Chronique d’un psy : "Une psychologue au Celeval : une bonne nouvelle ?"

Chronique d'un psy:

À l’affût de toute nouvelle actualité dans sa profession, T. Persons revient sur la nomination d’une psychologue clinicienne au sein du Celeval, une cellule d’évaluation chargée de remettre des avis nuancés dans le cadre de la lutte contre le coronavirus.

Le Celeval… Vous connaissez ? Non ? Allez ! Un petit effort, on vous a bassiné avec ce groupe d’experts tout l’été dans les médias à la même fréquence que l’on envoie le nouveau single de Garou dans les baffles grésillants de votre supérette du coin. Vraiment, ça ne vous dit rien ? Le GEES ! On change de nom, on change plus ou moins de casting et on envoie la sauce. Sophie Premier nous l’avait annoncé : Buiten les virologues, place aux lobbyistes, aux économistes et… aux psys.

Reprenons. Le Celeval est une cellule d’évaluation chargée de remettre des avis nuancés dans le cadre de la lutte contre le coronavirus que les autorités publiques ne suivront globalement pas. Une sorte de Covid Squad en somme – avouons-le, ça aurait quand même eu plus de gueule que le Celeval – qui va s’enquérir de l’avis de différents experts afin de mieux préparer le monde de demain. En soi, la démarche est louable, nécessaire et en dehors des trois péquenauds qui verront dans leurs délires complotistes, un signe présageant le retour de Voldemort, j’ai le sentiment qu’il faut se réjouir lorsque le politique demande le conseil de gens a priori compétents.

Évidemment, on peut grincer des dents en se rendant compte que la finance et l’économie sont bien représentés, mais en même temps, ils sont omniprésents à tous les niveaux de pouvoir, partout, tout le temps. Rien d’extravagant donc ! Là où on sort de la norme, c’est lorsque l’on constate que, perdue au milieu de la forêt d’experts bardés de titres pompeux, une tête bien connue émerge : Ariane Bazan, Docteur en psychologie clinique, Professeur à l’Université Libre de Bruxelles, psychanalyste.

Y a-t-il un risque d’instrumentalisation ?

Complot ! Manipulation de masse ! Propagande ! répondront toujours les trois ahuris persuadés que le coronavirus a été créé au Vatican par l’Opus Dei afin de justifier un Nouvel Ordre Mondial. Certes, il pourrait être légitime de se poser la question : est-ce la place du psy ? Y a-t-il un risque d’instrumentalisation ? Oui, carrément. Doit-on s’inquiéter que le politique utilise les gens, en se targuant de prendre en compte l’avis d’un panel d’experts que l’on collectionne comme des cartes Panini ? On est en droit d’être sceptique.

Puis, je vous vois venir : pourquoi une psychanalyste ? Ça ressemble un peu à un début de blague : c’est l’histoire d’un médecin, d’un économiste et d’un psychanalyste qui se rassemblent autour d’une table. Je vous laisse deviner la chute… Alors certes, on peut critiquer le choix d’un expert plutôt qu’un autre et je laisse les associations professionnelles se déchirer autour du problème, mais finalement, ne peut-on pas se réjouir qu’à l’heure actuelle, même s’ils n’en feront peut-être pas grand-chose, les politiques considèrent que l’avis d’un psychologue est pertinent. On revient de loin, non ?

En conclusion, je souhaite bien du courage à Ariane Bazan, en espérant qu’elle arrivera à faire entendre le son de sa voix dans le brouhaha de la guerre d’ego d’experts en finance, en marketing ou en management. Soyons optimistes. Après tout, je préfère mille fois voir siéger une psychologue, toute psychanalyste qu’elle soit, plutôt qu’un administrateur de banque partisan de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.

T. Persons

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