Le bulletin social : Politiques, tremblez !

Le bulletin social : Politiques, tremblez !

A l’honneur cette semaine dans le bulletin social : on retrouve un mentor hors du commun, un noble sport canadien et surtout une envie profonde de changement…

« Qu’est-ce que je vais devenir ? Je suis ministre, je ne sais rien faire » , L. de Funès (1971)

Alors qu’une bande de bras-cassés, mérinos mal peignés et autres bougres de faux-jetons à la sauce tartare s’amuse à confondre Bruxelles avec les bas-fonds de Gotham City, une interrogation vient jouer au curling dans l’espace de mes pensées : y-a-t-il un ministre pour sauver notre belle capitale ?

Ne nous méprenons pas, alors que l’on pourrait croire que je suis à la politique ce que le bouffe-curé est à la papauté, il n’en est rien. En effet, je le disais encore à un ami suffisamment proche que pour discuter de notre gouvernement fédéral sans que mon taux d’alcoolémie ne plafonne la dette Wallonne, que j’ai un profond respect pour l’arène du pouvoir public, même si je préfèrerais mille fois qu’on le considère comme un devoir public.

« Ça y est, tu recommences » me susurrât-il, tuant précipitamment mon monologue faisant l’aveu de mon désamour pour l’homme politique. Face à mon questionnement, il étaya ses propos : « Vous, les acteurs sociaux, êtes les premiers à critiquer l’exercice de haute voltige que représente l’acte de gouverner, mais fondamentalement, tu crois vraiment que tu ferais mieux ? »

Et là, comme un éclair de lucidité dans un week-end automnal moribond, j’eus une étrange vision : et si je faisais mieux ? Et si, finalement, le héros que le-tout-Bruxelles attendait pour retrouver de sa superbe d’antan, c’était moi ? Finalement qu’avais-je à perdre ? Sans crier gare, j’ai de suite appelé l’homme providentiel, celui qui pourrait faire de moi un élu politique, l’homme du possible ! Celui qui a réussi à caser ses rejetons de ce zoo gouvernemental tout en poussant le vice jusqu’à placer son morveux à la tête de l’état : j’ai nommé Louis Michel.

N’étant pas à son premier coup d’essai, je lui ai donc demandé clairement s’il ne savait pas me dégoter une place dans un cabinet quelconque, à la santé, aux affaires sociales, à la migration ou autre, histoire de me faire la main avant de sortir de l’ombre et d’éclore au monde avec grâce et volupté. « Ah ça, non ! » me répondit-il, intransigeant. « Chez nous, on ne fait pas dans le clientélisme, ça, c’est bon pour les bolchéviques et les sbires de l’autre Tartuffe à nœud papillon ». Première désillusion, je ne pourrai donc pas compter sur mes illustres contacts pour rentrer dans ce monde opaque. Etourdi par cette nouvelle, je me permis d’exprimer mes craintes : vais-je devoir faire des études, grimper les échelons au mérite de ma pugnacité et à la virulence de mes envies de changements ?

« Que nenni ! Ça, c’est bon pour les gauchiasses et les bouffeurs de graines de l’opposition ! Non, ce qu’il te faut, c’est passer à la caisse… ». En entendant ces propos, mon sang ne fit qu’un tour. J’entends bien que j’ai la réputation d’avoir autant de scrupules qu’un député fédéral bloqué à 3 heures du matin sur une aire de repos d’autoroute en pleine crise de Lupertite aigüe, mais il n’en est rien, Big Louis ! Jamais je ne vendrais mon corps pour toucher de près ou de loin à l’inaccessible pouvoir. « Mais qui te parle de sexe ? » me dit-il. « Je connais un gars, qui connait lui-même un gars qui, à raison de quelques versements anonymes « à la Kasakh » comme on l’appelle dans le jargon, pourrait t’avoir un poste dans un CPAS wallon ».

Après une crise de fou rire incoercible, je me permis de signifier à mon mentor que malheureusement, j’aurais du mal à financer ma carrière politique à coup de cachets que je touche pour les articles que je ponds dans le Guide Social. De fait, je n’ai pas un héritage politique qui me permet de puiser dans les ressources familiales mais, par contre, j’ai des idées, une vision, une envie de souffler un vent plus juste, équitable et compétent. « Une vision ? » ricana-t-il. « Je peux faire de toi un homme politique, mais va falloir éviter d’avoir des idéaux si tu veux durer… »

J’ai donc appris toutes les ficelles : savoir mentir, se taire, menacer, s’accrocher à son poste. Je sais maintenant pratiquer à souhait la langue de bois, excellant dans l’art de parler pour ne rien dire, jouissant d’un vocabulaire varié où mes mots préférés sont : contrôle, pouvoir, délation. Je suis fin prêt pour me jeter dans le bain et je me rends compte que finalement, je deviens petit à petit ce que j’ai toujours critiqué. Suis-je réellement l’homme de la situation qui sauvera Bruxelles ? Négatif ! Ai-je les capacités pour devenir un bon politicien ? A l’heure actuelle, j’aurais tendance à dire oui. L’homme politique peut-il sauver Bruxelles ? Je ne crois pas…

En conclusion, n’allez pas croire que je fais des généralités et que je range tous nos élus dans le même hémicycle. A la question de savoir s’il y a en politique des hommes et des femmes compétents, bourrés d’idéaux démocratiques, gonflés à l’empathie et aux sentiments d’humanité, je vous dirais oui, certainement ! Par contre, s’il me faut répondre à la question : y a-t-il des politiques véreux qui vous donnent envie de vous fracasser la tête à coup de pic à glace ? Je vous dirais que j’ai maintenant passé suffisamment de temps avec mon mentor pour vous éclairer sur le sujet, tout en évitant soigneusement de répondre à cette question…

T. Persons

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