Le personnel des hôpitaux publics, dommage collatéral de la crise sanitaire

Le personnel des hôpitaux publics, dommage collatéral de la crise sanitaire

La crise du Covid-19, bien que relevant d’un inconnu sanitaire, a mis en exergue la fragilité des institutions de la santé ainsi que la profonde dégradation des services publics. Carine Rosteleur, permanente syndicale à la CGSP, lance un regard sans concession sur la gestion de la pandémie en Belgique. Elle tire la sonnette d’alarme : « Quelque chose de très grave est en train d’arriver au niveau des hôpitaux publics ! »

La crise du secteur des soins de santé ne date pas de ces derniers mois. L’arrivée du Covid-19 n’a fait que révéler une gestion et des choix stratégiques incohérents. Si on peut mettre sur le dos de la crise le caractère inconnu et soudain du virus, la gestion du matériel, les moyens alloués aux différents secteurs de la santé et la reconnaissance pour les travailleurs, ne doivent rien à celle-ci. La crise, pour Carine Rosteleur, permanente syndicale à la CGSP, a révélé un profond manque de communication ainsi qu’une opacité gouvernementale criante.

« Au niveau fédéral, la manière dont Maggie De Block a géré tout cela, ce n’était qu’une fois de plus un manque de respect pour le secteur des soins de santé. Dire que le gouvernement n’était pas au courant, c’est faux. J’ai un ami médecin-chercheur qui est à Wuhan. Dès qu’il a vu ce qui était en train d’arriver à la Chine, il a envoyé une lettre avec des recommandations au gouvernement. Rien n’a été anticipé. Il n’y a pas eu de prévention, il n’y a pas eu de test, ni d’isolement des cas positifs. Les Chinois qui arrêtent de travailler, c’est presque Star Wars quand même », dénonce la représentante syndicale.

L’hôpital public dans le rouge

La crise sanitaire n’a pas du tout enterré les revendications du secteur non-marchand. Avec le déconfinement, les mobilisations reprennent. Sur la même lignée que les Blouses Blanches, les travailleurs de l’ensemble du secteur appellent au refinancement du secteur des soins de santé à la fois au niveau fédéral, mais aussi au niveau régional. Dans la gronde prononcée par les trois syndicats à la base de la manifestation, les slogans portent les revendications : « Du fric pour l’hôpital public ! Du blé pour la santé ! Maggie, t’es foutue, les soignants sont dans la rue ».

Le constat est simple : le secteur des soins de santé a été source de trop nombreuses restrictions économiques et ne peut plus continuer à fonctionner de la sorte. Le service public de santé se meurt, et il ne peut avoir une société en bonne santé sans un service public lui-même en bonne santé.

« La réponse de Maggie De Block pour le moment est simple. Elle veut aligner les salaires du privé et du public, mais cela ne peut se faire comme ça, ce ne sont pas les mêmes conventions. Dans le public, les salaires sont négociés selon plusieurs paramètres : carte sociale, budget des hôpitaux… Et même, les barèmes risquent d’être baissés pour certains nouveaux engagés, on ne peut pas négocier ainsi. Baisser certains pour en augmenter d’autres, cela est juste impensable. La ministre nous a alors répondu que si c’était ainsi, cet argent irait au privé. Les pratiques de la ministre, nous les connaissons que trop bien. Depuis quatre ans, les négociations ne sont que du chantage », précise la représentante CGSP.

« Un financement des hôpitaux après la crise quasiment absent »

« En diminuant le financement des hôpitaux, la variable d’ajustement la plus simple, c’est le personnel. Quelque chose de très grave est en train d’arriver au niveau des hôpitaux publics. Le gouvernement a annoncé un plan de financement et d’aides pour les hôpitaux. Alors oui, le gouvernement va compenser les surcoûts de la prise en charge des patients Covid-19 que représentent les tubas, le transport, les blouses, les masques… Mais aucun budget n’est débloqué pour la perte financière des activités de l’hôpital autre que celle du coronavirus. Il faut savoir que les opérations et autres prises en charge de pathologies représentent un financement non négligeable pour les structures hospitalières. C’est une rentrée d’argent cruciale pour éviter un déficit colossal. Par exemple, l’hôpital Saint-Pierre durant les mois de mars, avril et mai où cette rentrée d’argent n’a pas eu lieu, a enregistré une perte financière de 30 millions d’euros », alerte-t-elle.

Si la crise sanitaire est des plus préoccupantes et loin d’être du passé, la crise sociale qui se profile et qui semble être plus féroce que les précédentes, n’est pas à prendre à la légère. Et cela est déjà visible à l’intérieur des maisons de soins et de repos qui ont enregistré de très nombreux cas de décès. Cela engendre alors des lits vides et une perte d’argent pour les structures qui vont réajuster leur budget avec la variable d’ajustement la plus facile à changer : le personnel. « Un lit vide dans une maison de repos coûte de l’argent, il faut donc diminuer les dépenses et cela se traduit par des licenciements », confirme-t-elle.

La sécurité sociale malmenée

De plus, la sécurité sociale, qui est un enjeu majeur en Belgique, voit son mécanisme de financement changer. Une donnée qui risque fortement de perturber un équilibre déjà bien instable. « Avant, il y avait un budget alloué par année et si les dépenses avaient été supérieures, l’Etat finançait. Alors que là, ce gouvernement a décidé d’arrêter ce type de financement. Ce sont les autres secteurs qui doivent diminuer leur budget pour équilibrer à nouveau la balance de financement. Donc, il y aura une conséquence sur le budget social », précise la déléguée syndicale à la CGSP.

La crise sanitaire combinée avec ce changement de financement de la sécurité sociale peut donc propulser une crise sociale profonde. Il y a, et il va y voir de grosses dépenses au niveau de l’INAMI pour compenser ce besoin de soins de santé. Il va falloir diminuer les pensions, les allocations sociales et donc toucher potentiellement aux plus précaires.

« J’ai proposé au ministre régional bruxellois Alain Maron deux choses pour limiter l’impact économique ainsi que la crise sociale dans les hôpitaux publics. Diminuer le temps de travail tout en conservant les salaires, embaucher et soulager les équipes soignantes. La deuxième chose est d’augmenter les normes d’encadrement. On n’a pas encore de réponse, mais bon, je me doute bien de la suite de ces propositions... », conclut Carine Rosteleur.

B.T.



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