Crèches et coronavirus : les professionnelles sur le pied de guerre

Crèches et coronavirus: les professionnelles sur le pied de guerre

Contrairement aux écoles, le Conseil de sécurité fédéral a décidé de ne pas fermer les crèches. Elles vont donc continuer à accueillir des enfants en bas-Í¢ge. Acceptation, inquiétude voire encore colère : cette décision ne fait pas l’unanimité dans le secteur de la petite enfance. Nous avons donné la parole à des travailleuses. Voici leur témoignage.

Les autorités fédérales ont tranché. A partir de cette nuit du 13 mars, dans tout le pays, les activités récréatives, culturelles, folkloriques privées ou publiques sont annulées. Les cours sont suspendus dans les écoles mais celles-ci ne sont pas fermées pour pouvoir accueillir les enfants des professionnels de santé. Par contre, les crèches restent ouvertes.

La Première Ministre, Sophie Wilmès, a pris cette décision et l’explique : " Cette différence entre crèche et école, c’est parce qu’il ne s’agit pas du même public. Les crèches sont des endroits plus petits, avec des enfants en bas âges qui sont extrêmement contagieux mais ne développent pas de complications à la maladie. Comme ce sont des silos assez restreints, on peut les garder ouverts. Une autre raison est que l’école est obligatoire, donc si vous ne voulez pas mettre votre enfant à l’école alors qu’il n’est pas malade, vous n’en avez pas le droit. Mais ça reste possible dans une crèche."

« Un minimum d’enfants dans les crèches »

Sur le terrain, l’heure est à la vigilance, et à la concertation. La mesure divise le secteur et provoque des réactions variées, allant de l’acceptation à la peur, mais également incluant de la colère.

Chaque maison d’enfance garde contact avec un médecin généraliste et suit ses recommandations. Danielle Janssens, présidente de la Fedaje, Fédération des Accueillantes de jeunes enfants et directrice de deux maisons d’enfants, avance : « Nous sommes en contact prolongé avec les médecins. Si un enfant fait état d’un rhume, on demandait aux parents d’être vigilant il y a quelques jours, aujourd’hui, nous vérifions la température, et on renvoie les enfants chez eux à partir de 38°C maintenant contre 38.5°C en temps normal. Lorsqu’un enfant tousse, on demande conseil au médecin. »

Dans tous les cas, une chose ne varie pas, les professionnels encouragent largement les parents qui le peuvent à conserver leurs enfants avec eux. Danielle Janssens affirme : « S’ils n’ont pas de difficulté, nous encourageons les parents à garder leurs enfants, et éviter au maximum les rassemblements pour ne pas développer de foyers de contagion. C’est la première priorité, on veut seulement éviter de propager le virus. »

Pour autant, le personnel est très présent. Tous prennent leurs précautions afin d’éviter les contacts non-nécessaire, et par conséquent, enrayer la propagation du Covid-19. « Nous essayons de ne pas rentrer dans la psychose, nous nous limitons dans mes structures à un adulte par section, tout en essayant de restreindre les contacts entre travailleurs. Nous pourrions fonctionner avec une seule personne, mais nous sommes deux, une pour la section des petits, et une pour les grands. Nous nous disons bonjour avec les pieds », conclut Danielle Janssens, dans un sourire.

« Des remparts à la contamination »

Véronique Godenir, puéricultrice à Beauvechain, et qui poursuit son travail, témoigne que la pratique quotidienne de son métier évolue avec le coronavirus : « Nous évitons les contacts, les câlins, les bisous. On désinfecte les jouets, les draps, on fait attention à l’hygiène des mains, en utilisant du gel hydroalcoolique. On aère les pièces un peu plus souvent. » A la Femape, Fédération des milieux d’accueil de la petite enfance, le son de cloche est différent, entre inquiétude et colère… Trois professionnelles de la petite enfance attachées à cette fédération s’inquiètent : « Nous sommes en détresse, livrées à nous-même, utilisées comme remparts pour éviter la contamination notamment des grands-parents des jeunes enfants qu’on accueille. »

Même si elles partagent évidemment un esprit de citoyenneté et de solidarité par rapport à la population à risques, elles s’inquiètent pour leurs enfants, leur mari, leurs proches. « Vu la situation, les professionnels de la petite enfance s’exposent au risque d’apporter le virus dans leur foyer. C’est une réelle source de stress. Nous n’avons pas encore reçu de recommandations de la part de l’ONE. Nous sommes pour l’instant dans le flou le plus total. Nous suivons donc les procédures édictées pour tous les citoyens comme le lavage de mains. »

« En état de guerre »

Elles poursuivent, exprimant leur crainte de se retrouver en sous-effectif : « Si nous accusons une diminution des effectifs, comment allons-nous gérer la situation ? Et puis, nous non plus, nous ne sommes pas à l’abri de tomber également malades. Que devrons-nous faire dans ce cas pour continuer à faire tourner notre milieu d’accueil ? Sans compter que certains membres du personnel se retrouvent avec des enfants qui ne peuvent plus fréquenter l’école. Comment vont-ils gérer cette situation ? »

Conscientes de l’importance de leur rôle dans la crise actuelle, ces professionnelles s’alarment :« Honnêtement, nous sommes vraiment en état de guerre. » Et l’actualité récente, portée par la réforme MILAC, n’apaise pas la pression qui pèse sur leurs épaules. « Via cette réforme, on nous a fait clairement sentir qu’on devait augmenter notre qualité professionnelle et que nos diplômes n’étaient plus valables. Et d’un coup, les mandataires politiques ont fait table rase de « nos incompétences » et nous demandent aujourd’hui de porter à bout de bras la société. Les responsables de la santé et les parents nous tombent sur le dos du jour au lendemain. Et on tente de répondre à tout cela comme on peut. C’est une énorme responsabilité. »

C. D avec E.V.

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