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Margaux, infirmière urgentiste : "Il n’y a pas de routine aux urgences !"

Margaux, infirmière urgentiste :

Infirmière urgentiste, un métier qui n’est pas de tout repos ! Découvrez le témoignage de Margaux, infirmière urgentiste, qui a eu besoin d’un break pour continuer à aimer son métier.

Le Guide Social : Est-ce que tu pourrais te présenter ?

Margaux : Je m’appelle Margaux Reymakers, j’ai 27 ans et je suis infirmière urgentiste depuis 4 ans. Cela ne fait cependant pas 4 ans que je pratique ; j’ai aussi pris une pause carrière pendant un an, durant laquelle j’ai travaillé à l’étranger.

Le Guide Social : Pourquoi avoir fait le choix d’être infirmière urgentiste ?

Margaux : Avant toute chose, j’ai fait le choix de devenir infirmière. Ça n’a pas été un choix évident. À la fin de mes études secondaires, je ne savais pas du tout ce que je voulais faire. Je savais que je voulais un métier de contact social et que j’aimais la biologie, la médecine. Par élimination, je me suis retrouvée face à deux choix : infirmière, ou médecin.

J’en ai discuté autour de moi et je me suis souvenue de ce que quelqu’un m’a dit un jour… “Quand il y a une urgence, les médecins courent vers le dossier, les infirmières vers le patient”

C’est vraiment cette phrase qui m’a guidée. Je voulais un métier de contact humain avant tout.

J’ai encore pris le temps de réfléchir avant de me lancer dans ces études. Je remercierai toujours mon père qui m’a demandé : “Est-ce que tu fais infirmière, et pas médecine, parce que tu ne t’en sens pas capable ? Que tu as peur de rater ?”

Je me suis vraiment posé la question. Mais au final non, c’est surtout cette envie d’être proche du patient qui l’emportait. Le fait que mon père m’ait confrontée à cette question au début de mes études et d’y avoir répondu, ça me permet tous les jours de me sentir confortée dans cette décision.

Le Guide Social : Et donc, tu t’es lancée.

Margaux : Oui ! J’ai bien aimé les études d’infirmière, on avait beaucoup de stages, c’était intéressant. Mais au bout de 3 ans, je ne me sentais pas prête à commencer à travailler. Pour moi, j’étais trop jeune. Alors j’ai voulu faire une année de spécialisation. Par élimination, j’ai choisi les urgences. La pédiatrie, la gériatrie, la santé communautaire, mettent au contact d’un type de public bien précis. Je ne voulais pas travailler au contact d’un seul public, mais m’occuper de tout le monde. Dans les urgences, je peux vraiment prendre en charge tous types de patients.

Et en commençant cette spécialisation, en suivant mes stages, je suis tombée amoureuse des urgences. Je me suis dit : “c’est ça que j’ai envie de faire plus tard”.

"Et moi, ce que j’aime dans mon métier, c’est le travail d’équipe. Plus que tout."

Le Guide Social : Qu’est-ce qui a été à l’origine de ce coup de foudre ?

Margaux : Plein de choses !

D’abord, la relation qu’on a avec les médecins. On travaille en équipe, on est toujours en train de collaborer. Nos avis comptent. Comme on travaille tout le temps ensemble,les médecins nous connaissent personnellement, une vraie relation de confiance s’installe.

Et moi, ce que j’aime dans mon métier, c’est le travail d’équipe. Plus que tout.

En dehors de la relation avec les médecins, il y a aussi les collègues. Mes collègues sont des amies proches. Le fait de vivre tous ces moments intenses… On vit ensemble des choses très dures, des moments de joie aussi, parce qu’on a sauvé quelqu’un et qu’on est heureux. Et puis on a des horaires compliqués, on travaille par tranches de 12 heures. On passe donc beaucoup de temps ensemble et ça, ça nous rapproche énormément.

Une collègue me parlait de son compagnon, qui lui disait “Moi, je n’ai pas ça. Je ne suis pas ami avec mes collègues, je ne partage pas ce genre de moments intenses, forts avec eux.”

Et ça c’est quand même beau ! Avec le recul, c’est une grande partie de mon métier que j’aime et c’est vrai que quand j’arrive au boulot, je suis très contente de voir mes collègues.

Et puis, j’aime me sentir utile. À la fin de la journée, j’aime me dire : “là, j’ai fait une différence”.

Aux urgences, le résultat par rapport à mes actions est beaucoup plus concret et rapide. Dans d’autres services, le suivi peut durer des semaines. Moi, je vois le résultat de mes actions sur le moment.

