S’expatrier en tant que psychologue, une aventure...

S'expatrier en tant que psychologue, une aventure...

À une époque où voyager est relativement aisé, de plus en plus de personnes osent tenter l’expérience de l’expatriation. Mais le diplôme de psychologue s’expatrie-t-il si aisément ? Adelaide Lefevre, psychologue française, expatriée aux Phillipines, co-fondatrice du site Psy-Expat, nous livre son expérience.

L’expatriation en a déjà tenté plus d’un. Découvrir un autre pays, s’y installer et y travailler. Cette démarche demande de la souplesse, de bonnes capacités d’adaptation. Un certain don pour les langues est également un atout. Malgré ces qualités, la plus grande pierre d’achoppement reste la reconnaissance du diplôme du pays d’origine dans le pays d’accueil.

Bologne permet une plus grande mobilité en Europe

Le processus de Bologne a permis une harmonisation des enseignements supérieurs en Europe ; poursuivre des études dans un autre pays européen est donc devenu plus aisé. Par contre, au niveau de l’équivalence des diplômes, peu d’avancées ont été réalisées. A ce jour, il n’existe pas de mécanisme de reconnaissance automatique des diplômes universitaires au niveau européen. Chaque pays a sa propre réglementation en la matière. A. Lefevre explique que « lors de son passage de la France à la Belgique, j’ai simplement dû envoyer mon dipôme à la commission des psychologues belges, afin de pouvoir y être enregistrée. J’ai ensuite pu exercer librement dans une structure hospitalière comme psychologue ».

Quand on quitte l’Europe, le défi devient encore plus grand

En dehors de la zone européenne, les équivalences de diplôme sont parfois totalement inexistantes, il est nécessaire de refaire une partie du cursus universitaire ou bien son intégralité. Lorsqu’une équivalence existe, les démarches pour faire reconnaître son diplôme sont parfois longues et kafkaiennes. A. Lefevre constate qu’« en Asie, la plupart des pays préservent le titre de psychologue pour les travailleurs locaux. Les psychologues peuvent donc travailler en tant que consultants psychologues. Pour cela, ils doivent d’abord effectuer des démarches admnistratives compliquées et coûteuses pour obtenir un visa de travail. Le travail indépendant n’est parfois pas autorisé et nécessite de passer par une structure légale. Prendre un avocat conseil est souvent la meilleure des solutions pour s’orienter dans les démarches à suivre. Il faut donc bien penser son projet avant de partir, et ne pas se démotiver. »

Ne pas exercer dans sa langue maternelle

Le soin par la parole reste intimement lié à la langue maternelle. Il n’est donc pas toujours aisé d’exercer sa profession dans une autre langue. Le clinicien percevra-t-il toutes les nuances, lapsus et déclinaisons du langage du patient ? La tentation de poursuivre sa pratique dans sa langue maternelle est grande. C’est alors vers une population d’expatriés, tout comme lui, que le thérapeute se tourne. A Lefevre note que «  travailler en collaboration avec les lycées français, les ambassades francophones peut constituer une ouverture professionnelle. Néanmoins, le champ d’action reste réduit et se pose aussi la question d’une trop grande proximité entre le thérapeute et le public cible. »

De nouveaux projets émergent

Cette difficulté à s’inscrire dans le tissu professionnel du pays d’accueil pousse l’individu à démarrer de nouveaux projets, connectés au non à sa profession initiale. Adelaide Lefevre, associée à Gaëlle Pradillon, a d’ailleurs créé la plateforme internet Psy-Expat. Cette période d’expatriation peut aussi permettre l’éclosion de projets plus académiques, quitter la clinique au profit de la transmission du savoir, rédiger des articles scientifiques ou reprendre des études sous forme d’un doctorat. A. Lefevre raconte «  avoir entamé une formation à distance en analyse transgénérationnelle afin de maintenir le processus de formation continue. »

Plateforme internet Psy-Expat

A. Lefevre nous explique qu’« il s’agit d’un projet né d’un besoin réel et pressant de créer un réseau de psychologues francophones qui pratiquent hors des frontières de la France, de la Belgique et qui se retrouvent souvent isolés dans leur pratique clinique ». Elle constate que « tisser un lien entre les psychologues du monde permet à chacun de mieux repérer les ressources et d’avoir plus d’options pour travailler ensemble. »

Thérapie et Internet

Le recours à l’E-Thérapie constitue également une option. Cela permet au patient de poursuivre avec le même thérapeute, malgré l’expatriation de celui-ci. Cette approche, bien qu’elle commence à se répandre, reste parfois controvorsée dans le champ thérapeutique. A. Lefevre note par ailleurs que « les psychologues à l’étranger se trouvent également confrontés à la difficulté d’accompagner leurs patients lorsqu’un mouvement géographique survient de la part de ceux-ci. La vidéo-conférence n’est pas toujours facile et ne répond pas à tous les besoins. La plateforme réseau Psy-expat a également pour but de permettre une meilleure orientation du patient vers un autre clinicien à travers le monde. »

Plus d’infos : http://www.reseau-psyexpat.com

V.B, psychologue clinicienne

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