Vers une autorisation du Fédéral pour les SCMR ?

Vers une autorisation du Fédéral pour les SCMR ?

Le bourgmestre de Liège tente depuis plusieurs mois de s’accorder avec le Fédéral pour la création d’une salle de consommation à moindres risques (SCMR). Après une première entrevue décevante avec Maggie De Block, la ministre de la Santé, il s’est adressé au ministre de la Justice, Koen Geens, qui lui a conseillé de relancer la proposition de loi.

La Belgique est divisée quant à la création de salles de consommation à moindres risques (SCMR) pour les personnes toxicomanes. Le Fédéral avait annoncé qu’il ne prévoyait pas de changer la loi interdisant ce type de structure, alors même que le secteur associatif, ainsi que de nombreuses personnalités politiques, sont en demande d’une nouvelle politique de santé publique de réduction des risques. A Liège, le bourgmestre Willy Demeyer, a promis une SCMR à la ville pour fin juin. Son initiative semble encouragée par l’autorisation en Wallonie des projets-pilotes de SCMR, mais l’objectif est là de s’inscrire sur le long terme. Il s’est ainsi d’abord entretenu avec la ministre de la Santé Maggie De Block, qui l’a renvoyé vers le ministre de la Justice, plus encourageant.

Les SCMR bientôt devant le Parlement

L’entrevue de Willy Demeyer avec Koen Geens ouvre un espoir pour la SCMR de Liège. En effet, si le ministre de la Justice a réaffirmé que l’autorisation de ces structures n’était pas dans l’accord du Gouvernement, il a tout de même conseillé au bourgmestre de relancer le débat à la Chambre des Députés. "Il savait aussi qu’une expérience similaire était actuellement tentée à Anvers (où la N-VA est au pouvoir) et je pense qu’il a compris qu’il y avait là une fenêtre de tir. Il m’a conseillé de demander au groupe PS de la Chambre de réactiver la proposition de loi en urgence", a raconté Willy Demeyer à La Meuse. Il a donc pris rendez-vous avec le groupement politique à cet effet, et le débat pourrait être enclenché au mois de septembre.

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Le projet de Liège avance

En début d’année, le conseil communal de Liège a approuvé le projet de création d’une SCMR. La ville a déjà abrité un projet semblable, nommé TADAM, en 2014. Un appel d’offre a déjà été réalisé, et le bourgmestre a donc sollicité une entrevue avec Maggie De Block pour lui demander un aménagement législatif. La ministre fédérale de la Santé l’avait renvoyé vers le ministre de la Justice, Koen Geens, indiquant que ce n’était pas envisageable de son point de vue. Willy Demeyer avait rapporté le contenu de l’entretien à La Meuse : "Une modification législative, ce n’est pas possible selon Mme De Block. Et un arrêté ministériel, ce serait compliqué. Il restait l’expérience, mais là aussi, elle m’a dit que les conditions n’étaient pas favorables". Suite à l’entretien positif avec le ministre de la Justice, le bourgmestre est aujourd’hui confiant. Le conseil communal votera lundi le budget de la future salle de consommation à moindres risques, qui devrait ouvrir derrière le commissariat de la rue de la Régence en septembre selon le bourgmestre.

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Le bon moment pour en débattre ?

Alors que le combat des associations dure depuis plusieurs années, il semblerait que les avis commencent à converger vers une autorisation des salles de consommation à moindres risques. Côté francophone, tous les voyants sont au vert. La Wallonie vient en effet d’autoriser des projets-pilotes dans la région. Alda Greoli, ministre wallonne de la Santé, s’affirme aussi depuis un certain temps en faveur de la réduction des risques, et est rejointe sur ce point par Cécile Jodogne, son homologue à la Cocof.

Historiquement, la Flandre demeure plus frileuse sur le sujet. En avril dernier, Bart De Wever, député flamand et président de la N-VA, s’était par exemple affiché en faveur de politiques répressives, refusant les politiques "permissives" des Pays-Bas. Néanmoins, il semblerait que là aussi, les mentalités évoluent, comme le prouve l’expérience d’Anvers.

Liège s’accroche

Cela fait maintenant plusieurs années que Liège réclame sa SCMR. En 2012, une étude avait compté entre 1.600 et 2.100 toxicomanes, et le chiffre aurait augmenté depuis. La consommation de drogues dans la rue pose problème aux habitants, notamment dans les banques et dans certains quartiers. La ville n’est pas la seule à demander une SCMR. Bruxelles, mais aussi Charleroi envisagent ce type de structure.

Une politique efficace

La politique de réduction des risques semble petit à petit s’imposer partout en Europe. En encadrant la prise de drogue, les risques d’overdose sont limités et les personnes toxicomanes sont en relation avec des soignants compétents en matière d’addiction. Les SCMR réduisent aussi les problèmes de nuisances publiques, comme la consommation visible. Les politiques répressives ont prouvé leurs limites, et les nouvelles mesures doivent se prendre en concertation avec le terrain, en demande de ce type de structures.

La rédaction



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