Réouverture des crèches : des puéricultrices "désemparées"

Réouverture des crèches : des puéricultrices

Alors que la crise sanitaire perdure, le déconfinement dans le pays se poursuit. Depuis ce lundi 11 mai, les enfants sont de retour dans les crèches. Or, les puéricultrices sont très inquiètes. Elles jugent que les moyens sanitaires mis à leur disposition sont loin d’être suffisants. Au sein des fédérations représentant le secteur, on oscille entre responsabilité individuelle et indignation face au manque clair de reconnaissance de la part des autorités.

En renvoyant les enfants vers les crèches, l’objectif est clair pour les autorités : relancer l’économie et permettre aux parents de travailler. Mais cette décision doit s’accompagner de mesures sanitaires fortes pour protéger celles qui s’occuperont de ces enfants : les puéricultrices. Or, à l’heure actuelle, ce n’est pas vraiment le cas, puisque ces dernières tirent la sonnette d’alarme.

Stéphanie Nollomont, directrice d’une crèche, affirme à RTL : « On est en colère parce qu’on nous laisse travailler sans sécurité sanitaire. Le fait de ne pas recevoir de gel, de masques, de nous laisser gérer la situation seuls, de ne pas avoir de soutien, ça devient insupportable ». Par ailleurs, il est difficile de demander à des enfants en bas-âge de respecter la distanciation sociale.

Du côté des fédérations, les sons de cloches diffèrent. Pourtant, la situation est la même pour tous. Les masques reçus ne sont pas forcément adaptés, la distanciation sociale est impossible à mettre en place, mais la manière de lutter contre ces aléas diverge.

« Que chacun prenne ses responsabilités »

Danielle Janssens, la présidente de la Fedaje (Fédération des Accueillantes de jeunes enfants), qui dirige deux maisons d’enfants prend ses responsabilités. « Nous sommes autonomes, nous sommes responsables du métier que nous exerçons. J’ai fait appel à une couturière pour obtenir des masques et des blouses avant la réouverture. Nous avons été fermés pendant 7 semaines ! Je sais que la situation est difficile, mais chaque patron d’entreprise doit être capable de fournir le matériel adéquat. Le climat est négatif mais il faut que chacun prenne ses responsabilités et prenne le pli d’une situation qui est partie pour durer. »

Forcément, les travailleuses doivent s’adapter. Certaines apportent leurs propres masques. Il faut aussi apprendre à travailler avec ces derniers, qui peuvent susciter peur et incompréhension chez les enfants. Alors, les puéricultrices rassurent. Car, comme le disent les autorités, il est venu le moment du « vivre avec ». « Il faut faire ce que l’on peut avec ce que l’on a », résume Danielle Janssens. Or, les travailleuses n’ont pas grand-chose.

Et à la Femape (Fédération des milieux d’accueil de la petite enfance), le discours est totalement différent. Marie Deboot, membre de la fédération, a une situation particulière. Elle n’a jamais arrêté de travailler, accueillant deux enfants de soignants en première ligne au plus fort de la crise. Alors forcément, elle a dû se procurer le matériel nécessaire, masques, gel hydroalcoolique ou blouses elle les a faits elle-même ou les a achetés. Malgré cela, la crise sanitaire a fait un trou dans ses finances.

Les masques reçus : « Une vraie blague ! »

Elle indique : « L’aide donnée par les autorités ne suffit même pas à rembourser les parents. Il sera très compliqué de couvrir le trou financier causé par la crise. » Toutes sont donc touchées par l’aspect financier, mais Marie Deboot rejoint ses camarades sur l’aspect sanitaire. « Les masques, soit ils n’ont pas été reçus par les structures, soit ils sont catastrophiques. C’est une vraie blague ! Ils ne protègent rien ! Et la réponse de l’ONE est à la limite de l’insultant. Ces masques représentent une dépense inutile, et ont été qualifiés de masques de dépannage. »

En ce qui concerne le gel hydroalcoolique, la situation est similaire. Ceux promis n’ont jamais été reçus. Alors, les autorités ont promis une prime de 15€ aux puéricultrices pour qu’elles en fassent elles-mêmes l’achat. Là encore, rien n’a été reçu selon Marie Deboot. Elle s’alarme : « On nous demande de recommencer mais nous n’avons pas le matériel à disposition. On ne se sent pas reconnues. »

Autre point de tension sur le terrain : le fait que les parents doivent payer le montant habituel aux crèches, celles-ci ne disposant plus d’aides financières à partir du 18 mai. Or, comme le fait remarquer Stéphanie Nollomont, membre de la Femape, les conditions d’accueils ne sont pas habituelles, et ce point financier peut causer « un stress » et créer « une relation malsaine entre le milieu d’accueil et les parents ».

Des travailleuses « dans un sale état psychologique »

Marie Deboot est plus directe. « On nous demande de facturer des gens qui sont en chômage partiel. On se sent complètement déroutées, désemparées. Des structures vont fermer. Que va-t-on faire ? Où vont aller les enfants ? Tout le monde brasse de l’air. Pendant ce temps-là, on n’a pas un mot de reconnaissance, tout le monde s’en fout. Nous sommes toutes dans un sale état psychologique. »

A tel point que la Femape a réalisé une étude sur la reprise d’activité de ses adhérentes. Et les résultats sont édifiants. Une puéricultrice sur trois n’est pas certaine de reprendre son activité professionnelle. 13% d’entre elles ont déjà choisi d’arrêter. Il faut dire que la majorité de ces travailleuses accueillent chez elles parents et enfants dans le cadre de leur activité. Il fait donc sens qu’elles préfèrent protéger leurs familles. En tout cas une chose est certaine, les conséquences sociales de cette crise sanitaire seront violentes, et elles ne font que commencer.

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