Conditions de logement de nos bénéficiaires : un facteur essentiel à prendre en compte

Conditions de logement de nos bénéficiaires: un facteur essentiel à prendre en compte

En tant que travailleurs sociaux, nous nous attardons souvent aux circonstances de vie des personnes que nous aidons. Pourtant, il en est une que nous négligeons, alors qu’elle est essentielle : le logement. En effet, il s’agit de la base sur laquelle se construit le reste, et cette base est souvent très difficile à acquérir pour nos bénéficiaires. Pourquoi nous attardons-nous si peu sur cet aspect de leur vie, et qu’aurions-nous à gagner à le faire plus ?

Le logement est une donnée intime, ce qui explique peut-être la réticence de certains travailleurs à l’explorer. On navigue en eaux troubles avec le sujet du logement : il est parfois malaisé d’aborder cette thématique, tant on craint de paraître jugeant ou inquisiteur. Pourtant, il ne s’agit pas de perception ou de jugement, mais de droit fondamental et de la manière dont nous pouvons aider nos bénéficiaires.

Pierre angulaire de nos conditions de vie

Le logement est la pierre angulaire de nos conditions de vie. Il suffit de se référer aux projets « Housing First » pour en comprendre l’importance. Maslow, lui, l’avait bien comprise : il place le logement à la base de sa pyramide des besoins. Se sentir en sécurité, avoir suffisamment de nourriture, etc. Tant de besoins qui, s’ils ne sont pas satisfaits, empêchent la quête de réalisation des autres besoins. Malheureusement, trop souvent, ce besoin est ignoré par les travailleurs sociaux, ou traité à la légère. Ce qui n’est pas sans conséquences.

A la base de tout

Tant que les besoins de base ne sont pas satisfaits, personne ne peut travailler à satisfaire ses autres besoins. Par exemple, à partir du moment où nous avons faim, nous cherchons à manger, et non à être performant au travail. Il en va de même pour les autres besoins de base, comme un logement dans lequel on se sent, a minima, en sécurité. Très souvent, ce point fait défaut chez nos bénéficiaires, personnes précarisées et à la merci des marchands de sommeil et autres propriétaires peu scrupuleux, en ce compris chez les bailleurs publics.

Des personnes vulnérables

Trop souvent, nos bénéficiaires n’oseront pas se plaindre de leurs conditions de vie. La plupart du temps, parce qu’ils ignorent leurs droits et devoirs, ou craignent de précipiter leur mise à la rue en mécontentant leur propriétaire. Parfois, nos bénéficiaires sont aussi dans des conditions de vie qui rendent délicat le fait de récriminer, notamment lorsque ce sont des migrants illégaux, ou des personnes dont la nature et le montant des revenus compliquent la recherche d’un logement. Dans ces cas-là, c’est à nous de les aider, car ils sont d’autant plus vulnérables.

Dépasser la crainte de la visite à domicile

Se rendre au domicile des personnes est parfois difficile, car il s’agit de pénétrer la sphère privée. Une telle visite est souvent assimilée au contrôle social. Parfois, le travailleur, par confort personnel et professionnel, préférera recevoir les personnes à son bureau. Lorsqu’on est travailleur social de proximité, se passer d’une visite à domicile est un tort, car cela permet de se rendre véritablement compte des conditions de vie des personnes que nous aidons.

Des conditions de vie qui impactent tout le reste

Ces conditions sont souvent catastrophiques : équipements en mauvais état, logements parfois à la limite de la salubrité, etc. Comment est-il possible de se concentrer durant ses journées de formation lorsqu’on passe ses nuits à tousser car on est constamment malade à cause des moisissures présentes dans sa chambre ? Ou que les fenêtres sont tellement vétustes qu’il gèle à l’intérieur ? Comment peut-on équilibrer son budget lorsque l’on vit dans une passoire énergétique ? Que faire lorsque le mal logement impacte durablement la santé ?

Ce n’est pas une affaire privée

Cela peut sembler être un cercle vicieux, car sans amélioration de sa situation financière, il est difficile pour une personne d’améliorer son logement. Pourtant, une partie de notre rôle de travailleur social consiste à aider les bénéficiaires à améliorer au minimum leurs conditions de logement avant d’envisager le reste. Pour ce faire, il nous faut vaincre nos propres réticences, qui nous font croire que c’est une affaire privée ou un choix personnel. En effet, personne ne fait le choix d’une vie indigne.

MF - travailleuse sociale

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