Maggie De Block : la ministre est dans le viseur, la médecin aussi

24/04/20
Maggie De Block: la ministre est dans le viseur, la médecin aussi

Lundi, le Docteur David Bouillon accompagné de son conseil, Maître Criscenzo, a déposé une plainte disciplinaire à l’Ordre des Médecins, contre le Docteur Maggie De Block. A l’heure actuelle, l’avocat a reçu l’accusé de réception de l’Ordre, qui prend cette affaire très au sérieux. L’objet de la plainte ? La communication de la ministre jugée non-objective, parfois fausse et intellectuellement malhonnête. Cela contrevient au code déontologique de la profession, qui craint que la ministre de la Santé et docteur menace la crédibilité des médecins.

Le bateau de la Ministre de la Santé Maggie de Brock tangue fort en ces temps de crise sanitaire. Rien que cette semaine, une plainte disciplinaire a été déposée contre elle à l’Ordre des médecins et elle a été vivement critiquée pour son manque criant d’intérêt lors d’une réunion en visioconférence de la Commission Santé. Il faut dire que sa gestion de la crise liée à l’épidémie de Covid-19 est loin d’être irréprochable. La médecin s’est attirée les foudres de ses confrères du fait de ses sorties médiatiques jugées très négativement.

A l’heure actuelle, le Conseil de l’Ordre des médecins provincial analyse la plainte. Devant l’ampleur et l’importance du dossier, ce dernier pourrait être transféré à l’Ordre National. Il existe aussi, dans cette affaire, un intérêt intellectuel. Tout le contentieux réside dans cette question : peut-on punir un ministre-médecin, lorsqu’il s’exprime dans l’espace public, en la qualité de ministre ?

Maître Paolo Criscenzo, qui a porté la plainte disciplinaire à l’Ordre, en est convaincu. « Les règles déontologiques sont des règles de comportement. Elles s’adoptent donc dans la vie de tous les jours Les médecins doivent donc adopter un comportement circonstancié, avec une certaine réserve lorsqu’ils s’expriment dans l’espace public. C’est l’article 38, un médecin doit s’exprimer avec l’objectivité requise. Maggie De Block n’est pas seulement ministre lorsqu’elle s’exprime, elle est aussi médecin. »

« Maggie De Block fait honte à la profession »

Trois faits sont particulièrement reprochés à Maggie de Block et à sa communication. La question des masques, celle de la pénurie de médicaments et son manque de confraternité. En effet, la Ministre de la Santé affirmait en début de crise que le port du masque n’était scientifiquement pas nécessaire. Maître Crescenzo répond : « Lorsque la ministre tient ces propos, il n’y a aucune forme de réserve, aucun rapport scientifique qui vient appuyer ses dires. Cela met à mal la crédibilité des médecins et porte atteinte à leur image. »

Concernant les médicaments, Maggie De Block affirmait récemment à la télévision qu’il n’y avait aucune pénurie. Là encore, l’avocat contre-attaque : « Le président de l’Absym parle lui de pénurie, et on discute de l’utilisation de médicaments pour chiens et chats jamais testés sur les humains. » Il renchérit : « La communication de la Ministre de la Santé a été fausse, pas objective et malhonnête. Ce n’est pas conforme à la déontologie de la profession. Elle a mis en danger la santé publique. Des personnes ont été contaminées à cause de cela. Dans le domaine de la santé, on ne peut donner une information au grand public que de manière objective et basée sur des données scientifiques ».

C’est pourquoi le Docteur Bouillon (photo), à la tête de l’asbl Lagardère qui vient en aide aux aînés à domicile, a jugé utile de porter cette plainte. Il affirmait il y a quelques jours à la DH « Maggie De Block fait honte à la profession. Un médecin doit éclairer la collectivité dans la transparence, pas manquer d’honnêteté intellectuelle. Elle met en péril la crédibilité de tous les médecins ».

La Ministre pourrait être sanctionnée

Et la ministre risque gros. Une procédure pénale, contre X, a également été engagée. Elle met en cause la gestion de la crise et la pénurie de masques, pointant donc du doigt la responsabilité pénale du gouvernement, et ainsi, des ministres. Selon Maître Crescenzo : « Tout semble indiquer que cette procédure mènera à une instruction » Et si jamais le nom de Maggie de Brock ressortait dans cette instruction, cela pourrait avoir des conséquences.

Aujourd’hui, la tendance majoritaire pointe vers une sanction pour la Ministre. Celle-ci pourrait aller d’une suspension d’un mois, ou d’un an, jusqu’à une possible radiation si jamais son nom devait être associé à la procédure pénale. Cela reste du domaine de la conjoncture, mais ce qui est certain, c’est que cette affaire est prise très au sérieux par l’Ordre des médecins. Et que le navire De Block n’a pas fini de tanguer.

C.D.

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