De nombreuses maisons de repos conservent l'interdiction des visites

De nombreuses maisons de repos conservent l'interdiction des visites

Le Conseil national de sécurité a pris la décision d’autoriser les visites dans les maisons de repos afin de rompre la solitude des résidents. Cette mesure a été la cible de nombreuses critiques émanant du secteur. Il la juge contraire aux efforts déployés pour protéger les ainés et dénonce un manque de concertation avec le terrain. Conséquence : de nombreuses maisons de repos, aux quatre coins du pays, ont annoncé qu’elles allaient conserver l’interdiction, malgré le feu vert des autorités.

Autoriser la visite d’un proche désigné par résident, à condition que celui-ci ne présente aucun symptôme de la maladie depuis deux semaines et pour autant que ce visiteur soit toujours le même. Dans le secteur, personne ne remet en cause le fonds de la mesure : protéger la santé mentale des aînés et limiter leur isolement social. Non, le souci est ailleurs...

De nombreuses voix issues du terrain estiment qu’elle aurait pour conséquences dramatiques de malmener les mesures de précaution, de favoriser la propagation du coronavirus mais également d’introduire la maladie dans des maisons de repos qui sont actuellement épargnées par la pandémie. D’autres observateurs s’insurgent également contre l’absence totale de concertation avec le terrain, apprenant la mesure en même temps que le reste de la population.

Une mesure, nombreuses questions

« Ces structures, en particulier les MR(S) rassemblent un public fragilisé fortement touché par le Covid-19. L’admission de visiteurs nécessitera une procédure particulière à l’entrée comme à la sortie, contrôlée par du personnel des établissements. Ainsi, dans un établissement accueillant 100 résidents, cela signifie 100 visiteurs potentiels à gérer dans des conditions sanitaires strictes avec, parfois, du personnel lui-même écarté pour cause de maladie... Nous devons également avoir préalablement une vue claire et précise sur les foyers de covid-19 (besoin de tests et de leur résultats), de matériel de protection individuel en suffisance et correctement utilisé, selon des directives claires », a noté Unessa, fédération de gestionnaires d’institutions représentant quelque 900 services actives dans l’accompagnement, l’aide et les soins aux personnes, en Wallonie et à Bruxelles.

Il se pose assurément la question du comment. Comment mettre en place cette disposition ? Comment assurer ces visites alors que ces structures sont frappées de plein fouet par un sous-effectif catastrophique et par un manque de matériel ? Comment fera le personnel d’entretien, déjà surchargé, pour faire face à ce va et vient supplémentaire ? Quelles mesures précises devront prendre exactement les maisons de repos pour accueillir ces visiteurs ? Actuellement, le flou demeure sur ces questions pourtant élémentaires… Face à ces nombreuses incertitudes, bon nombre de maisons de repos du Royaume ont pris la décision de ne pas adopter cette règle et de conserver l’interdiction, au grand dam de nombreuses familles de personnes âgées.

Une levée de boucliers généralisée

En Wallonie, très vite, des gestionnaires des maisons de repos ont annoncé leur volonté de ne pas mettre en pratique cette mesure. L’Intercommunale de Santé Publique du Pays de Charleroi qui gère plusieurs maisons de repos a ainsi choisi de ne pas mettre en œuvre la décision issue du dernier Conseil national de sécurité. Même topo du côté du CPAS de Charleroi : « En l’absence d’instructions précises de la Région wallonne sur la décision fédérale rendant possible la visite d’un proche par résident de nos maisons de repos, nous avons décidé de ne pas appliquer cette mesure et de poursuivre les procédures mises en place depuis le 10 mars dans l’intérêt des familles, des résidents et de nos personnels respectifs », a annoncé le président Philippe Van Cauwenberghe.

Maxime Prévot, le bourgmestre de Namur, a de son côté pris une ordonnance communale pour interdire les visites en maisons de repos jusqu’à nouvel ordre et à tout le moins jusqu’à la fin du mois d’avril. Cette interdiction vaut pour toutes les maisons de repos du territoire de la commune de Namur. « Aujourd’hui les maisons de repos sont, partout dans le pays et donc à Namur aussi, les principaux foyers d’infection du coronavirus. Plusieurs dizaines de décès ont déjà dû y être déplorés sur le seul territoire de notre ville. Le personnel se fait rare, avec un absentéisme qui monte en flèche et il se trouve véritablement sur les genoux. Il est aujourd’hui très compliqué d’y maîtriser la propagation du virus. Les testings du personnel et des résidents viennent seulement de débuter et devraient s’étaler sur 2 à 3 semaines. Une fois les résultats de ces tests connus, il faut logistiquement tout réorganiser dans la maison de repos pour isoler les malades du reste des résidents, et donc a fortiori de visiteurs. Comment, dans un tel contexte de crise aiguë, autoriser à présent les visites ? », a-t-il justifié.

Du côté de Bruxelles, la prudence est également de mise. « La reprise de visites (à des conditions très strictes) dans les maisons de repos va rendre de l’espoir et de la vie à nombre de résidents. Néanmoins, la mise en oeuvre sera concertée avec les actrices et acteurs de terrain, au plus vite. Écoute et souplesse seront de rigueur », a annoncé Le ministre bruxellois de la Santé Alain Maron.

Finalement, le gouvernement de Flandre a choisi de conserver l’interdiction des visites en maison de repos sur l’ensemble de son territoire et ce jusqu’à nouvel ordre. Un groupe de travail a été constitué afin d’analyser la situation et de mener des concertations avec les secteurs concernés.

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