Le débat s’amorce entre les soignants et le gouvernement

27/05/20
Le débat s'amorce entre les soignants et le gouvernement

Il était temps. Après des semaines compliquées, les soignants et les représentants politiques se réunissent peu à peu autour de la table. Au menu de ces négociations : la revalorisation salariale d’un secteur qui s’est démené pendant la crise sanitaire. Pénibilité, sous-effectif et salaires bas sont ce que combattent les soignants, au même titre que le virus. Et le gouvernement commence à prêter l’oreille.

La relation soignants-gouvernants a connu des hauts et des bas ces derniers temps. Il y a quelques jours, une centaine de membres du personnel de l’hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles, choisissaient de tourner le dos à la délégation de la Première ministre Sophie Wilmès, venue à leur rencontre. La cause de cette action très médiatisée ? Les arrêtés royaux pris par Maggie De Block prévoyant notamment la possibilité de réquisitionner le personnel soignant si besoin.

Après plusieurs semaines d’efforts constants, les infirmiers ont évidemment mal accueilli cette décision. Cela a fini d’empirer cette relation, déjà mise à mal par les demandes de revalorisation salariale portées par le personnel soignant et restées sans réponses du côté des politiques.

C’est justement de cela que se sont entretenus Arnaud Bruyneel, infirmier aux soins intensifs et Président de SIZ-Nursing ainsi que Philippe De Backer, le ministre en charge de la gestion de l’approvisionnement en matériel pour la protection personnelle et du diagnostic du Covid-19, sur le plateau de RTL, durant l’émission « C’est pas tous les jours à venir ».

Selon Arnaud Bruyneel, le manque d’infirmiers est l’une des causes de la mortalité élevée du pays durant la crise sanitaire. Il explique : « Cela a été démontré scientifiquement depuis 15 ans. (…) Si on augmente de 10% le nombre d’infirmiers, on diminue de 7% la mortalité des patients. En moyenne un infirmier en Belgique peut prendre 11 patients en charge. On devrait étendre ce chiffre à 8 patients maximum ». Cela fait partie des récriminations régulièrement entendue dans les témoignages de soignants : l’incapacité de pouvoir soigner tout le monde, de se dédoubler… et par conséquent, l’obligation de faire des choix quant aux personnes à prioriser.

Manque d’attractivité : les salaires et la pénibilité en cause

Cela fait notamment partie des choses que dénoncent les acteurs du secteur des maisons de repos. Le ministre Philippe De Backer, lui, développe : « Je comprends très bien la situation difficile vécue par les infirmiers et les médecins dans les hôpitaux, les maisons de repos. (…) On a investi durant cette crise. On a mis à disposition un milliard d’euros dans les soins de santé. On a donné la possibilité de faire des heures supplémentaires. On a aussi investi dans les premières lignes de soins de santé ».

Autre point de désaccord entre les deux hommes, l’impact de la crise sanitaire sur l’attractivité du métier de soignant. Philippe De Backer en est persuadé, le manque d’attractivité de la profession, « ce n’est pas qu’une question de salaire. Il faut aussi regarder comment remplir le cadre qui est déjà prévu maintenant pour que les gens commencent à étudier et travailler sur les premières lignes ».

Pour Arnaud Bruyneel, infirmier en soins intensifs et président de SIZ-Nursing, les réponses se situent plutôt au niveau de la pénibilité. « A chaque fois, on parle de la pénurie infirmière parce qu’il n’y pas assez d’étudiants ou de jeunes qui s’engagent dans la profession. Mais la pénurie est due avant tout au fait que nous travaillons en temps partiel, le métier est pénible, mais aussi car on ne fait pas une durée de carrière complète. Les gens arrêtent après 10 ans de carrière. Il faut rendre le métier moins pénible comme ça les infirmiers vont faire une carrière complète ».

Ce à quoi le ministre De Backer a répondu : « C’est encore le choix des gens de choisir où ils veulent travailler. On ne va pas obliger les gens à travailler 40 ans dans la même situation. Durant cette crise, on a investi beaucoup dans ces métiers-là. Le signal est bien compris du côté du gouvernement. On a retiré les arrêtés royaux ».

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