Educateur spécialisé... oui, mais spécialisé en quoi ?

Educateur spécialisé... oui, mais spécialisé en quoi ?

L’éducateur bénéfice de la mention « spécialisé », une distinction incomprise et pourtant appropriée si on énumère les domaines possibles où un éducateur peut s’épanouir dans son métier.

Lorsque les gens me questionnent sur mon métier et que je réponds simplement « éducatrice spécialisée », j’entends « spécialisée en quoi ? ». J’avoue m’être posé plus d’une fois la question... déjà sur mon banc pendant mes études. Même entre étudiants, la question revient. C’est simple pourtant... et compliqué à la fois. Pour répondre, il faut avoir pratiqué. Car la théorie ne vaut en rien la pratique.

[DOSSIER]

- Non, tout le monde ne peut pas être éducateur
- L’éducateur et la sexualité de la personne handicapée, tabou ou hypocrisie ?
- État des lieux sur le titre non-protégé de la profession d’éducateur spécialisé

Déjà, si la mention « spécialisé » a été ajoutée, c’est tout simplement parce que le métier d’éducateur va plus loin que les pions des écoles. Sur nos diplômes, nous lisons « spécialisé en accompagnement psycho-éducatif » pour nous différencier du cliché des écoles. Le domaine scolaire n’est pas le seul lieu où trouver un éducateur en fonction. Dans sa formation, l’éducateur est formé pour tous les fronts possibles. Il en existe trois : les enfants, les adolescents et les adultes. Et de ces fronts en découlent d’autres qu’il faut apprendre à maîtriser. Et à me lire, on croirait partir en guerre... Ce n’est pas faux. Petit détour sur le métier.

L’éducateur intervient lorsque l’ordre social, familial, psychologique et/ou biologique se fracture. Il cherche à favoriser les potentialités des individus en détresse, à restaurer leur parole ainsi que leur identité, les confronte à la loi et à des choix de vie pour leur sécurité et leur bien-être. L’image à se faire de ce travail est complexe : profession multiforme et imprécise, pas de savoir ni de technique propres au métier, pratique du cas par cas... La formation de l’éducateur veut qu’il puisse prendre son envol avec tous les outils de base possibles. À partir de cette étape, selon l’endroit où il va travailler, l’éducateur va tout simplement chercher à se « spécialiser ». Et dans les spécialisations, autre que le scolaire, il y a du choix !

Sur une petite enquête menée auprès de 28 éducateurs et éducatrices, belges et français, je compte des éducs de jeunes enfants, des éducs en institution, des éducs de rue, des éducs du handicap, des éducs en maison de repos et même des éducs dans le spectacle. Et c’est loin d’être fini. Personnellement, je connais une éducatrice équine et un éducateur canin qui lient l’être humain à l’animal. Il existe certainement d’autres spécialisations selon la créativité et la motivation, car les éducateurs n’en manquent pas !

Comme tout métier, on découvre du blanc comme du noir. Pour ma part, en maison de repos, j’ai souvent les mains liées. Les projets ne manquent pas et il est possible d’accomplir de grandes choses tant que la détermination est présente. Et si j’ai les outils nécessaires pour agir, il me manque les autorisations, parfois l’intérêt général de l’administration. Ce qui est assez déprimant... Le positif, c’est que malgré une population âgée, je peux y découvrir de l’épanouissement au quotidien. Chaque jour est différent et c’est cela qui me semble magique.

J’ai demandé à certains éducateurs et éducatrices de me conter ce qu’ils pensaient de leur métier et ce qu’ils vivaient dans leur quotidien, du bien comme du mal. J’ai retenu trois témoignages.

Josiane Desmarais, éducatrice à l’enfance, m’explique : "En premier lieu, on travaille pour les enfants et non pour nous. Nous devons observer les enfants et découvrir leur intérêt et ensuite bâtir des activités autour de cela. Notre mandat n’est pas de leur faire accepter nos intérêts à nous". De son côté, Michel Evrard, éducateur responsable d’un foyer médicalisé pour personnes handicapées mentales, me raconte : "J’ai choisi de me former en tant qu’éducateur spécialisé car je voulais des solutions, des réponses, une VRAIE mallette à outils...". Le dernier témoignage, anonyme, d’un éducateur travaillant auprès d’enfants placés par la justice, se défoule : "Ce métier est dur, parfois sale. On rencontre de nombreuses injustices qui nous poussent à nous jeter par la fenêtre. Je n’oublie pas que j’accompagne. Je relève la tête et je contamine mes protégés par mon plaisir de partager mon quotidien auprès d’eux."

Pour ma part, j’ai décidé d’être éducatrice spécialisée en gérontologie. Et même si je sais que la mort attend mes bénéficiaires, je les accompagne et les accompagnerai jusqu’au bout. Et je suis fière de mon métier et de ma spécialisation !

L’éduc Touche-à-Tout

[A lire] :
- Les travailleurs psycho-médico-sociaux peinent à se (re)lancer sur le marché du travail
- Bataille : éducateurs et ergothérapeutes en maison de repos et de soins
- Trop peu d’espaces CANTOU en Belgique !



Commentaires - 2 messages
  • Beau témoignage de professionnels pour lesquels j'ai personnellement une grande déférence quand l'intelligence dans la pratique se conjugue avec une vision réfléchie du sens social de ce métier.
    Nous avons besoin de vous et nous avons besoin de gens de qualité dans ce métier, continuons donc à le faire progresser pour qu'il soit accepté humblement dans nos besoins sociétaux !

    GogoLiège jeudi 16 mars 2017 16:14
  • Je profite de ce témoignage pour vous transmettre ceci: en mars 2017, j'ai pris ma pension à l'âge de 67 ans.Diplômée au titre d'éducatrice spécialisée", j'ai travaillé durant 45 ans , en continuant à me former. J'ai toujours aimé mon métier, mais le jour de ma prise de pension, lors de ma fête de départ, j'ai annoncé que dès à présent, je transformais le titre du métier "éducateur" en " artisan(e) du quotidien, créateur(trice) de liens, ces termes traduisent pour moi ce qu'est un éducateur.je propose que dès à présent, nous parlions des "artisans du quotidien"

    artisane jeudi 12 avril 2018 11:37

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