J’ai sauvé une vie. J’ai aidé une famille. J’ai soulagé une douleur intense…

On est dans une gestion des cas aigus. C’est cela, la spécificité des urgences ; c’est de l’aigu, pas du chronique. Les choses sont, pour moi, beaucoup plus concrètes. Je trouve aussi les pathologies plus intéressantes et j’aime la recherche de diagnostic. On essaye de comprendre ce qui déclenche une douleur, on fait des hypothèses…

Enfin, il y a aussi la gestion de l’extra-hospitalier : le SMUR. Si une intervention d’urgence nécessite une prise en charge médicale sur place, c’est nous qu’on envoie, un médecin et une infirmière.

Aux urgences, les journées ne sont jamais les mêmes et ça, j’aime beaucoup.

Je n’aime pas trop la routine... Et il n’y a pas de routine aux urgences.

Le Guide Social : Tu nous as parlé d’une pause carrière…

Margaux : Oui, je suis partie un an à l’étranger, après le second confinement. J’ai été vivre en Martinique, où j’ai travaillé dans un bar et également de nuit dans un hôpital - mais pas aux urgences, parce que mon diplôme de spécialisation n’était pas reconnu.

"J’ai commencé à sentir que je devenais amère, que ces problèmes prenaient le dessus. Je perdais patience avec les patients. Et ça, c’est quelque chose que je ne voulais pas laisser arriver."

Le Guide Social : Ce départ était-il lié à ton métier ?

Margaux : En grande partie, oui. Après le deuxième confinement, j’ai senti que j’en avais besoin.

Bien sûr, j’adore être infirmière urgentiste. Mais c’est un métier intense et la réalité du travail dans un hôpital n’est pas toujours rose. Le système hospitalier est loin d’être parfait et il y a des frustrations. Il y a une pénurie de professionnels, des choix financiers qui sont parfois frustrants quand on est sur le terrain.

Nous manquons de place, nous recevons de plus en plus de personnes. C’est dû, en partie, à une première ligne - les médecins généralistes, les centres médicaux - qui devient insuffisante. Cela provient également d’un manque d’éducation des patients. Le premier réflexe, quand on est malade, devrait être d’appeler son médecin traitant. Mais c’est de moins en moins le cas aujourd’hui, les gens perdent cette habitude. Certains n’ont même plus de médecin traitant. Alors, on les retrouve aux urgences.

Seulement, parmi les cas qui se soignent facilement, il y a aussi des cas graves, urgents. Et la façon dont nous fonctionnons aux urgences, avec un système de tri, nous permet de prioriser les patients, mais seulement après les avoir vus dans leur ordre d’arrivée. Si l’infirmière qui s’occupe du tri gère d’abord un cas de grippe, ou une infection urinaire, qui aurait pu être prise en charge par un médecin généraliste avant d’arriver à cet autre patient, qui présente une douleur thoracique à l’issue fatale… Elle a déjà perdu ¼ d’heure avant de le voir.

Et ça, ce n’est pas la faute des patients qui sont aux urgences ; parfois, c’était soit venir aux urgences, soit attendre 3 semaines pour aller chez un médecin généraliste. C’est une pénurie de première ligne qui a des conséquences directes sur l’efficacité de notre fonctionnement.

Le Guide Social : Il y a aussi la réalité des chirurgies, et de leur importance au sein d’un hôpital.

Margaux :Les chirurgies sont au cœur des financements hospitaliers. C’est ce qui ramène de l’argent, donc souvent, les lits sont bloqués pour des opérations prévues de longue date. Le problème, c’est que nous, nous avons également besoin de lits pour faire monter les patients traités en urgence et stabilisés. On a donc des personnes qui restent plus longtemps aux urgences - alors que leur urgence a été traitée, et qu’elles devraient être hospitalisées, à l’étage - et qui donc, demandent également notre attention. C’est encore du temps perdu pour les personnes qui ont vraiment besoin de nous.

Pendant le second confinement, nous avons dû gérer ces situations - malheureusement habituelles - avec, en plus, des cas COVID. C’était un stress continu. Il fallait accueillir les personnes infectées, donc s’habiller en conséquence, avec la combinaison, etc… Puis se déshabiller et se désinfecter pour prendre en charge d’autres patients.

Nous étions en sous-effectif par rapport aux patients qui arrivaient et c’était vraiment, vraiment fatiguant.

J’ai commencé à sentir que je devenais amère, que ces problèmes prenaient le dessus. Je perdais patience avec les patients. Et ça, c’est quelque chose que je ne voulais pas laisser arriver.

