Hôpitaux publics bruxellois en crise : le gouvernement s’engage à agir

Hôpitaux publics bruxellois en crise: le gouvernement s'engage à agir

Les hôpitaux publics bruxellois font face à des problèmes profonds. Outre les coupes budgétaires du Fédéral, les travailleurs sont impactés par un sous-financement régional. Qu’attend donc le gouvernement bruxellois pour passer à l’action ? Il va le faire, promet le ministre Alain Maron. Dans les prochains mois, l’exécutif bruxellois devrait ainsi se pencher sur les barèmes du personnel hospitalier. De plus, il ne rejette pas non plus l’idée de revoir les normes minimales d’agrément.

« Les soins de santé ne sont pas une variable d’ajustement budgétaire que l’État, fédéral en l’occurrence, peut diminuer à sa guise. Derrière ce budget, il y a des personnes en souffrance qui ont droit aux meilleurs soins hospitaliers, ainsi que des hommes et des femmes qui travaillent jour et nuit au service des patients et qui perdent de plus en plus leur motivation devant le manque de reconnaissance de leur métier, quand ce n’est pas leur propre santé », a alerté la députée Isabelle Emmery, en commission santé de l’assemblée réunie de la Cocof.

Les maux auxquels sont confrontés les travailleurs des hôpitaux publics bruxellois sont malheureusement légion : cadences infernales, épuisement professionnel voire burn-out, contrats précaires ou encore sous-effectif. Et cerise (pourrie) sur un gâteau déjà bien indigeste : outre les coupes budgétaires effectuées par le Fédéral, les institutions du réseau IRIS sont également frappées par un sous-financement régional. Une situation qui impacte négativement les barèmes du personnel des pouvoirs locaux, qui perçoit des salaires plus bas qu’en Wallonie et qu’en Flandre ! Face à cette situation, le front commun syndical formé par la CGSP, la CSC et le SLFP se bat depuis une bonne année maintenant pour obtenir une amélioration des conditions salariales et de travail du personnel des administrations locales de la Région bruxelloise, qui incluent les hôpitaux du réseau Iris.

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Le gouvernement se penchera bientôt sur les barèmes

Face à cette situation invivable pour les travailleurs des hôpitaux publics bruxellois, les députées Isabelle Emmery et Magali Plovie ont décidé de tirer la sonnette d’alarme et de mettre face à ses responsabilités le gouvernement bruxellois, qui a en sa possession plusieurs leviers d’action pour changer la donne. Elles ont ainsi interpellé Alain Maron, membre du Collège réuni de la Cocof.

Dans sa réponse, le mandataire politique a pointé que parmi les nombreuses revendications des représentants syndicaux, il est évident que « les revalorisations barémiques générales au niveau de la fonction publique locale figurent en tête. Et qu’elles peuvent concerner des personnels hospitaliers car, de fait, il y a un différentiel important entre les barèmes qui sont en vigueur au niveau de la fonction publique locale et ceux de la fonction publique régionale, et même de la fonction publique locale bruxelloise avec les fonctions publiques locales en Flandre et en Wallonie. » Concernant la revalorisation globale des barèmes, l’élu a indiqué que le pouvoir exécutif avait en sa possession des chiffres pour Bruxelles mais que ces derniers devaient être précisés par secteur. « Ils seront discutés à la fin du mois de décembre et en janvier au sein du gouvernement », a-t-il pointé.

Alain Maron a également indiqué qu’il n’avait pas de chiffres spécifiques pour le secteur hospitalier. Pour palier cette situation, il a donc demandé aux employeurs du réseau Iris de lui transmettre une série de données afin d’identifier les besoins et ainsi les fonds nécessaires pour parvenir à répondre aux revendications des syndicats. « Les travaux sont en cours », a-t-il précisé. « Ils s’inscriront dans le cadre d’une négociation globale avec les représentants syndicaux et au sein du gouvernement, car des marges financières devront être dégagées, et ce dans un contexte budgétaire compliqué. »

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Le point sur les défis et pistes d’amélioration

Le ministre bruxellois a poursuivi en indiquant que la situation déplorable que connaît actuellement les infirmiers et infirmières des institutions bruxelloises était avant tout une conséquence de la politique fédérale menée ces cinq dernières années. « Nous avons peu d’emprise sur ces éléments fédéraux, mais nous attendons avec impatience la désignation d’un ministre fédéral de la santé ayant les pleins pouvoirs, afin de pouvoir l’interpeller dans le cadre de la conférence interministérielle de la santé publique sur ces aspects fondamentaux. (…) Pour le reste, nous avons effectivement aussi des possibilités d’action au niveau de la Cocom, dans le cadre des normes d’agrément des institutions. »

Toujours est-il qu’Alain Maron a rencontré les représentants du réseau Iris afin d’obtenir une première photographie des défis qui incombent aux employeurs ainsi que des pistes d’amélioration qu’ils envisagent. « Certaines sont à leur portée, telles que la gestion des compétences et les relations avec les travailleurs, et d’autres ne le sont pas, tel que le raccourcissement de la durée de séjour financée. Par ailleurs, je leur ai demandé de me dresser pour la fin du mois un bilan des statuts et caractéristiques du personnel en ce qui concerne les barèmes, la statutarisation, les avantages accordés, etc., et des simulations des budgets qui seraient nécessaires pour rencontrer les demandes des travailleurs. »

A noter également qu’une entrevue est programmé entre le ministre et l’Union générale des infirmiers de Belgique. Via cette initiative, le mandataire souhaite, a-t-il déclaré, comprendre le malaise spécifique à la profession.

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Vers un changement des normes minimales d’agrément ?

Et quid de la problématique du ratio d’infirmiers et d’aides-soignants au chevet des patients ? « Il est à la fois dépendant de normes, que nous pourrions modifier, et du financement de ces normes, qui est resté fédéral », a répondu le ministre. Reste une donnée essentielle à prendre en compte : l’étude réalisée par le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) sur les ratios sécuritaires de personnel infirmier en milieu hospitalier. Les résultats devraient être dévoilés d’ici quelques semaines. Cette précieuse étude pourra être utilisée par le gouvernement bruxellois pour modifier les normes minimales d’agrément actuellement en vigueur. « Le cas échéant, j’ose espérer que le ministre fédéral de la santé en garantira le financement – à nous de nous en assurer », a-t-il annoncé.

E.V.



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