Elections : les revendications de la Fédération des Services Sociaux

Elections: les revendications de la Fédération des Services Sociaux

En cette période de formation des nouveaux gouvernements, les acteurs de terrain sont nombreux à rappeler leurs revendications à celles et ceux qui intégreront prochainement les futures majorités. C’est au tour de la Fédération des Services Sociaux d’enfoncer le clou ! La FdSS-FdSSB dévoile ses priorités pour agir sur la précarité et améliorer la prise en charge des personnes précaires.


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Comment assurer correctement ses missions quand on est frappé par un sous-financement chronique ? Comment prendre en charge correctement la précarité quand on bénéfice de financements insuffisants ? Ces questions font malheureusement partie du quotidien de tous les services sociaux. Cette situation économiquement intenable impacte considérablement l’ensemble du système social-santé. « Les études démontrent qu’une première ligne forte et engagée permet de régler la majeure partie des problématiques des personnes touchées par la précarité », rappelle dans son mémorandum la FdSS-FdSSB. « Dans ce sens, l’accueil et le travail communautaire (dans et hors des murs) sont essentiels. L’accueil dans les services de première ligne est d’une importance majeure. » Autre constat pointé par la Fédération : l’individuation des droits sociaux et l’hyper responsabilisation des individus a des conséquences désastreuses comme des effets de repli et de non-recours.

Elle préconise donc le développer le travail social communautaire. Pour améliorer la situation, elle recommande évidemment, en premier lieu, de renforcer les financements des services sociaux de première ligne et de soutenir leur lisibilité et leur visibilité. Elle propose également de développer, en collaboration avec les acteurs sociaux et de santé de première ligne des espaces de quartier. Notons encore cette revendication : le soutien à des initiatives qui déchargent les directions de la gestion complexe des asbl, citant le projet de logiciel Topaz initié par ASSOSS.

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Non-recours à des droits et des services

La FdSS rappelle ce constat alarmant : « Les personnes en situation de précarité sont surexposées aux phénomènes de sous-protection sociale. » Ces citoyens n’ont pas recours à des droits et des services qui leur sont pourtant accessibles, ce qui a un impact négatif non négligeable sur leur situation sociale mais également sur leur santé.

Pour la Fédération, plusieurs factures peuvent expliquer cette situation. Elle pointe tout d’abord la non-connaissance, soit le fait que les personnes ne soient pas informées ou ne saisissent pas l’information communiquée. Vient ensuite la non-demande : « les personnes ne formulent pas la demande d’aide suite à une expérience négative avec les institutions sociales, par crainte de représailles ou parce qu’elles refusent d’endosser le statut d’allocataire vécu comme stigmatisant », définit-elle. Le non-accès est un autre point développé dans le mémorandum. Ce concept s’appuie sur le fait que certaines personnes qui expriment leur besoin d’aide n’ont pourtant pas accès au service ou au droit. En cause ? Des critères, des démarches et/ou du processus administratif bien trop complexes.

Notons encore la non-proposition. « Les professionnels ne proposent pas le service à une personne qui pourrait en bénéficier car les professionnels n’en ont pas connaissance ou ne comprennent pas les processus d’accès aux droits, à cause de la complexification générale du système. » Un constat qui se vérifie aisément sur le terrain. « Très peu d’usagers ont une vue d’ensemble sur le secteur, mais ce qu’il faut savoir, c’est que les professionnels sont confrontés au même flou que les usagers », témoigne un travailleur social dans le mémorandum.

Finalement, l’exclusion. Des citoyens se voient refuser l’accès à des services suite aux modifications des conditions d’octroi et de maintien des droits, parfois imposées par les financeurs. Les travailleurs sociaux sont en première ligne dans la restauration des droits des personnes. La complexification des procédures a des conséquences majeures sur la nature de leur travail, alourdissant les tâches administratives au détriment des tâches d’accompagnement sur des aspects plus humains.

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Renforcer les services de première ligne

« En permanence, le moment où tu ouvres la porte et où tu serres la main de l’usager est déterminant. C’est là qu’il faut agir. Ça pèse énormément (…) Les 30 premières secondes doivent être consacrées à l’accueil », confie un travailleur social, à la FdSS. Ce témoignage éclaire bien la nécessité de revoir en profondeur le fonctionnement des services sociaux. Voilà pourquoi la Fédération suggère à nos futurs mandataires politiques de renforcer les services de première ligne, bas seuil et accessibles à tous, sans condition. Elle est aussi persuadée de l’urgence d’en finir avec la logique de conditionnalité des droits et services. Pour ce faire, il convient de changer sa manière d’agir, en cherchant et accompagnant les « personnes là où elles sont (« outreach », sortir des murs), quand elles sont là (sans différer la prise en charge) et faire en sorte de les accrocher dès les premiers instants. »

La mise en place d’une porte d’entrée unique, une forme de « guichet unique » des droits sociaux, chargée de la reconnaissance de tous les droits (santé, logement, emploi, etc.), en ce compris pour les personnes en perte totale de droits est également dans sa liste de revendications. « Ce qui permettrait aux institutions sociales (CPAS, institutions de sécurité sociale, institutions de soins, institutions actives dans le secteur du logement, etc.) de se recentrer sur leurs missions d’accompagnement, de fourniture de services ou d’indemnisation. »

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Accès à l’énergie et à l’alimentation de qualité pour tous

La Fédération se penche également sur la précarité énergétique et hydrique qui touche actuellement un Belge sur cinq. Les causes sont triples : factures trop élevées, logements défaillants et installations défectueuses et des revenus insuffisants. Pour changer la donne, elle propose de « soutenir et former les travailleurs sociaux afin qu’ils puissent résoudre les problématiques complexes liées à la libéralisation du marché du gaz et de l’électricité. Les services sociaux étant débordés par des demandes urgentes de maintien d’accès à l’énergie, il est primordial d’investir également dans des projets qui privilégient une approche longue et transversale afin d’assurer un accompagnement des ménages en précarité énergétique. »

Finalement, Fédération des Services Sociaux épingle qu’en Belgique, plus de 450.000 personnes ont recours à l’aide alimentaire pour s’en sortir au quotidien. « Sur le terrain, les services d’aide alimentaire tentent tant bien que mal de faire face à une demande toujours croissante malgré le manque de moyens qui leur sont alloués », alerte-t-elle. « Composées à 70% de travailleurs bénévoles, ces structures font face à des personnes qui vivent des situations de précarités complexes et extrêmes. La question de l’approvisionnement représente un véritable défi : équipement adapté (notamment camion), disponibilité, main d’œuvre, gestion des surplus, etc. » Comment améliorer cette situation ? Pour la FdSS, la réponse réside notamment dans l’installation d’un système alimentaire général, durable et inclusif, plutôt que de créer des systèmes particuliers, parallèles et stigmatisants pour les plus précarisés. Autre revendication : mettre l’accent sur le travail social communautaire pour concrétiser le droit à l’alimentation.

Pour lire la totalité du mémorandum de la FdSS, c’est par ici !



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