Je voulais continuer d’aimer mon métier. Durant ma formation d’infirmière, j’ai été confrontée à ces infirmières aigres, qui ont perdu le goût de leur travail, qui sont usées par des années de boulot. Mais elles ont l’expérience professionnelle, elles sont en fin de carrière, elles ont besoin de leur salaire, alors elles restent.

Après le second confinement, je me sentais vraiment fatiguée et je voyais que ça impactait mon état d’esprit. Je me suis dit qu’il fallait que je prenne une petite pause.

Le Guide Social : Tu as donc fait une pause carrière. Tu es partie un an en Martinique.

Margaux : A la base je voulais y travailler en tant qu’infirmière et c’était facile de valoriser mon diplôme. Mais ma spécialisation par contre, n’était pas reconnue. J’ai commencé à travailler comme barmaid et, pour compléter mes fins de mois, je travaillais la nuit à l’étage, dans différents services. Cela ne me dérangeait pas mais ne me passionnait pas non plus.

Au bout d’un moment, je me suis rendue compte que mon métier me manquait. Je me sentais prête à revenir et à travailler à nouveau.

Faire cette expérience m’a permis de me rendre compte de cette liberté que j’avais, de partir et de revenir. J’ai bien vu que je pouvais réaliser la démarche assez facilement.

Le Guide Social : Comment s’est déroulé ton retour en Belgique ?

Margaux : J’ai pu récupérer mon poste assez facilement. Je suis partie un an et pourtant, c’est comme si je n’étais pas partie. J’ai retrouvé mes collègues, mon équipe. Et puis, le métier ne s’oublie pas ! Mes réflexes sont revenus assez facilement.

Partir un an m’a vraiment fait du bien. Aujourd’hui encore, alors que cela fait déjà plusieurs mois que je suis revenue, je me sens beaucoup plus détendue par rapport à des problématiques qui, auparavant, me frustraient beaucoup. J’ai pu prendre du recul. Je me dis aussi que si je me sens à nouveau exaspérée, je réévaluerai probablement ma situation. Si j’en ressens le besoin, je partirai à nouveau. C’est aussi cela qui me permet de rester heureuse dans mon métier : savoir que je peux m’en échapper si j’en ai besoin, pour continuer à l’aimer. Et je suis décidée à être attentive à cela, aux signaux de “fatigue”.

Ma pause carrière m’a fait réaliser que j’aime mon métier.

"Le meilleur retour que je puisse avoir, c’est quand une petite mamy me dit “merci beaucoup” après l’avoir réinstallée dans son lit, ou qu’une personne me remercie après que j’aie soulagé sa douleur."

Le Guide Social : Qu’est-ce qui est important, pour être un infirmier heureux ?

Margaux : Je pense qu’avant tout, il faut connaître ses limites et savoir faire preuve d’introspection.

On est avant tout humains. On a le droit d’être sensibles, c’est même un atout. Parfois, il faut faire face à des situations difficiles, accompagner des familles dans un moment très dur. Et là, on touche aux limites, à l’humain. Un soignant qui pleure devant une famille, c’est souvent bien accepté par la famille, parce qu’ils se disent “c’est un être humain aussi”. Après évidemment il ne faut pas s’approprier la souffrance des autres, ce n’est pas nous qui avons perdu quelqu’un. C’est important que ça reste de l’empathie.

Il ne faut pas non plus avoir peur de demander de l’aide, on n’est pas obligé de se sentir capable de tout prendre en charge, tout le temps. C’est pour ça aussi que l’équipe est importante. Parfois on est plus sensible.

Avoir une bonne équipe sur qui tu peux compter et parler de tout ça c’est important, pour être heureux dans ton métier.

Il faut aussi être débrouillard ! Parfois aux urgences, c’est le chaos. On doit poser les bonnes questions pour prendre des décisions rapides, mais justes. Encore une fois, on en revient au respect de ses propres limites, cette connaissance de soi. Poser des questions est essentiel, mais à un moment, il faut se lancer.

Le Guide Social : Qu’est-ce que tu dirais aux personnes qui réfléchissent à faire ce métier ?

Margaux : Je les encouragerais d’abord à devenir infirmiers. La piste “urgences” se mettra sur leur chemin. Pour être infirmier, et un infirmier heureux, il faut vraiment accrocher. Il faut aimer se sentir utile.

Le meilleur retour que je puisse avoir, c’est quand une petite mamy me dit “merci beaucoup” après l’avoir réinstallée dans son lit, ou qu’une personne me remercie après que j’aie soulagé sa douleur. On sent qu’on a aidé quelqu’un dans un moment de faiblesse. Il faut avoir envie de ça je pense.

Et bien entendu, il faut aimer que ça bouge !

Mathilde Majois

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