UNE VIE DE PSY - Épisode XVI : un état de choc

UNE VIE DE PSY - Épisode XVI : un état de choc

L’erreur est humaine, tout comme la bêtise. Dans cet épisode de la vie inquiétante de T. Persons, il est question des conséquences de nos bévues…

- Ceci est une fiction. Toute ressemblance avec une quelconque réalité serait purement fortuite… -

Après mon entretien avec Marthe, on peut se le dire, tout s’est enchaîné. Moi qui suis fondamentalement un adepte des moments de contemplation, je n’ai pas vu venir ces deux dernières semaines. Il faut dire que cela s’est joué en plusieurs actes. Le premier temps fort, c’était mon entretien avec Georges. Je ne m’étais pas rendu compte sur le coup que le fait de conseiller à Marthe d’employer les grands moyens pour le faire parler, pouvait également avoir pour impact de me dévoiler. Et s’ils parlaient de leur psy respectif ? Bref, j’étais honteux. Rajoutez à cela un sentiment non négligeable qui ressemble à s’y méprendre à de la culpabilité. Vous l’imaginez bien, derrière mes conseils malavisés, il y avait également un agenda caché : me rapprocher de Marthe… Tout en sachant que Marion, mon épouse, était en fin de grossesse et que l’accouchement était prévu dans la semaine. Je ne connaissais pas encore mon fils, mais j’étais déjà attaché à lui. Vous avez le droit de me juger et de me dire cruellement que la vie est faite de choix, et que, choisir, c’est renoncer. Je vous rétorquerais avec un grand sourire que, comme disait l’autre : pourquoi certains n’auraient pas tout ? Il y en a qui n’ont rien, ça fait l’équilibre… Malheureusement, à force de tout vouloir, il arrive que l’on fasse banqueroute.

Soit, revenons à Georges. Ce moment était important parce qu’en l’accueillant, pour la première fois, je le vis pleurer. Mon cœur commençait à battre la chamade. Enfin, nous y étions : j’étais persuadé qu’il avait enfin dévoilé ses cartes et que Marthe en savait maintenant quasi autant que moi. Autant vous le dire j’étais complètement à côté de la plaque. De fait, il y avait une sorte de flou dans les yeux de mon patient, comme un état de choc, de sidération. Cette impression de vide, que l’on peut souvent entrevoir dans le regard des vaches qui voient passer le train ou dans celui des candidats de télé-réalité confronté à une addition simple. Bref, il s’était produit quelque chose de violent. Il prit donc le temps de m’expliquer ce qui le mettait dans cet état-là. Sa collègue avec qui il travaille de manière étroite vient de se faire sauvagement agresser. Elle n’a rien vu venir. D’une manière tout à fait gratuite, une femme l’aurait rouée de coups sur le parking de son travail, sans qu’elle ne puisse se défendre. Il n’avait pas assisté à la scène, mais c’est bien Georges qui a découvert sa collègue ensanglantée, inconsciente. On ignorait tout de l’agresseur, mais dans un regard de terreur, Georges me confia sa version des faits.

« J’avais voulu jouer au juge, au tout puissant »

Selon lui, tout était parti d’une dispute avec son épouse. Hystérique, elle aurait exigé des explications. À nouveau, Georges me sortit le refrain de l’innocent qui ne trompe pas sa femme avec sa collègue et qui tombe des nues face aux accusations de son épouse. Il y avait eu de la violence. Pour la première fois en tant d’années de mariage, elle l’avait menacé physiquement. Il semblait réellement désemparé et soupçonnait Marthe d’avoir été trouver cette fameuse collègue et de l’avoir agressée sous le coup de la colère et de la frustration.

J’étais stupéfait. Marthe agresser Anita ? Tout ça sous les conseils d’un psychologue qui lui a donné carte blanche pour laisser exploser toute sa colère. Je ne savais plus très bien quoi penser de la situation, en dehors du fait d’avoir joué un rôle de déclencheur dans ce drame. J’avais envie d’appeler Marthe, mais c’était dévoiler une information que je n’étais pas sensé savoir. Puis, il y avait Anita, qui était enceinte et qui, en dehors du manque d’empathie que j’avais pour elle, me semblait la victime d’une réaction complètement disproportionnée. J’avais voulu jouer au juge, au tout puissant, et j’en étais finalement réduit au rôle de l’imbécile qui, en voulant déposer un livre dans une bibliothèque, déclenche une réaction en chaîne où toutes les étagères s’effondrent.

Finalement, le pire dans tout ça, c’était la réaction de Georges. Le gars était aux abois, il venait de voir la mère de son futur enfant tabassée et il semblait plus inquiet de l’état de son épouse et par le fait qu’on pourrait découvrir ce qu’elle a fait. Egoïstement, j’étais assez embêté. Il n’y qu’un homme amoureux pour cacher les délits d’une femme. Il tenait donc réellement à elle…

J’ai donc laissé Georges s’en aller en lui suggérant d’en parler à son épouse, tout en stipulant que lui dire toute la vérité serait peut-être envisageable, s’il tenait réellement à elle. Il me regarda d’un air étrange, moitié entendu, moitié étonné, mais il n’en dit pas plus... Du moins, pour le moment…

T. Persons

[Du même auteur]

- Épisode I : la nouvelle demande
- Épisode II : la patiente de 15 heures, le mardi
- Épisode III : de l’art de la supervision
- Épisode IV : un heureux hasard
- Épisode V : le nouveau venu
- Épisode VI : une coïncidence douteuse…
- Épisode VII : une question de choix
- Épisode VIII : le poids des secrets
- Épisode IX : la ligne rouge
- Épisode X : autour d’un verre
- Épisode XI : savoir dire non (partie I)
- Épisode XII : savoir dire non (partie II)
- Épisode XIII : un métier dangereux
- Épisode XIV : les idées noires...
- Épisode XV : l’effet papillon



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus