Clientélisme et travail social, ces amis de longue date

Clientélisme et travail social, ces amis de longue date

Même si le temps des passe-droits systématiques est en voie de disparition, il existe toujours, et aussi à petite échelle, des courts-circuits, des favoritismes et autres petits plaisirs qui empêchent le travailleur social de faire correctement son boulot. Il ne s’agit pas ici des personnes « placées » à un poste, mais de faveurs accordées à … des bénéficiaires.

Malheureusement, notre secteur est encore trop politisé, et l’homme politique encore trop adepte de clientélisme. Pour ma part, j’ai constaté ce phénomène surtout à une échelle locale, c’est donc de cela que je vais traiter : les petites faveurs demandées par un membre influent du Conseil d’administration pour tel ou tel bénéficiaire et les répercussions de ces actions sur le travail quotidien du travailleur social.

Peu de structures sociales sont complètement indépendantes du monde politique. C’est une réalité à laquelle j’ai dû faire face rapidement, dès mes premières années de travail. Par « monde politique », j’entends l’univers des hommes et femmes qui font de la politique leur métier. Certaines structures émanent carrément du monde politique : il s’agit de services communaux, de CPAS, d’intercommunales, d’ASBL para-communales etc. Dans d’autres cas, le lien est plus diffus et souvent relié à des aides financières.

Le monde politique local est censé être proche des besoins de la population et pouvoir y apporter une réponse pertinente. C’est la raison d’être des services communaux, en ce compris les services sociaux. Dans ce cas, le service et ses travailleurs sont placés sous la responsabilité d’un échevin. Dans le cas des intercommunales, le monde politique est présent au niveau du Conseil d’administration, qui est l’organe décisionnaire, même si de nombreux pouvoirs sont délégués au responsable de l’intercommunale.

J’ai pu constater, à de nombreuses reprises, que ces petites faveurs et autres courts-circuits existent bel et bien. Je ne parle pas ici de « placer » une personne à un poste, mais bien de « rendre service » à l’un ou l’autre bénéficiaire. La plupart du temps, nous, travailleurs de terrain, en ignorons les raisons, mais nous recevons l’ordre d’accorder un service à cette personne, alors que normalement, elle ne peut pas y prétendre, ou alors pas dans l’immédiat.

En termes de crédibilité, on repassera. De telles attitudes et décisions ne passent jamais inaperçues et ruinent la crédibilité du travailleur. « On » saura alors qu’il suffit de passer par Monsieur ou Madame Untel pour, in fine, obtenir ce que l’« on » s’estime en droit de recevoir. Le travailleur social devient alors simple exécutant des bonnes volontés de son employeur politique qui, lui-même, cherche à s’attacher les faveurs d’un autre, ou à renvoyer tel ou tel ascenseur.

Dans ce jeu de dupes, la première victime est l’usager lambda, celui qui ne connaît pas de représentant politique, ou qui n’a rien à lui offrir en échange d’une faveur convoitée. Le travailleur social de terrain est également victime de ces abus : son travail se vide de tout sens. Au lieu d’œuvrer en vue d’une certaine justice sociale, il devient exécutant de l’injustice dans toute sa splendeur. Le service lui-même est la troisième victime de ces abus : il perd son rôle social et régulateur pour devenir objet de tous les fantasmes et de toutes les méfiances, et à juste titre.

Cet appel est peut-être d’une grande naïveté, mais, Mesdames et Messieurs travailleurs du politique, demandez-vous à qui vous rendez service en accordant une faveur ou en prenant un ascenseur qu’il vous faudra rendre un jour ou l’autre … Car votre fonction est la dernière victime de vos abus : en agissant de la sorte, vous suscitez méfiance et rancœur auprès de la population, qui finit par se détourner de vous.

MF - travailleuse sociale

[Du même auteur]

- Logement et insertion sociale
- Logement public : petite histoire de la déresponsabilisation
- Charity Business et travail social, une mascarade
- Le harcèlement des travailleurs sociaux
- Le travail social, un secteur au management hybride
- Formation continue, vecteur de changement ?
- Communautaire en perte de vitesse
- Le travail social : un service comme tant d’autres ?
- "Travailleur social " : fourre-tout institutionnalisé
- Accompagner sans s’épuiser
- Le volontariat : nécessaire engagement citoyen



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus