Prime pour les soignants en hôpitaux : une mesure, plusieurs limites

Prime pour les soignants en hôpitaux : une mesure, plusieurs limites

Selon le journal néerlandophone De Tijd, le gouvernement fédéral aurait décidé d’implémenter une mesure dans le but de venir en aide au personnel médical en milieu hospitalier. Il s’agirait d’offrir une prime, à hauteur de 1.450€, en faveur des médecins, pharmaciens, infirmiers et autres prestataires de soins dans les hôpitaux. Emmenée par Maggie de Block, ministre fédérale de la Santé et Alexander De Croo, ministre fédéral des Finances, cette mesure n’est pas vue d’un bon œil par les professionnels.

Vous l’aurez sans doute remarqué, cette prime, qui n’a pas encore été entérinée, ne s’adresserait qu’aux acteurs de la santé évoluant dans les hôpitaux. Alors forcément, pour les professionnels du secteur travaillant à domicile ou bien dans les maisons de repos, le manque de reconnaissance est flagrant. Et le message envoyé par les autorités serait, si l’info se confirme, tout au moins maladroit.

Ceci explique donc logiquement pourquoi cette prime ne suscite pas un enthousiasme unanime, tant sur le terrain, que dans les hautes sphères politiques. Evelyne Magerat, secrétaire permanente pour la CNE, préfère cependant tempérer : « Ce n’est pas encore quelque chose d’acquis, nous ne sommes pas sûrs que ce soit vraiment à l’ordre du jour ».

En effet, Alexander De Croo, interrogé sur Radio 1 en fin de semaine dernière, a rétropédalé, indiquant qu’il n’y avait encore aucune décision de prise sur le sujet. Il faut dire que, bien qu’elle n’ait pas encore été adoptée, la mesure provoquait déjà du remous chez les professionnels du secteur. Comme le confie Evelyne Magerat : « J’ai été interpellée par plusieurs travailleurs. Les témoignages vont tous dans le même sens. Les travailleurs préféreraient se voir offrir des masques, du matériel et voir leur sécurité garantie sur leur lieu de travail plutôt qu’une prime d’ordre financière ».

Entretenir la solidarité du secteur

Parmi les limites inhérentes à cette réforme, les acteurs en pointent une en particulier : une forme d’éclatement du secteur de la Santé. Alors qu’aujourd’hui, tous les acteurs font preuve d’une solidarité remarquable et coopèrent largement pour limiter la propagation de la pandémie, cette fameuse prime pourrait venir casser cet élan. Evelyne Magerat craint un « cloisonnement » chez certains professionnels. C’est pourquoi évidemment, elle défend l’idée que tous les acteurs devraient recevoir cette prime si jamais elle devait voir le jour. « Tout ceux qui ont cravachés durant cette crise devraient pouvoir bénéficier de cette prime, pas seulement le secteur hospitalier, mais aussi celui à domicile, les maisons de repos. »

Comme le dénonce Christophe Happe, directeur de la fédération Unessa, qui regroupe 300 structures actives dans les soins de santé et l’aide aux personnes, cette prime pourrait avoir un effet pervers. Elle viendrait « fragmenter un système de santé, qui représente un ensemble de métiers sur le front sans relâche » comme il l’a confié au journal L’Avenir. Car, quel message cette hypothétique réforme enverrait-elle aux brancardiers, au personnel d’entretien, aux ambulanciers et au personnel des maisons de repos ? Ne méritent-ils pas tout autant cette prime, eux qui luttent également en première ligne ?

En tous les cas, si on se base sur les chiffres rapportés par De Tijd, le gouvernement fédéral attendrait 10.000 demandes, ce qui engendrerait un coût de 14.5 millions d’euros. Evelyne Magerat s’interroge : « Quand on sait qu’il y a en Belgique 120.000 infirmières, sans compter les aides-soignants, le personnel d’entretien, il paraît évident qu’avec les chiffres annoncés, on n’y arrivera pas ». Ce point vient illustrer la mésestimation flagrante du nombre de travailleurs pouvant bénéficier de cette prime. Pour le gouvernement, il faut donc se rendre à l’évidence. Cette mesure, en l’état, serait difficilement acceptée par les professionnels de la santé.

C.D.

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