Le service de pédopsychiatrie démuni face à la détresse des adolescents

Le service de pédopsychiatrie démuni face à la détresse des adolescents

Le seul service d’urgence pédopsychiatrique du Brabant Wallon manque de places d’accueil depuis plusieurs mois. Les adolescents en proie à des troubles inquiétants défilent mais ne sont pas pris en charge, se retrouvant seuls face à leurs démons.

Les jeunes adolescents sont en réelle souffrance, à tel point que certains se laissent mourir pour échapper à la morosité du quotidien, à leurs angoisses de décrochage scolaire ou encore à l’ambiance familiale trop pesante.

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Le cri de détresse des adolescents

Depuis 6 mois, le service d’urgence pédopsychiatrique du Brabant wallon reçoit des appels par milliers de parents désorientés qui ne savent plus comment venir en aide à leur adolescent en souffrance.

‘’Depuis des semaines, je ne peux que constater l’augmentation des demandes de consultations et d’admissions aux urgences. Prise dans la gestion de ces situations de détresse, j’hésite à prendre la plume pour parler de notre réalité, mais mon téléphone sonne, une jeune est en crise alors je la pose’’, raconte Aurélie Georges, psychologue aux Cliniques Saint Pierre d’Ottignies dans La Libre.

‘’Et puis ce week-end, j’ai entendu ce père dont la fille s’est suicidée à l’aube de ses 18 ans, et j’ai eu le sentiment de ne plus avoir d’autre choix que de saisir cette plume à pleine main pour inviter les politiques et autres décideurs à quitter leur bureau pour franchir les portes des urgences psychiatriques’’, continue la psychologue.

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Le tri des patients a commencé

Après un premier confinement en mars dernier, les cours ont à peine repris en septembre que déjà des jeunes se sont présentés aux urgences, anxieux de décrocher sur le plan scolaire avec le sentiment de courir derrière le temps perdu.

Fin octobre, les écoles sont passées en code rouge avec l’enseignement à distance, et les clubs de sport ont fermé. Au fur et à mesure, ces jeunes en manque de perspective ont débarqué aux urgences.

Dans le secteur de la santé mentale, un tri des patients a dû s’opérer. Les urgences ont accueilli rien que pour le mois de janvier 2021, deux fois plus de consultations de jeunes adolescents par rapport à janvier 2020. Plus de la moitié présentaient des idées suicidaires, des comportements d’automutilation ou étaient passés à l’acte, et un tiers de ces jeunes avait entre 13 et 15 ans.

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Des listes d’attente jusque mars minimum

Le réseau du service de pédiatrie est saturé depuis longtemps et ne peut répondre à la hausse des demandes de consultations avant mars/avril.

‘’Comme le disait le Docteur Maes dans sa carte blanche, les services hospitaliers pédopsychiatriques sont l’équivalent des soins intensifs par temps de Covid  : peu de places disponibles, temps de prise en charge prolongé, nécessité d’un personnel extrêmement spécialisé et donc rare, il est impossible de multiplier ces disponibilités ‘’, raconte Aurélie Georges, psychologue aux Cliniques Saint Pierre d’Ottignies dans La Libre.

Les services d’urgence ont donc, malgré eux, commencé à trier et à hiérarchiser les patients par ordre de souffrance, et ont limité le temps dont un jeune peut bénéficier des services psychiatriques.

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Attaquer le problème à la racine

Il est essentiel que les politiques se rendent compte que le secteur de la santé mentale ne pourra pas gérer à lui seul les troubles psychiques des adolescents.

Plus de la moitié des jeunes hospitalisés n’ont jamais eu affaire à la psychiatrie. Il est donc de bon sens de penser qu’il faut que les nouvelles mesures agissent avant que le jeune et sa famille n’envisagent la pédopsychiatrie comme ultime alternative. Ainsi, il faut déconfiner la jeunesse loin des lits de la psychiatrie, et leur proposer avant tout du lien social et du partage d’expérience, notamment dans les écoles, les clubs de sport et autres lieux de vie.

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Des solutions alternatives d’hébergement

Les familles, elles-mêmes fragilisées par la crise du coronavirus, ne peuvent pas assumer seules la souffrance de leur adolescent. Ainsi, la création d’hébergements non psychiatriques est une alternative. À noter que beaucoup de jeunes qui se présentent aux urgences ont juste besoin de lien, d’échappatoire, d’art, de musique et de rire.

‘’Chers ministres, nous ne prescrivons pas des fêtes étudiantes alcoolisées ni des rassemblements familiaux sans geste barrière ni l’ouverture des pistes de ski. Nous vous implorons d’être créatifs et de penser à des solutions en amont de la chute et du désespoir. Nos enfants et nos adolescents vont mal et seuls, nous ne tiendrons pas’’, termine la psychologue dans La Libre.



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