Aide à la jeunesse : penser à la réinsertion après les séjours de rupture

Aide à la jeunesse: penser à la réinsertion après les séjours de rupture

Le jeune revenant d’un séjour de rupture profite-t-il d’un accompagnement suffisant pour être bien réinséré au sein de la société ? A cette question, la ministre Valérie Glatigny, en charge de l’Aide à la jeunesse, a livré une réponse plutôt lacunaire… Sur le terrain, un professionnel du secteur souligne que la prise en charge durant et après les séjours est efficace.

Le 20 novembre dernier, la session du parlement de la Communauté française a été l’opportunité pour le député PS, Michel Di Mattia, d’aborder le sujet des séjours de rupture pour jeunes délinquants. Selon l’arrêté qui prévoit leur mise en place, ces séjours consistent « en une prise en charge individuelle qui permet au jeune, pour une période limitée dans le temps, de rompre radicalement avec son contexte de vie habituel, d’être confronté à de nouveaux repères et d’expérimenter de nouveaux modes de relations interpersonnelles ». Ces expériences s’adressent à des jeunes poursuivis du chef d’un fait qualifié infraction (FQI) ou en situation de danger afin de leur permettre la meilleure réintégration possible au sein de la société.

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Interpeller pour plus d’accompagnement

Michel Di Mattia a basé son intervention sur un article de « La Libre Belgique » relatant le témoignage d’un mineur qui se décrit comme « délinquant sans autre choix ». Ce jeune homme livre son parcours : problèmes familiaux, décrochage scolaire, consommation de drogues douces et finalement expulsion du foyer familial. A la fin du séjour de rupture qu’il a suivi, ce dernier se retrouve seul sans accompagnement et sombre encore plus dans la délinquance avant d’être placé au sein d’une IPPJ. Le député PS a utilisé ce témoignage pour interpeller Valérie Glatigny, la ministre de l’Aide à la Jeunesse, à propos des mesures d’aide à l’égard des jeunes. Il lui a d’ailleurs demandé quels types d’accompagnements les services d’actions en milieu ouvert (AMO) proposent-ils à la fin du séjour.

La ministre a d’ailleurs répondu de manière courte sans affirmations ou chiffres précis : « Ce type de projet présente un intérêt en tant qu’alternative au placement ou suivi post-institutionnel », a-t-elle souligné avant d’ajouter : « Il serait utile de les ouvrir à tous types de jeunes confrontés à des difficultés, là où ils se trouvent. Toutefois, le public cible pour les séjours de rupture obligatoires, en tout cas pour l’instant, sont les jeunes ayant commis un FQI. »

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Une prise en charge jugée efficace sur le terrain

Et le terrain, il en pense quoi ? Directeur de l’AMO Vent Debout, Luc Mormont souligne que les deux projets pédagogiques mis en place au sein de sa structure comprennent un accompagnement des jeunes sur la longue durée : « Il est proposé aux jeunes de réaliser un séjour au Maroc de 12 semaines et demie. Un mois de préparation a lieu en amont et lors de leur retour les jeunes sont suivis pour une durée de trois à cinq mois. Tout le long du projet, nous travaillons avec les familles. Le deuxième projet pédagogique proposé est d’une durée d’un mois. Lors de leur retour, les jeunes qui en ressentent le besoin peuvent avoir accès à une panoplie de différentes prises en charges aux durées illimitées. Par exemple, ils peuvent être en internat en semaine et le week-end rentrer chez leur famille ou au sein de notre structure. Après le séjour, la durée de suivi de chaque jeune n’est pas limitée. »

De plus, le directeur souligne que les AMO sont déjà ouvertes à des jeunes qui n’ont pas commis de FQI mais qui se trouvent dans des situations présentant une dangerosité pour leur bien-être : « Au sein de notre structure, 50% des jeunes pris en charge ont commis des FQI et 50% sont des jeunes qui viennent d’un contexte difficile. »

Aussi, la logique des séjours de rupture n’est pas de punir mais de permettre aux jeunes de se découvrir et d’avancer. « 50% des jeunes avec qui nous travaillons viennent de sortir d’une IPPJ, ils ont déjà purgé leur peine. Ces jeunes doivent absolument montrer patte blanche et nous prouver que l’on a raison de croire encore en eux. La plupart du temps, cette dynamique fonctionne et les jeunes en ressortent grandis », souligne Luc Mormont. Il conclut : « Ceci s’explique par le lien qui se créer avec les professionnels qui travaillent avec eux. En leur offrant une liberté et en prenant le temps d’écouter leur faiblesse, une confiance s’installe pour leur permettre d’avancer au mieux. »

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A.T.



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