Travailler en AMO : « La jeunesse, c’est la fraicheur, le renouveau. Et ça me plait ! »

Travailler en AMO : « La jeunesse, c'est la fraicheur, le renouveau. Et ça me plait ! »

Cephise Viseur est assistante sociale dans le secteur de l’aide à la jeunesse. Elle se partage entre l’A.M.O Le CIAC à Couvin et l’A.M.O Mikado à Châtelet. La jeune travailleuse sociale n’hésite pas à sortir des murs pour aider les jeunes. Elle va les voir après leurs cours ou leur propose de discuter tout en se baladant. Rencontre.

Après des études en sciences sociales en secondaire et un bachelier en assistant social à la Haute Ecole Condorcet à Marcinelle (Charleroi), Cephise Viseur a commencé à travailler, en 2017, au S.A.J (Service d’Aide à la Jeunesse) à Charleroi. « J’y avais fait mon stage de 3e année et ça s’était très bien passé ». En février 2021, l’envie de changement pousse la jeune assistante sociale à changer de domaine. « C’était vraiment une très belle expérience au S.A.J, ça m’a énormément apporté. Ce premier emploi m’a notamment permis d’avoir une bonne connaissance du réseau de l’aide à la jeunesse ».

C’’est dans ce secteur que la travailleuse sociale décide de poursuivre sa carrière en intégrant l’A.M.O Le CIAC à Couvin. « J’aime bien travailler avec les jeunes, c’est un public avec lequel je me sens à l’aise. Avec les enfants ou les adolescents, on peut facilement instaurer une relation. Les jeunes que j’accompagne me tutoient car je suis jeune aussi, j’ai 29 ans. J’aime bien leur spontanéité : ils disent ce qu’ils pensent. J’apprécie leur créativité aussi : ils amènent des idées de projet que l’on construit avec eux. La jeunesse, c’est la fraicheur, le renouveau. Et ça me plait ! »

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Une aide gratuite, anonyme et confidentielle

L’A.M.O (Actions en Milieu Ouvert) est un service qui apporte une aide aux jeunes dans leur milieu habituel de vie (famille, école,...). Il est ouvert aux jeunes de 0 à 22 ans ainsi qu’aux familles lorsqu’elles éprouvent des difficultés dans l’éducation de leur enfant. L’objectif prioritaire d’une A.M.O est d’aider les jeunes à s’épanouir dans leur milieu de vie et dans leurs rapports avec l’environnement social (notamment à l’école, dans la famille, les quartiers…).

« Au sein de l’A.M.O, nous travaillons à la fois sur l’aide individuelle, le collectif et le communautaire. Nous soutenons les projets des jeunes et nous les aidons à résoudre leurs difficultés, qu’elles soient d’ordre familial, scolaire, administratif ou juridique ».

L’A.M.O vise l’autonomie, l’épanouissement et le bien-être du jeune notamment en améliorant ou consolidant son adaptation dans son milieu familial et/ou dans la société qui l’entoure. Pour atteindre cet objectif, l’approche se fait de manière globale en tenant compte de l’entourage familial et plus particulièrement du rôle éducatif important que peuvent exercer les parents.

L’accompagnement de l’A.M.O peut être sollicitée par le jeune, sa famille, une personne proche du jeune ou un service tel que SAJ, PMS, Ecole. Mais l’accompagnement ne pourra débuter que si le jeune est d’accord d’être aidé. Important : l’aide accordée par une A.M.O est gratuite, confidentielle et anonyme. Il existe plus de 80 A.M.O à Bruxelles et en Wallonie.

Au-delà du suivi individuel que l’assistante sociale réalise auprès d’une quinzaine de jeunes au sein des deux A.M.O, elle prend part à divers projets collectifs. « Dans le cadre du projet intergénérationnel « Part’âge », j’accompagne des jeunes dans des maisons de repos où ils réalisent des activités avec des personnes âgées. Je prends part également au projet des « Mots bulles » : il s’agit d’activités qui rassemblent plusieurs familles : des parents, des enfants et parfois mêmes des grands-parents. Nous observons comment se comportent les parents et les enfants et la manière dont ils se parlent. Ensuite nous leur donnons des conseils pour améliorer leurs relations ».

