Maison de repos : "Les visites à nouveau permises ? Un échec cuisant"

16/04/20
Maison de repos:

Suite au Conseil national de sécurité de ce mercredi, la Première ministre Sophie Wilmès a annoncé de nouvelles mesures dont l’autorisation d’effectuer des visites dans les maisons de repos. Une décision qui fait grincer de nombreuses dents dans le secteur, dont notamment la CNE. « Que cherchent ces gouvernements ? On ne comprend plus rien. C’est un échec cuisant, un jeu de farce et attrape », s’est indigné Yves Hellendorff, Secrétaire National Non-Marchand.

« Je ne comprends pas/plus... Dans le contexte criant et à pleurer, entendre la possibilité d’une visite pour chaque résident.e ... Depuis que je viens d’ouvrir Facebook, je ne lis que la colère, le désarroi, l’incompréhension des délégués face à cette mesure ! Tous sans exception ! Quel respect de leur travail acharné au quotidien, pour être là aux côtés de leurs résidents comme ils disent, car ils les aiment et sont vraiment proches d’eux en ces temps confinés ! Ils les préservent les uns des autres, certaines maisons (et il y en a encore beaucoup) sont encore saines, ils en sont fiers et ne veulent en aucun cas y faire entrer ce virus. (…) Aujourd’hui, je suis fière de tous ces travailleurs. Qui viennent, la peur au ventre, prendre soin de leurs résidents. Quelle est votre reconnaissance ? Je suis verte de rage avec eux et je partage leur désarroi ! »

Voici un extrait du mail envoyé dans la nuit de mercredi à jeudi à Yves Hellendorff, Secrétaire National Non-Marchand de la CNE, par une permanente régionale. Cette réaction forte fait suite à la nouvelle mesure annoncée par la Première ministre Sophie Wilmès, suite au Conseil national de sécurité qui s’est tenu ce mercredi. Dorénavant, il pourra y avoir des visites dans les maisons de repos d’un membre de la famille (toujours la même personne, qui ne présente pas de symptôme). Cette autorisation concernera également certains établissements accueillant des personnes isolées incapables de se déplacer ou pour les personnes en situation de handicap. Sur le terrain, cette nouvelle disposition fait littéralement l’effet d’une douche froide.

Entre colère et incompréhension

Pour Yves Hellendorff, la mesure est totalement inacceptable, intervenant dans un contexte terrible voire cauchemardesque sur le terrain. « Quand on constate le nombre de cas de Covid-19 et de décès dans les maisons de repos et les maisons de repos et de soins. Quand on voit sur le terrain les difficultés que vivent au jour le jour les équipes pour assurer le bien-être des résidents, et les protéger de l’infection. Quand, après avoir attendu le matériel de protection en ayant le sentiment d’être « non prioritaire » pendant des semaines, et avoir vu ainsi s’insinuer la maladie dans de nombreuses institutions », rappelle-t-il. « Quand, après avoir demandé à corps et à cris qu’on fasse un dépistage généralisé, afin de séparer les résidents et le personnel malades, des autres. Quand, après avoir vu ses résidents en détresse, ne pas pouvoir rejoindre l’hôpital, ne pas pouvoir bénéficier d’une aide respiratoire efficace et suffisante. Quand, après avoir vu les collègues tomber comme des mouches. Quand, après s’être entendu dire que si on est dépisté positif mais qu’on n’est qu’un peu malade, on doit rester au boulot, avec un masque et faire comme tout le monde, si nécessaire nos 12h d’affilée. »

Pour lui, les acteurs du secteur, lourdement frappés par un manque de matériel et par un sous-effectif criant, sont aujourd’hui partagés entre la colère et l’incompréhension. Le syndicaliste s’insurge également contre le manque de concertation avec les employeurs et les syndicats. « Comment organiser sur le terrain, comment encore motiver et mobiliser le personnel dans cette lutte ? Peu importe… on décide et on verra après ! » Et de lancer à Sophie Wilmès : « On en a marre de cette façon de gérer la crise, Madame la Première Ministre. Vos refusez de nous recevoir. On vous écrit, un silence irrespectueux nous répond. Continuez comme ça, et demain, ou même peut-être avant, ce personnel réagira. Jusqu’à présent, il nous faisait confiance pour relayer ses préoccupations. Lorsqu’il verra que cela ne sert à rien, il risque de se tourner vers d’autres sirènes, … populistes, cette fois ! »

La situation était déjà particulièrement tendue dans nos maisons de repos, confrontée à un taux de mortalité alarmant. Pour les travailleurs du secteur, cette nouvelle mesure met de l’huile sur le feu...

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