Inciter les chômeurs à l’entrepreneuriat, une manière de fabriquer des pauvres ?

Inciter les chômeurs à l'entrepreneuriat, une manière de fabriquer des pauvres?

Je constate ces derniers temps de plus en plus de mesures visant à inciter des personnes au chômage, parfois de longue durée, à se tourner vers l’entrepreneuriat. Créer son propre emploi … Un rêve qui peut vite tourner au cauchemar si la personne n’est pas bien préparée et entourée ! Quel est l’objectif de ce type de mesures ?

Nous savons tous qu’il y a plus de demandeurs d’emploi que d’emplois disponibles, c’est une réalité que même les statistiques ne parviennent à dissimuler. Parmi les postes à pourvoir, beaucoup sont précaires. D’autres requièrent des profils hautement qualifiés et ne restent pas longtemps vacants. L’idée d’aider des personnes en recherche d’emploi à créer leur emploi est donc très bonne, dans la mesure où elle répond, en théorie, à un double problème. Dans les faits, est-ce réellement efficace à long terme ?

Développer un projet viable

Ce n’est un secret pour personne, nous ne vivons pas dans un pays favorable aux indépendants, du moins aux petits. Dans un tel contexte, entreprendre demande beaucoup de compétences et de connaissance du système et de ses arcanes parfois bien complexes. D’une part, il faut un projet viable, ce qui n’est pas donné à tout le monde. L’économie de services se développe bien, contrairement aux secteurs primaire et secondaire. Outre un projet solide et rentable, il importe de bien maîtriser le système belge, extrêmement complexe en ce qui concerne les travailleurs indépendants. Ça non plus, ce n’est pas donné à tout le monde.

Des formules d’accompagnement

Une personne au chômage et qui désire entreprendre peut tester son projet via différentes formules : Tremplin vers un job, couveuse d’entreprise, etc. Le point commun de ces formules est la courte durée de la mesure : un an. Selon les modalités, on est plus ou moins accompagné. La couveuse permet de réellement lancer son projet, tout en ayant la garantie d’un accompagnement à tous niveaux et d’une allocation maintenue la première année. Cependant, on dit souvent qu’il faut compter trois ans pour jauger de la viabilité d’une entreprise et que cette dernière commence à rapporter suffisamment pour générer un revenu.

Exercer une profession demandée

Le point commun des entrepreneurs qui réussissent, malgré toutes les difficultés posées par notre système, est qu’ils exercent des professions demandées, répondant à un réel besoin. Ils sont infirmiers à domicile, kinés, médecins, ou exercent des professions techniques, en ayant un réel savoir faire, gage de bonne réputation. Ou encore, ils proposent des services avec un concept innovant, etc. Souvent, ils ont commencé en exerçant un emploi salarié dans ce domaine et ont lancé leur activité de manière complémentaire, afin de lui permettre de se développer, tout en s’assurant une sécurité financière. Dans d’autres cas, ils pouvaient compter sur le soutien temporaire de leur conjoint ou de leurs parents.

Maîtriser le système

Un autre point commun des entrepreneurs qui réussissent est leur connaissance du système belge, particulièrement compliqué, surtout au niveau administratif. Ils ont aussi la capacité à coiffer plusieurs casquettes ou à s’entourer de personnes compétentes, car à ce niveau, les erreurs peuvent coûter cher. Ce sont aussi des personnes qui vont travailler sans compter, ce qui n’est pas toujours aisé lorsqu’on sort d’une longue période d’inactivité professionnelle.

Une autre manière de penser son travail

Les compétences à développer sont multiples lorsqu’on désire entreprendre, et elles ne relèvent pas uniquement de celles propres à son métier d’origine. On se rend vite compte que ce métier d’origine représente une petite partie des tâches qu’il faudra effectuer pour développer et pérenniser son entreprise. Malheureusement, souvent, l’accompagnement des personnes désireuses de se lancer ne sera pas réalisé par des indépendants, ou des personnes qui l’ont été, mais par des salariés, qui ne réfléchissent pas dans la même logique, même si l’expérience leur permet parfois de compenser. Par contre, une fois lancé, le nouvel entrepreneur ne peut compter que sur lui-même : l’accompagnement s’arrête … A voir donc s’il parvient à développer ces compétences multiples qui lui seront nécessaires.

Vers une diminution des statistiques

À nous de bien réfléchir lorsque nous orientons une personne vers la création de son propre emploi. C’est un chemin parsemé d’embûches, et il faut un profil particulier pour y réussir. Les échecs et erreurs peuvent être lourds de conséquences pour le candidat. Chers politiciens, une diminution des statistiques vaut-elle cette peine ?

MF - travailleuse sociale

[Du même auteur]
- Et moi, émoi... De l’importance des émotions dans le travail social
- Pauvreté et justice sociale : quand la colère gronde
- 1.200.000 excuses...
- "Travailleur social " : fourre-tout institutionnalisé
- Travailleurs pauvres, les nouveaux bénéficiaires ?



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus