Médecine personnalisée : le personnel soignant à l’écoute du patient

Médecine personnalisée: le personnel soignant à l'écoute du patient

La médecine personnalisée, développée au XIXème siècle, vise à traiter le patient de manière individualisée selon ses spécificités physiques et psychologiques. La mise en place d’un tel traitement est possible grâce à une approche pluridisciplinaire mais aussi à la participation du patient aux choix de soins ou encore à l’intervention de tiers extérieurs pour sensibiliser le corps médical. L’objectif ? Humaniser l’approche des professionnels de la santé !

La médecine personnalisée, qui intègre la communication non violente et un travail d’accompagnement psychologique, repose sur l’écoute du patient et de ses ressentis sans imposer son savoir. Aline, sage-femme et membre de l’ASBL Sages-Femmes nous en livre sa définition : « Il s’agit d’un processus où la personne est au cœur de la guérison. Cela ne veut pas dire que je renonce à mes compétences professionnelles ou que je ne protège pas la patiente enceinte, mais que le processus d’accouchement se focalise sur la situation actuelle et les désirs de la future mère. »

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Un traitement collectif d’égal à égal

La médecine traditionnelle repose sur une relation autoritaire où le praticien se pose comme le détenteur exclusif du savoir. Aline souligne à propos de sa formation de sage-femme qu’elle était « basée en grande partie sur la théorie. On ne nous apprend pas à reconnaître une part d’arbitraire dans notre pratique ainsi qu’une compétence sociale nécessaire à une bonne entente avec le patient. » En effet, elle relève que lorsque sont posées les barrières de sécurité nécessaires à la bonne santé de la patiente, cette dernière est tout à fait compétente pour interroger le cadre établi. La sage-femme doit être capable de se remettre en question car « les professionnels de la santé ne détiennent pas la vérité absolue. »

On observe l’apparition de maisons de santé des structures privées où médecins spécialistes et généralistes se regroupent pour exercer sous le même toit. Aline souligne que ces structures ne sont pas encore assez développées mais n’en restent pas moins prometteuses : « Nous travaillons dans le même bâtiment avec un médecin, deux ostéopathes et deux thérapeutes. Bien que nous nous recommandions les uns et les autres auprès de nos patients, nous pensons que la mise en place d’un dossier commun permettrait une vision d’ensemble pour chaque praticien et une meilleure prise en charge. » Cette organisation horizontale sans lien de subordination entre les professionnels permet d’apprécier le traitement du patient comme un travail collectif et pluriprofessionnel.

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Humaniser l’approche

Cependant, Aline considère que l’intervention d’un tiers extérieur qui possède donc un regard critique sur le fonctionnement d’une structure ne peut être que bénéfique : « Notre équipe de sages-femmes est supervisée par une coach que nous rencontrons toutes et qui nous amène à nous questionner sur les enjeux psychologiques de notre profession (parfois plus présents que ceux médicaux). » Ainsi, selon la sage-femme : « Quand on est dans un travail d’aide à la personne, il est primordial que l’équipe soit suivie non pas par un chef d’équipe mais par un superviseur extérieur car sinon le risque est que les professionnels s’épuisent en burn out ou se barricadent. »

L’intervention d’un intermédiaire au sein des équipes médicales peut aussi être intéressant, compte tenu d’une non remise en question au sein de la pratique médicale. « Au sein des institutions, de nombreux professionnels se protègent entre eux », observe-t-elle. « Même s’il est connu qu’un tel a commis une erreur, il ne sera pas dénoncé. Ce silence s’explique par des soucis de réputation mais aussi par la pression de la hiérarchie. » Ainsi, de nombreuses victimes de traitements abrupts n’entendront pas d’excuse ni ne verront leur bourreau questionné sur leur professionnalisme. Introduire une personne sensible aux ressentis du patient pour l’accompagner et sensibiliser le corps médical représente une potentielle solution.

Ainsi, Manoe Jacquet, coordinatrice de l’ASBL Santé et Femmes, considère que lorsqu’il n’y a pas de possibilité de créer par l’échange de parole un terrain collectif de connaissance, « il est important qu’il y est un accompagnement pour respecter le projet et les envies du patient. Cela peut être un partenaire, un proche qui aide à donner au patient une certaine légitimité à réclamer ou poser des questions au personnel de santé. »

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Les pairs-aidants, ces médiateurs

De plus, apparaissent de nombreux pairs-aidants. Cette détermination, assez peu connue, désigne, selon la Fédération d’association d’usagers en santé mentale Psytoyens, « un usager ou un ex-usager de services de soin en santé mentale, engagé au sein d’une équipe d’intervention psycho-médico-sociale. Ses aptitudes, sont avant tout liées à son parcours et son cheminement en santé mentale. » Ainsi, ces anciens patients peuvent plus facilement comprendre les questionnements et craintes des personnes actuellement prises en charge et ainsi donc y sensibiliser une équipe médicale. Sans doute dans les années à venir, ce rôle de médiateur va bénéficier d’une meilleure reconnaissance afin de démocratiser une approche plus personnalisée des soins.

A.T.



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