Assurance autonomie : l’histoire d’un projet qui tombe à l’eau

Assurance autonomie: l'histoire d'un projet qui tombe à l'eau

Le destin ne tient parfois qu’à un fil… ou à une place dans l’hémicycle. Cette fois-ci, les Parques ont jeté leur dévolu sur l’assurance autonomie. Elle ne sera pas votée sous cette législature. Derrière la toile, une ministre et un secteur en colère.


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D’ici 2060, le nombre des personnes de plus de 80 ans aura doublé. Un constat qui a mené à la réalisation du décret «  assurance autonomie  ». Véritable nouveau pan de la sécurité sociale, il prévoit la création d’aides pour les personnes en perte d’autonomie. Enfin, il prévoyait. Depuis la défection de la députée Patricia Potigny, le gouvernement n’a plus la majorité au gouvernement. Or, PS et ECOLO ne veulent pas en entendre parler, de cette fameuse assurance.

Une émotion  : la colère

La colère. C’est la première émotion qu’a ressenti Alda Greoli, ministre wallonne de la Santé et initiatrice du projet. «  Cette assurance, ce n’est pas un gadget. C’est le rajout d’un pan entier de la sécurité sociale. Un morceau de couverture qui n’existe pas en Belgique francophone. Et pour un fifrelin, une personne, tout cela passe à la trappe  ? Alors, oui, j’étais en colère  ».

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Une assurance qui existe au nord du pays depuis 2001 et dont le secteur attendait beaucoup. «  Cela fait plus de cinq ans que l’on demande la création d’une assurance autonomie. Les chiffres le montrent, la population wallonne est toujours plus vieillissante. C’était donc une urgence de mettre en place des solutions  », nous explique Elisabeth Degryse, secrétaire nationale de la mutualité chrétienne.

Selon le planning initial, l’assurance autonomie devait rentrer en application d’ici 18 mois. «  Avec cet abandon, qui sait ce que fera le prochain gouvernement  ? Est-ce que ça va de nouveau prendre quatre ans de travail à mettre en place  ?  ». La secrétaire nationale demande aux parlementaires d’ouvrir les yeux et de prendre de la hauteur. «  Est-ce que le secteur est totalement satisfait de la mesure telle qu’elle est maintenant  ? Non. Est-ce que c’est le système idéal que propose la ministre Greoli  ? Non. Mais, au moins, il y en a un ».

Une assurance qui fait débat

Concrètement, le décret est constitué de deux branches distinctes. Une première qui donne droit à des interventions à domicile des SAFA (Services d’aide aux familles et aux aînés) et une deuxième qui octroie une allocation. Les deux sont accordés aux personnes en perte d’autonomie. En contrepartie, chaque wallon de plus de 26 ans doit régler une cotisation de 36 euros/an, excepté certaines conditions.

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Pour certains, c’est l’assurance de ne pas tomber dans le tout-au-marché. «  Aujourd’hui, les Services d’Aide à Domicile ne peuvent pas aider tout le monde, ils sont débordés. Alors, certaines personnes se tournent vers d’autres solutions. Ils vont faire appel à des entreprises qui vont les faire payer 800 ou 1000 euros  ! Ou, alors, prennent un travailleur au noir  », se désole Elisabeth Degryse.

Pour d’autres, le décret n’en fait pas assez. ECOLO et PS, partis de l’opposition, ont, en de maintes occasions, déclaré leur désaccord avec le projet de décret. Dernière en date, l’approbation final de l’assurance par le gouvernement. Le parti socialiste avait alors déclaré qu’il s’agissait "d’une taxe forfaitaire et injuste". Tandis que les verts avaient reproché au projet d’assurance une cotisation low-cost et anti-sociale.

Une priorité pour l’avenir

Aujourd’hui, la donne a changé. Seulement les projets de décret faisant l’unanimité entre ECOLO, MR, PS et CDH sont portés devant le Parlement Wallon. Bye Bye réforme APE. Bye Bye assurance autonomie. Un coup dur pour sa génitrice, Alda Greoli. «  Nous parlons, ici, de réels enjeux. D’un projet qui a été mené pendant quatre ans avec le secteur. Mais, pour des raisons politiques et électorales, tout est bloqué  ». Une chose est sûre, l’assurance autonomie sera la priorité première de la prochaine législation pour le parti humaniste. «  Nous ne signerons pas un accord du gouvernement qui ne prend pas en compte ce décret  », déclare la ministre de la Santé.

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Même si elle est faible, Elisabeth Degryse et Alda Greoli entrevoit encore une lueur d’espoir. «  On ne sait jamais qu’il y ait un sursaut de lucidité  », annonce la ministre. Pour la secrétaire nationale de la mutualité chrétienne, tout est dans la main des parlementaires. «  Après tout, c’est eux qui décident de quand ils s’arrêtent de travailler. Ils clament, depuis quelques temps, un havre de transparence et la politique avec un grand P. Alors, qu’ils montrent qu’ils sont prêts à travailler pour bien commun ». Et, s’il n’est pas adopté sous cette législature, Alda Greoli entend bien que le décret soit adopté le plus tôt possible. «  Vers septembre ou octobre 2019. Le dossier est prêt à recevoir son successeur  ! ».

La cotisation  : le détail qui fait grincer des dents

Pour peu qu’on s’en rappelle, l’assurance autonomie a toujours été un sujet délicat et loin de faire l’unanimité, aussi bien dans le secteur que dans le parlement. Pointée du doigt, la fameuse cotisation forfaitaire (36 euros/an pour tous les wallons de plus de 26 ans). Même si elle prévoit des exceptions, comme la réduction de moitié pour les bénéficiaires de l’intervention majorée, certains la désigne comme une taxe anti-sociale.

«  Beaucoup aurait aimé une perception à la source et donc au niveau des impôts. Une solution qui aurait permis que le coût fluctue plus facilement en fonction du revenu des personnes », explique Elisabeth Degryse. «  Evidemment la proposition qui est en ce moment sur la table n’est pas parfaite. Mais, au moins, elle répond à un enjeu important. Et, puis, ce n’est pas non plus un texte figé  ». Système du pied dans la porte, la mutualité chrétienne espère bien que des améliorations seront apportées, au fil du temps. Reste à savoir si l’assurance autonomie sera un jour mise en application. Pour le savoir, rendez-vous le 26 mai prochain.



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