Des animations dans les écoles

Au sein de l’A.M.O Mikado qu’elle a rejoint en février 2022, l’assistante sociale est particulièrement active dans le volet consacré à la prévention dans les écoles. Elle réalise des animations au sein de plusieurs établissements scolaires de Châtelet (Collège Pie X, Athénée Royal René Magritte, Athénée Royal Pierre Paulus et Ecole Sainte-Thérèse). L’occasion d’aborder des thématiques telles que le harcèlement scolaire, les émotions et le mieux vivre-ensemble.

« Je m’occupe également du projet Trait d’union : nous proposons une permanence au sein de Pie X, un jeudi sur deux durant le temps de midi ainsi que tous les vendredis durant le temps de midi à l’Athénée Royal René Magritte. Cela nous permet de rencontrer les jeunes, de créer du lien et de nous faire connaitre auprès d’eux. Une fois ce premier contact établi, c’est plus facile pour les jeunes ensuite de franchir les portes de notre service. »

Des permanences dans les locaux de l’ A.M.O Mikado sont aussi organisées les mercredis et vendredis de 15h à 18h. Les deux structures organisent par ailleurs des activités pour les jeunes durant les vacances scolaires.

« Les jeunes que nous accompagnons arrivent à l’A.M.O selon différentes trajectoires. Pour certains, ce sont leurs parents ou un proche qui ont fait une demande vers notre service. D’autres jeunes franchissent nos portes car ils ont été orientés chez nous par le S.A.J ou le P.M.S. »

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« Nous évitons les rendez-vous derrière un bureau »

Les jeunes viennent chercher de l’aide et un espace de parole pour diverses raisons : orientation scolaire, inscription, démarches auprès du CPAS, problèmes familiaux, harcèlement scolaire.

« Certains jeunes nous parlent très facilement de leurs difficultés. D’autres sont plus timides et il nous faut plus de temps pour créer du lien. Avec les plus introvertis, je vais d’abord parler de la pluie et du beau temps et petit à petit, je vais gagner leur confiance. Ce qui fonctionne bien pour délier les langues, ce sont les balades : cela permet de discuter dans une ambiance décontractée. Nous évitons les rendez-vous en face à face derrière un bureau. Personnellement, je n’hésite pas à aller voir les jeunes après leurs cours pour leur éviter de rater l’école. »

La fonction revêt un rôle de confident aussi ? « Oui mais tout dépend du lien et de la relation de confiance qu’on a pu établir avec le jeune. Mais c’est vrai que certains se confient, ils partagent avec nous une part de leur vie intime. Ils nous appellent quand ils vivent une rupture ou lorsqu’ils se mettent en couple ».

Le risque de se laisser envahir et d’éprouver des difficultés à fermer la porte après sa journée de travail peut dès lors être présent pour les travailleurs sociaux ? « Personnellement, je parviens à mettre une distance suffisante pour ne pas me laisser envahir par les émotions des jeunes. A cet égard, nous sommes bien encadrés au sein de l’A.M.O. Nous avons des réunions de pilotage et des réunions en face à face avec notre directrice. Ces rencontres nous permettent d’exprimer ce que l’on vit, d’être écoutés et entendus ».

« Il ne faut pas se prendre pour un sauveur »

Pour exercer ce métier, plusieurs qualités sont requises, selon l’assistante sociale : « Il faut être à l’écoute et faire preuve d’empathie mais il faut aussi pouvoir mettre des limites et connaitre ses propres limites. Il faut savoir prendre le temps de réfléchir et ne pas vouloir aller trop vite. Il ne faut pas se prendre pour un sauveur ou une sauveuse, c’est toujours le risque avec les assistants sociaux. Il faut pouvoir accepter aussi que parfois on peut se donner à 100% pour aider un jeune et que sa situation n’évoluera pas comme on l’espère ».

Passionnée par son métier, Cephise Viseur ne tarit pas d’éloges sur le rôle qu’elle occupe au sein des A.M.O. « Il y a beaucoup d‘avantages à travailler dans un service A.M.O. Il n’y a pas deux journées qui se ressemblent, je ne connais pas la routine. Les journées passent super vite et ça bouge bien. J’adore les journées où l’on court partout. C’est très varié et c’est un métier qui est fort dans la spontanéité : on ne sait jamais ce que les jeunes vont nous dire ou vont proposer. Il faut toujours être créatif. Et puis c’est très gratifiant de pouvoir améliorer le quotidien des jeunes et de leur famille ».

Lina Fiandaca

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