Violences obstétricales : patientes et sages-femmes en souffrance

Violences obstétricales: patientes et sages-femmes en souffrance

Depuis quelques années, la parole de femmes se libère autour des maltraitances gynécologiques et obstétricales. Des formations insuffisantes et des moyens limités peuvent en partie expliquer ce phénomène. Pour changer la donne, diverses initiatives, telles que les sites de recensement de praticiens respectueux, se mettent en place.

Suite à l’apparition en 2014, sur Twitter, du hashtag #Payetonutérus, de nombreuses femmes ont brisé le silence, livrant des témoignages alarmants sur les violences vécues lors d’accouchements ou de visites chez le gynécologue. Gestes brusques, inutiles et réalisés sans le consentement, propos déplacés et discriminants, culpabilisation d’un choix de vie constituent autant d’épreuves traversées par un trop grand nombre de femmes.

Ces actes ou propos aux lourdes conséquences psychologiques et physiques peuvent être définies comme un manque de considération pour le bien-être de la patiente qui résulte en une atteinte à son intégrité physique et mentale, à son droit à des soins décents et à sa liberté de choix. Ainsi, la plateforme en ligne « Pour une naissance respectée » alerte sur le nombre d’interventions chirurgicales en Belgique, bien au-dessus des normes et recommandations internationales. « Un enfant sur cinq naît par césarienne, avec de grandes disparités entre les établissements. ( …) En Flandre, plus de 50% des femmes ont une épisiotomie », peut-on lire sur le site. A noter que ces pourcentages ne prennent pas en compte si l’intervention a été réalisée avec le consentement libre et éclairée de la patiente.

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Un système dysfonctionnel

Le manque d’écoute de la part des professionnels de la santé amène de nombreuses femmes à se sentir comme spectatrice de leur propre accouchement. Manoe Jacquet, coordinatrice de l’ASBL Femmes et Santé, souligne un apprentissage focalisé sur l’application de connaissances techniques au détriment d’un dialogue avec le patient. « Les futurs praticiens n’apprennent pas à accueillir un patient dans ses besoins, ni à ne pas plaquer ses connaissances sur une personne sans la déposséder de son individualité », dénonce-t-elle. Entre les patientes et le personnel médical se serait donc instauré un rapport froid et impersonnel, favorisé par une augmentation de la charge de travail pour notamment les sages-femmes.

Manoe Jacquet poursuit en soulignant le manque de ressources et de temps dont disposent les professionnels du milieu hospitalier : « Malheureusement, la recherche de performance et de productivité va prendre le pas sur l’accompagnement de la personne, sur le respect de son rythme. » Ce constat a été particulièrement exacerbé par la décision en 2014 de raccourcir les séjours hospitaliers et donc de réorganiser la prise en charge du post partum. La charge de travail s’est vue significativement alourdie puisque les tâches sont plus denses et le personnel moindre suite à la diminution de financement. Aline, praticienne et membre de l’ASBL Sages-Femmes, vient rejoindre cette vision et pointe du doigt la pression que subissent ses homologues dans les hôpitaux : « Des équipes de sages-femmes subissent une mauvaise organisation et un sous-financement de la part des hôpitaux. »

Au-delà de ces problèmes d’ordre structurel, se pose la question de la dimension patriarcale des pratiques médicales. « Au sein de la médecine traditionnelle, règne cette idée que la femme n’est pas partie prenante de son corps, qui devient alors un lieu de contrôle habité par les stéréotypes », remarque Manoe Jacquet. L’accouchement reste perçu comme un acte qui se doit d’être surmédicalisé, tout comme le corps de la femme se doit d’être contrôlé. La relation d’autorité entre les gynécologues ou les sages-femmes et les patientes, et les abus qui en découlent, en sont les manifestations. Ainsi, certaines se battent pour une prise en charge plus axée sur la collaboration.

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Des initiatives pour une meilleur prise en charge

Qu’ils s’agissent de prises de parole ou de projets associatifs, des femmes s’engagent à faire évoluer les pratiques et mentalités. L’ASBL Prémisse – Questions et alternatives - Erreurs médicales a créé : « Touche pas à mon corps sans mon accord », un guide de prévention contre les violences gynécologiques et obstétricales. Une nouvelle réédition de cette brochure est d’ailleurs en cours notamment pour sensibiliser sur les maltraitances autour de la pratique de l’avortement et rappeler qu’un refus de professionnel de l’exercer peut constituer une entrave à la loi.

Sur internet, apparaissent de nombreux sites où les femmes s’échangent les coordonnées des praticiens dont elles sont satisfaites. Sur son blog Inside Women, Alma, étudiante sage-femme, tient une rubrique dédiée aux gynécologues et sages-femmes dits “friendly” : une carte interactive y recense les professionnels respectueux ainsi que leur particularité. Le site collaboratif “ Go to Gyneco” est le premier en Belgique à offrir un espace d’échanges pour la communauté lesbienne et à recommander les professionnels lesbo friendly. Ces espaces permettent de créer un climat de confiance débarrassé de toute discrimination sur l’orientation ou l’identité sexuelle, la couleur de peau, le poids et les choix de vie.

De son côté, la plateforme "Pour une Naissance respectée” se bat pour une pratique basée sur un dialogue complet et transparent, une prévention des interventions médicales non justifiées et un renforcement des compétences du corps médical. Les membres de l’organisation multiplient les actions et les contacts avec les élus pour faire entendre leurs revendications. « Comment passe-t-on du groupe de parole sur Facebook à une réelle avancée politique et institutionnelle ? Ce travail va être assez long notamment pour changer les pratiques et la formation des professionnels », reconnaît Manoe Jacquet tout en ajoutant : « Cependant, la prise de parole par ces femmes représente un pouvoir. » Elles ont brisé le tabou entourant les violences obstétricales et gynécologiques. La balle est maintenant dans le camp des décideurs politiques !

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A.T.



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