc au-delà des hôpitaux montrant ainsi l’ampleur au sein du secteur que le mouvement prend. Comme si la profession attendait ce moment pour enfin oser se montrer et crier. Comme un Horla, les métiers de la santé se sont (trop) souvent effacés n’osant pas crier leur mal-être. Mais, force est de constater qu’aujourd’hui ça en est trop et que les choses ne changent pas, la profession semble se lever comme un seul homme pour dire : « Ecoutez-nous. Que devons-nous faire pour que vous nous écoutiez du haut de vos miradors ? »

Le mouvement souhaite envoyer, en ce jour, deux messages par leurs actions :

- Un message adressé aux gouvernements. Message adressé depuis le début du mouvement envers les politiques pour crier que la profession est en surrégime.
- Un deuxième message plus enclin en cette troisième journée est celui envers la commission paritaire et les fédérations patronales qui bloquent les conventions collectives.

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Les aides-soignantes en surrégime

Etant donné que le séjour dans les hôpitaux est de plus en plus raccourci, c’est aux maisons de repos et de soin de prendre, bien souvent, le relais. En effet, les hôpitaux n’ont plus que quelques jours pour garder un patient en chambre et donc le soigner. Cela se répercute ensuite sur les aides-soignantes des maisons de repos qui doivent pallier ce qui n’a pas pu être fait avant. « Et ça fait augmenter le stress, forcément faire plus avec le même nombre de personne ce n’est pas possible surtout dans les métiers de la santé », témoigne anonymement une aide-soignante.

Vient s’ajouter à cette première pression que représente le manque d’effectif, la charge des familles « Etant donné le coût des maisons de repos, les familles attendent une top qualité et c’est normal, alors elles font jouer la concurrence si jamais pour une raison ou une autre elles ne sont pas satisfaites d’une maison de repos », poursuit-elle. « Les familles attendent un travail parfait avec zéro souci, mais le zéro souci n’existe pas pour x et y raisons. »

Les maisons de repos se sont également transformées suites à l’usage du temps qui passe « De nos jours, ça n’a plus rien à voir avec il y a 20 ans. Avant la direction nous disait de prendre notre temps, que l’important c’est le patient et qu’il faut qu’il soit bien. Maintenant on nous dit toujours ça mais en rajoutant qu’il faut aller vite. Mais moi je préfère assurer la sécurité et la propreté du patient avant tout. »

Pour une aide-soignante, il y a entre 8 et 12 patients à s’occuper. Et l’arrivée de nouveaux patients avec des maladies plus conséquentes, comme les cas de démences, rendent alors les taches plus longues et plus stressantes. « Les structures ne sont pas adaptées pour des patients atteints de démence. Je parle surtout au niveau de la sécurité et des fugues. Lorsqu’on est toute seule à s’occuper de 12 patients et que plusieurs d’entre eux sont atteints de démence, il faut courir partout. Et lorsqu’on a des portes qui peuvent s’ouvrirent facilement, forcément le patient tente de s’échapper. » Tout cela contribue alors à cette grogne, à ce ras le bol généralisé. Le burn-out est également présent en maison de retraite, drôle de coïncidence pour une endroit qui doit représenter la quiétude.

Être là pour apporter le sourire, pour offrir un moment de partage ou juste une présence à ces personnes âgées, souvent isolées. La compagnie d’un autre peut rendre l’univers bien moins répugnant, les secondes vécues bien plus élégantes. Transformant chaque instant passé plus agréable. C’est en ça la vocation, il nous semble, des aides-soignantes mais aussi plus largement du personnel soignant : être présent humainement auprès d’autrui. Le monde de la santé, ses différents corps, nous somme de l’écouter et de l’entendre pour qu’on ne perde pas la nature première du mot santé.

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B.T.



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