Le bulletin social : la culture de l’excuse

Le bulletin social : la culture de l'excuse

Un rêve agité, une impression d’oppression et la défense acharnée d’un ministre maladroit sont au menu du bulletin social de cette semaine.

« Le travail c’est la santé, rien faire c’est la conserver » H. Salvador (1965)

La liberté… Pour ne rien vous cacher, cette semaine, surfant sur mes frustrations comme un quidam le ferait sur le fil d’une actualité moribonde, j’ai fait un horrible rêve. Alors que ma modeste ambition était de passer une journée à essayer de ne rien faire, voilà que le bourdonnement sourd de la sonnette de ma porte d’entrée me fit douloureusement sortir de mon oisiveté…

Je vous laisse imaginer ma stupeur en ouvrant ma porte, de découvrir le regard bovin de trois hommes armés, menaçants et aussi déterminés à en découdre que des supporters anderlechtois voyant rouge… Sans rien y comprendre, je fus menotté et emmené dans une salle d’interrogatoire sordide où j’eus à répondre de mes ignominies. Ce que l’on me reprochait ? D’avoir enfreint la loi ! De fait, moi qui suis à la transgression ce que Carlos était au saut à la perche, on m’accusait de ne pas avoir justifié ma journée de congé. En effet, il paraissait évident qu’il fallait me contrôler afin d’être sûr et certain que je n’étais pas en train de profiter de l’Etat…

En sursautant dans mon lit king-size, deux éléments valsèrent dans ma tête. Le premier était qu’il fallait à tout prix que j’arrête de lire du Orwell avant de dormir. Le second était un profond soulagement. Heureusement que l’on ne vit pas dans une société où il serait légitime, pour notre sécurité, de contrôler nos faits et gestes, où les travailleurs sociaux devraient dénoncer à tour de bras dans les CPAS, où les infirmières indépendantes sont priées de fliquer leurs patients, où les policiers seraient contraints à vider les gares de Bruxelles de migrants et où un ministre wallon partirait à la chasse aux chômeurs malhonnêtes…

Bref, vous l’aurez compris, après une remise en question profonde aidée par la prise d’anxiolytiques noyés dans la vodka pure, je me suis dit qu’il devait y avoir une erreur. Prenons l’exemple de notre tout nouveau ministre wallon de l’économie et de l’emploi. J’ose imaginer qu’on a mal compris ses dires. Quand celui-ci annonçait avec sensibilité et dignité vouloir mettre un terme à la culture de l’excuse, il parlait bien sûr de la culture de l’excuse politique.

Que de malentendus… Enfin un ministre qui assume pleinement qu’il est inexcusable d’amalgamer chômeur et glandeur. Nous l’attendions depuis belle lurette, cet homme illustre et intègre qui, subtilement, de par sa sagesse et son recul sur le monde nous renvoie en pleine figure, telle une illumination divine qu’en effet, il y a autant de chômeurs heureux de leur condition que de vrais néonazis au sein de notre gouvernement.

Finies les excuses bidon ! Comme il le souligne avec rigueur, il est intolérable d’avoir un taux de chômage wallon qui est le double de celui de la Flandre… Comment pensez-vous qu’il le vit notre Ministre ? Avec des chiffres pareils, son homologue flamand le ridiculise... Or, nous avons un Ministre qui déteste être la risée de la presse... C’est pourquoi il faut du changement, peu importe si la politique menée avant lui commence à porter ses fruits ! Parce qu’il ne faut pas l’oublier, derrière ses lunettes servant de garde-fou vous empêchant d’être happé par le vide de son regard, cela cogite. Il n’en dit rien, mais cela se sent ! Ce qu’il veut ? Marquer la différence !

Comment ? La technique du leurre ! Pendant que l’on s’attarde sur son dérapage, lui, il peut s’y mettre sérieusement et construire une vision de l’emploi digne, solide, pérenne où il ne sera plus jamais question de répression, mais majoritairement d’accompagnement et de compréhension.

Je vois déjà venir ses détracteurs, dont le courroux n’est certainement dû qu’aux fantasmes maladifs de ceux qui regrettent de ne pas avoir la prestance et l’aura de notre héros des temps modernes. Ces jaloux qui lui reprochent sa hargne qui le pousserait à se dédoubler pour ne pas décumuler, courageux qu’il est !

Mesdames et Messieurs, calmez-vous ! Croyez-moi, je vous l’assure, notre Ministre n’est qu’amour et compassion. Et puis, ça ne vous arrive jamais à vous de cafouiller un peu ? Le pauvre s’en veut tellement d’avoir interverti les deux mots de son accroche principale… Le crucifier sur la place publique alors qu’il voulait formuler avec humilité que les rentes n’étaient pas du chômage, avec pour thème un plaidoyer sincère et clairvoyant sur la nécessité de taxer les grosses fortunes et non les chômeurs.

Donc, bande de fanfreluches sinistres, laissez les honnêtes gens travailler ! Monsieur le Ministre, continuez ! On veut bien sournoisement vous donner les clés. Si cela vous enchante, réformez le FOREM, mais n’en faites pas ce qu’il vous plairait à vous. Pensez plutôt à ceux pour qui vous travaillez réellement. Mettez-vous à leur place et réfléchissez à la portée des dérapages qui sont les vôtres, sans oublier qu’en dépit de tout, à l’heure de la fin de votre mandat, j’espère que l’on ne vous reprochera pas un penchant pour la culture des faux-semblants politiques, des effets de manche, des coups de communication foireux dans la presse et des actions manquées avec ou sans excuses.

T. Persons

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